Zubi
Zubi est le mot basque désignant un pont. Dans la tradition orale du Pays basque, de nombreuses légendes attribuent la construction de certains ouvrages à des êtres surnaturels, notamment les laminak, les Sorgin, les Etsai, les Basajaun, les Mairi et les Jentilak. Selon ces récits, ces êtres réalisent des constructions pour répondre aux souhaits ou aux besoins des humains. Les ouvrages concernés comprennent notamment des maisons, des châteaux, des temples, des sépultures et des ponts[1].
Étymologie
[modifier | modifier le code]Zubi signifie « pont » en basque. Le suffixe -a correspond à l'article défini : zubia signifie donc « le pont »[2].
Les légendes de ponts et les laminak
[modifier | modifier le code]
Dans une étude consacrée aux traditions populaires basques, José Miguel de Barandiaran rapporte plusieurs légendes dans lesquelles les laminak participent à la construction de ponts. Le pont d'Ebrain, à Bidarray, aurait ainsi été construit par ces êtres surnaturels, mais il lui manquerait une pierre[1]. Une légende semblable concerne le pont de Saint-Martin-d'Arrossa, dont la construction aurait été interrompue au chant du coq, avant la pose de la dernière pierre[3].
Les laminak sont également réputés bâtir des ponts, des églises et des châteaux, parfois en une seule nuit. Ces constructions extraordinaires sont attribuées à leur habileté surnaturelle[4].
Interprétation
[modifier | modifier le code]Les légendes associées aux zubi illustrent la manière dont la tradition orale basque explique l'origine de certains ouvrages et leur intégration dans le paysage. Les laminak et d'autres êtres surnaturels y apparaissent comme des bâtisseurs capables ,réaliser des constructions remarquables, dont certains travaux restent inachevés. Ces récits ne permettent toutefois pas d'affirmer que les ponts, en tant que catégorie, faisaient l'objet d'un culte spécifique dans la religion basque ancienne[1],[5].
Le pont de Licq et les autres traditions locales
[modifier | modifier le code]
En Soule, la légende du pont de Licq, également appelé pont de Ligi, attribue sa construction aux laminak. Selon une version du récit, ils entreprirent de bâtir l'ouvrage en une nuit. Un boulanger alluma une lumière pendant les travaux, ce qui provoqua le chant d'un jeune coq. Les laminak abandonnèrent alors la dernière pierre dans la rivière. Un trou serait resté sous le pont à l'emplacement de cette pierre, visible lorsque le Saison est à l'étiage[5],[6].
En Basse-Navarre, une tradition locale mentionne le Lamin-zubia, ou « pont des laminak », dans les environs de Landibarre[6].
Jentilzubi
[modifier | modifier le code]
En Biscaye, près des grottes de Baltzola, à Dima, se trouve une arche naturelle appelée Jentilzubi, dont le nom signifie « pont des Jentilak ». Selon la tradition locale, ces géants fréquentaient les grottes voisines et passaient par cette arche pour se rendre au mont Urrusti. Le site est une formation rocheuse naturelle façonnée par l'érosion[7].
Pont de Kastrexana
[modifier | modifier le code]Le pont de Kastrexana, également appelé pont de Castrejana ou pont du Diable (Deabruaren Zubia), est un ouvrage médiéval situé en Biscaye, qui traverse la rivière Kadagua entre Bilbao et Barakaldo. Il appartient à l'ancien tracé du chemin royal reliant Burgos à Bilbao. Mentionné dès 1396, le pont actuel fut décidé en 1435 par la ville de Bilbao et construit par Pedro Ortiz de Lekeitio[8]. Il constituait un passage stratégique pour les communications entre Bilbao et les territoires de Castille.

Selon une légende populaire rapportée par l'écrivain Antonio de Trueba dans son conte La vara de azucenas (1866), une jeune femme nommée Catalina, qui vivait à Kastrexana, souhaitait rejoindre son amoureux, installé dans le quartier d'Iturrioz, sur l'autre rive du Kadagua. Alors que de fortes pluies rendaient la traversée du fleuve impossible, un mystérieux voyageur lui proposa de construire un pont en échange de son âme. Catalina accepta, mais comprit rapidement que le constructeur était le diable. Effrayée par les conséquences de son engagement, elle implora la protection de la Vierge de Begoña, à laquelle elle avait auparavant offert une branche de lys. Selon le récit, une femme apparut alors sur le pont et déposa cette branche à l'emplacement de la dernière pierre de la voûte, empêchant le diable de terminer l'ouvrage. À minuit, au son des cloches du couvent de Burceña, le démon abandonna finalement son entreprise et Catalina put rejoindre son amoureux sans perdre son âme[9],[10].
Cette version littéraire doit être distinguée des variantes de tradition orale basque, recueillies en 1920 et 1921 par des collaborateurs de José Miguel de Barandiaran à Kortezubi, Larrabetzu et Amorebieta. Dans ces récits, le diable, aidé de petits êtres surnaturels appelés Mikolasak, construit le pont en échange de l'âme d'un homme chargé de l'ouvrage. Celui-ci parvient à déjouer le pacte grâce au chant d'un coq, parfois un coq de mars (Marti-ollar), qui retentit avant l'achèvement du pont. Les créatures maléfiques s'enfuient alors, laissant l'ouvrage inachevé et une dernière pierre impossible à poser. Ces différentes versions illustrent la place des croyances surnaturelles, des figures démoniaques et des traditions orales dans l'imaginaire populaire basque[9],[10].
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 (es) Barandiaran, José Miguel de, « Tradiciones y leyendas. Lurpeko eremuetan (en las regiones subterráneas). Genios de figura humana o semihumana », Eusko-Folklore, vol. 39, no 12, (lire en ligne)
- ↑ (eu) « Zubi », Elhuyar Hiztegiak
- ↑ « Les légendes », Commune de Saint-Martin-d'Arrossa
- ↑ (eu) « Euskal mitologia – Pertsonaiak: Lamiak », Jentilbaratza K.E.
- 1 2 (es) Erkoreka, Anton, « Laminak: Recopilación de leyendas (I) », Cuadernos de Etnología y Etnografía de Navarra, no 30, , p. 451-492 (lire en ligne)
- 1 2 (eu) Anuntxi Arana, Mitoen bilakatzea: Mitoak historian eta historia mitoetan, Booktegi, (lire en ligne)
- ↑ (es) « Jentilzubi », Auñamendi Eusko Entziklopedia
- ↑ (eu) « Kastrexanako zubia », Bizkaiko Foru Aldundia, Kultura Ondarea (consulté le )
- 1 2 (es) José Ignacio Homobono Martínez, « Supersticiones, creencias, leyendas y rituales. Facetas del imaginario popular barakaldarra », KOBIE: Serie Anejo, no 22, , p. 7-126 (ISSN 0214-7971, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (es) Antonio de Trueba, Cuentos de varios colores, Madrid, Aguilar, , p. 362-372
Liens externes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- José Miguel Barandiaran et traduit et annoté par Michel Duvert, Dictionnaire illustré de mythologie basque [« Diccionario Ilustrado de Mitología Vasca y algunas de sus fuentes »], Donostia, Baiona, Elkarlanean, , 372 p. [détail des éditions] (ISBN 2903421358 et 9782903421359, OCLC 416178549)
- José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
- Wentworth Webster (trad. Nicolas Burguete, postface Un essai sur la langue basque par Julien Vinson.), Légendes basques : recueillies principalement dans la province du Labourd [« Basque legends »], Anglet, Aubéron, (1re éd. 1879), 328 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980805 et 9782844980809, OCLC 469481008)
- Jean-François Cerquand, Légendes et récits populaires du Pays Basque : Recueillis dans les provinces de Soule et de Basse-Navarre, Bordeaux, Aubéron, (1re éd. 1876), 338 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980937 et 9782844980939, OCLC 68706678, lire en ligne)
