Sukalde

Sukalde est le mot basque désignant la cuisine. Il dérive de su (« feu ») et kalde (« cÎté » ou « zone »), ce qui renvoie littéralement à « l'endroit du feu », soulignant son rÎle central dans la maison. Dans la tradition domestique basque, il s'agit de la piÚce centrale de l'habitation, à la fois espace de vie quotidienne, lieu de sociabilité et centre symbolique du foyer basque.
Description
[modifier | modifier le code]Le sukalde est considĂ©rĂ© comme l'endroit le plus important de la maison. Dans les fermes traditionnelles basques (etxe), il constitue souvent la piĂšce principale, la plus habitĂ©e et la mieux chauffĂ©e, ce qui renforce sa fonction de lieu de rassemblement[1]. Il constitue le lieu de rĂ©union de la famille, oĂč l'on prend les repas, oĂč l'on reçoit, et oĂč se dĂ©roulent Ă©galement certaines activitĂ©s assimilĂ©es Ă un atelier, comme la prĂ©paration des aliments, le tissage ou de petits travaux artisanaux[2].
Cette piĂšce possĂšde en outre une dimension sacrĂ©e: elle abrite le foyer symbolique de la maison, matĂ©rialisĂ© par le feu, considĂ©rĂ© dans la tradition comme porteur d'une valeur religieuse et protectrice, parfois associĂ© Ă une prĂ©sence ou une force sacrĂ©e au sein du foyer domestique[3]. Dans la pensĂ©e ethnologique de JosĂ© Miguel de BarandiarĂĄn, la maison basque est en effet conçue comme une unitĂ© religieuse, et le feu du sukalde en constitue le centre rituel, autour duquel s'organisent certaines pratiques liĂ©es aux ancĂȘtres et Ă la continuitĂ© familiale[3].
On y trouve Ă©galement un autel, appelĂ© leio (fenĂȘtre), sur lequel sont dĂ©posĂ©es des offrandes destinĂ©es aux Ăąmes des ancĂȘtres. Ces offrandes peuvent inclure des aliments du quotidien, comme du pain ou du lait, tĂ©moignant d'un lien symbolique entre les vivants et les morts et d'un culte domestique intĂ©grĂ© Ă la vie quotidienne[3]. C'est aussi Ă cet endroit que l'on conserve des herbes bĂ©nites, utilisĂ©es notamment lors de tempĂȘtes, au cours desquelles elles sont brĂ»lĂ©es selon la coutume afin de protĂ©ger la maison contre les dangers naturels et les forces invisibles[3].
Le sukalde est Ă©galement un espace structurĂ© matĂ©riellement autour du foyer, avec un mobilier spĂ©cifique et une organisation centrĂ©e sur l'Ăątre, incluant parfois des bancs comme le zĂŒzĂŒlĂŒ, qui participent Ă la sociabilitĂ© domestique et aux veillĂ©es[2]. La gestion de cet espace revient traditionnellement Ă la maĂźtresse de maison (etxeko andere), qui joue un rĂŽle central dans l'Ă©conomie domestique, la prĂ©paration des aliments et le maintien des pratiques culturelles[2].
Dans un contexte plus lĂ©gendaire et gĂ©ographique, prĂšs de la chapelle San Pedro, aux confins d'Urdiain et d'Altsasu, dans un massif nommĂ© Layene, se trouve une brĂšche traversant la roche de part en part. DerriĂšre cette ouverture apparaĂźt une enceinte amĂ©nagĂ©e dans la roche, appelĂ©e Jentilen sukalde (« cuisine des Jentil ») Jentileio. Selon la mythologie basque, les Jentilak sont des ĂȘtres gĂ©ants associĂ©s aux forces naturelles et aux temps anciens, ce qui renforce la dimension symbolique et archaĂŻque associĂ©e Ă l'idĂ©e de « cuisine » comme lieu primordial[4].
Ătymologie
[modifier | modifier le code]Le terme sukalde signifie « cuisine » ou la « cuisiniÚre » en basque. Comme beaucoup de mots basques, il est formé par agglutination de racines simples. Le suffixe a correspond à l'article défini : sukaldea se traduit ainsi par « la cuisine ». Cette structure linguistique est caractéristique de la langue basque (euskara), dont le vocabulaire reflÚte souvent une relation directe entre les mots et les réalités matérielles ou symboliques qu'ils désignent[5].
LittĂ©ralement « zone prĂšs du feu » et documentĂ© depuis le dĂ©but du XVIIe siĂšcle, avec diffĂ©rentes variantes rĂ©gionales comme sukalte, sukelde, sukulde, sutalde ou xokalte. Ătymologiquement, le mot peut venir de suko alde (« cĂŽtĂ© du feu ») ou de sutalde par dissimilation, et il est documentĂ© depuis le dĂ©but du XVIIe siĂšcle dans les sources Ă©crites et orales du Pays basque[5].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- â (eu) Euskal Herriko Atlas Etnografikoa, « Hitzaurrea », Labayru Fundazioa (consultĂ© le )
- 1 2 3 « ZĂŒzĂŒlĂŒÂ Â», Bayonne, MusĂ©e basque et de l'histoire de Bayonne (consultĂ© le )
- 1 2 3 4 JosĂ© Miguel Barandiaran et traduit et annotĂ© par Michel Duvert, Dictionnaire illustrĂ© de mythologie basque [« Diccionario Ilustrado de MitologĂa Vasca y algunas de sus fuentes »], Donostia, Baiona, Elkarlanean, , 372 p. [dĂ©tail des Ă©ditions] (ISBN 2903421358 et 9782903421359, OCLC 416178549)
- â collectif, Les produits de terroir : De la sphĂšre domestique Ă la sphĂšre marchande et industrielle â les trajectoires plurielles du gĂąteau basque du milieu du XIXá” siĂšcle Ă nos jours, France, Presses universitaires François-Rabelais, coll. « OpenEdition Books » (lire en ligne)
- 1 2 (eu) Orotariko Euskal Hiztegia, « Sukalde », Bilbo, Euskaltzaindia (consulté le )
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Claude Labat, Libre parcours dans la mythologie basque : avant qu'elle ne soit enfermée dans un parc d'attractions, Bayonne; Donostia, Lauburu ; Elkar, , 345 p. (ISBN 9788415337485 et 8415337485, OCLC 795445010)
- JosĂ© Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, prĂ©f. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« MitologĂa vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales PyrĂ©nĂ©ennes », , 120 p. [dĂ©tail des Ă©ditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
- Wentworth Webster (trad. Nicolas Burguete, postface Un essai sur la langue basque par Julien Vinson.), LĂ©gendes basques : recueillies principalement dans la province du Labourd [« Basque legends »], Anglet, AubĂ©ron, (1re éd. 1879), 328 p. [dĂ©tail de lâĂ©dition] (ISBN 2844980805 et 9782844980809, OCLC 469481008)
- Jean-François Cerquand, LĂ©gendes et rĂ©cits populaires du Pays Basque : Recueillis dans les provinces de Soule et de Basse-Navarre, Bordeaux, AubĂ©ron, (1re éd. 1876), 338 p. [dĂ©tail de lâĂ©dition] (ISBN 2844980937 et 9782844980939, OCLC 68706678, lire en ligne)
