Baigorix
| Baigorix | |
| Mythologie pyrénéenne | |
|---|---|
BAIGORISO / DEO / GEMINVS E- / DVNNIS F(ilius) / V(otum) S(oluit) L(ibens) M(erito)[1]. | |
| Caractéristiques | |
| Autre(s) nom(s) | Baigorixo, Baigoriso, Baicorrixo, Buaigorixe |
| Nom Aquitain | Baigorix |
| Fonction principale | Divinité locale des Pyrénées |
| Représentation | Inconnue |
| Période d'origine | Antiquité romaine |
| Groupe divin | Divinité aquitaine |
| Culte | |
| Région de culte | Haute-Garonne, notamment Huos, Balesta, Cier-de-Luchon et Labarthe-RiviÚre |
| Mentionné dans | Inscriptions votives de Huos, Balesta, Cier-de-Luchon et Labarthe-RiviÚre |
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Baigorix est une divinitĂ© indigĂšne attestĂ©e dans l'Aquitaine pyrĂ©nĂ©enne Ă l'Ă©poque romaine. Le thĂ©onyme est connu par plusieurs inscriptions votives dĂ©couvertes principalement dans la rĂ©gion du Comminges, sous diffĂ©rentes formes, notamment Baigorixo, Baigoriso, Baicorrixo et Buaigorixe. Ces diffĂ©rentes graphies sont gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ©es comme des variantes d'un mĂȘme thĂ©onyme[2]
Attestations épigraphiques
[modifier | modifier le code]Le théonyme est attesté par plusieurs inscriptions votives de l'Aquitaine méridionale. Les principales formes connues sont Baigorixo, Baigoriso, Baicorrixo et Buaigorixe[2].
Les lieux d'attestation traditionnellement associés à ces formes sont les suivants :
- Ă Huos, sous la forme Baigorixo.
« BAIGORI- / XO DEO / VERNVS / SERANI F / V S L M[3] »
â « Au dieu Baigorixo, Vernus, fils de Seranus, s'est acquittĂ© de son vĆu de bon grĂ© et comme il se devait. »
- au hameau de Montmajou, sur le territoire de Cier-de-Luchon, sous la forme Baicorrixo.
« BAICORRIXO DEO / HANNAXVS / AXIONNIS FIL / V S L M[3] »
â « Au dieu Baicorrixo, Hannaxus, fils d'Axionnis, s'est acquittĂ© de son vĆu de bon grĂ© et comme il se devait. »
- Ă Labarthe-RiviĂšre, sous la forme Buaigorixe.
« BVAIGORIXE DEO / ANDOSS / PIANDOSS /[3]... »
â « Au dieu Bvaigorixe, Andoss PiandossâŠÂ »
- Ă Balesta, sous la forme Baigoriso.
« BAIGORISO / DEO / GEMINVS E- / DVNNIS F / V S L M[1] »
â « Au dieu Baigoriso, Geminus, fils d'Edunnis, s'est acquittĂ© de son vĆu de son plein grĂ© et Ă juste titre. »
F ., V . S ., L . M . sont des abréviations latines épigraphiques trÚs courantes dans les inscriptions votives gallo-romaines.
- F(ilius) = filius â « fils de »
- V(otum) S(oluit) = votum solvit â « il s'est acquittĂ© de son vĆu »
- L(ibens) M(erito) = libens merito â « de bon grĂ©, comme il se devait » / « volontiers et Ă juste titre »
Julien Sacaze avait dĂ©jĂ rĂ©uni au XIXe siĂšcle plusieurs de ces inscriptions et soulignĂ© leur appartenance Ă un mĂȘme ensemble. Il signalait notamment les formes Baigorixo, Baicorrixo et Buaicorrix ou Buaicorrixe, ainsi qu'une variante Baigoriso[4].
La diversité des graphies porte notamment sur la représentation de la consonne vélaire, avec l'alternance entre c et g, ainsi que sur celle de la vibrante, avec l'alternance entre r et rr. Des recherches récentes soulignent que le doublet Baicorrixo deo / Baigorixo deo constitue un exemple de cette variation graphique dans les inscriptions aquitaines[5]. La variation graphique ne doit donc pas conduire à multiplier les divinités. Les différentes formes sont généralement réunies dans les études consacrées à l'onomastique indigÚne de l'Aquitaine[2].
Nature et fonction
[modifier | modifier le code]Baigorix appartient au groupe des divinités attestées par l'épigraphie de l'Aquitaine romaine. Les inscriptions connues sont des dédicaces votives et associent le nom indigÚne de la divinité aux formules latines habituelles de la religion romaine provinciale[2].
La documentation actuellement connue ne permet toutefois pas de déterminer avec certitude la fonction précise de Baigorix, ses attributs, son iconographie ou un domaine particulier de son culte. Les inscriptions fournissent essentiellement le nom de la divinité et les renseignements épigraphiques liés aux dédicaces[6]. Il convient donc de ne pas lui attribuer, en l'état actuel des sources, une fonction de divinité des eaux, de la montagne, du bétail ou de la métallurgie.
Ătymologie
[modifier | modifier le code]Le théonyme Baigorix a été rapproché du toponyme basque Baigorri. Cette comparaison repose principalement sur la proximité des éléments Baigor- et Baicorr- présents dans les inscriptions aquitaines avec le toponyme basque[2].
JoaquĂn Gorrochategui relĂšve notamment les formes aquitaines Baigorixo, Baigoriso, Baicorrixo et Buaigorixe et les met en relation avec une base bai- que plusieurs auteurs rapprochent du basque ibai, « riviĂšre » ou « cours d'eau », ainsi qu'avec l'Ă©lĂ©ment gorri, « rouge »[2]. Luis Mari Zaldua relĂšve Ă©galement les formes baigoriso, baigorixo et baicorrixo et souligne que les Ă©lĂ©ments -cori-, -corri- et -gori- ont Ă©tĂ© associĂ©s au basque gorri[7].
Rapprochement avec Baigorri
[modifier | modifier le code]L'étymologie du toponyme Baigorri fait toutefois l'objet de discussions dans la toponymie basque. Patxi Salaberri présente plusieurs hypothÚses anciennes et modernes concernant ce nom et rassemble les formes historiques attestées[8]. L'une des analyses anciennes rapproche Baigorri de ibai gorri, avec le sens de « riviÚre rouge ». Cette interprétation a notamment été associée à Louis-Lucien Bonaparte et a ensuite été reprise ou discutée par différents spécialistes de la langue et de la toponymie basques[8]. Toutefois, Salaberri expose plusieurs interprétations concurrentes et notamment les réserves formulées par Jean-Baptiste Orpustan concernant la reconstruction d'une forme ibaigorri comme étape historique du toponyme[8].
Il convient donc de distinguer deux propositions : le rapprochement du théonyme Baigorix avec le toponyme Baigorri, qui est solidement documenté dans la littérature onomastique, et l'étymologie de Baigorri par ibai gorri, qui demeure une analyse discutée[2].
Formes anciennes et toponymie
[modifier | modifier le code]La documentation mĂ©diĂ©vale de Baigorri prĂ©sente plusieurs variantes graphiques. Patxi Salaberri Zaratiegi relĂšve notamment les formes Bigur, Beygur, Beigur, Baigur, Baygur, Baiguerr et Baigorri dans la documentation historique de la Basse-Navarre[8]. La diversitĂ© de ces attestations montre que l'histoire phonĂ©tique et graphique du toponyme est complexe. Elle constitue l'une des raisons pour lesquelles l'Ă©tymologie de Baigorri ne peut ĂȘtre rĂ©duite Ă une simple Ă©volution phonĂ©tique supposĂ©e de ibai gorri vers Baigorri[8].
Le nom Baigorri est notamment celui d'une localitĂ© de Basse-Navarre, aujourd'hui Saint-Ătienne-de-BaĂŻgorry, ainsi que celui d'un ancien lieu aujourd'hui intĂ©grĂ© au territoire d'Oteiza. L'AcadĂ©mie de la langue basque (Euskaltzaindia) donne Baigorri comme forme basque officielle du nom de Saint-Ătienne-de-BaĂŻgorry[9].
Interprétation linguistique
[modifier | modifier le code]Les formes du théonyme Baigorix sont importantes pour l'étude des relations entre l'onomastique aquitaine et la langue basque ancienne. Les noms de divinités et de personnes attestés dans l'Aquitaine romaine constituent en effet une source majeure pour l'étude d'une langue indigÚne que les linguistes rapprochent du basque[10].
Le segment -corri- ou -gori- présent dans les formes du théonyme a été rapproché du basque gorri. Cette comparaison ne repose pas sur une seule inscription mais sur l'ensemble de l'onomastique aquitaine et sur la comparaison avec des formes basques anciennes et modernes[7].
La forme Buaigorixe est Ă©galement intĂ©ressante en raison de sa terminaison en -e. JoaquĂn Gorrochategui considĂšre que la terminaison -e, attestĂ©e dans plusieurs thĂ©onymes aquitains et vascuons, peut correspondre Ă une dĂ©sinence propre Ă cette aire linguistique et alterner avec les dĂ©sinences latines attendues[11].
Dans cette perspective, Buaigorixe et Baigorixo peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme deux rĂ©alisations Ă©pigraphiques diffĂ©rentes du mĂȘme nom, la premiĂšre prĂ©sentant une terminaison en -e et la seconde une terminaison en -o adaptĂ©e Ă la flexion latine[11].
La coexistence de Baicorrixo et Baigorixo constitue par ailleurs un exemple de la difficulté à représenter au moyen de l'alphabet latin certains contrastes phonétiques des langues indigÚnes. Des travaux récents observent que des variations comparables concernent notamment la représentation des vibrantes[5].
Dans cette perspective, Buaigorixe et Baigorixo peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme deux rĂ©alisations Ă©pigraphiques diffĂ©rentes du mĂȘme nom, la premiĂšre prĂ©sentant une terminaison en -e et la seconde une terminaison en -o adaptĂ©e Ă la flexion latine[11].
La coexistence de Baicorrixo et Baigorixo constitue par ailleurs un exemple de la difficulté à représenter au moyen de l'alphabet latin certains contrastes phonétiques des langues indigÚnes. Des travaux récents observent que des variations comparables concernent notamment la représentation des vibrantes[5].
Signification
[modifier | modifier le code]Le rapprochement entre Baigorix et Baigorri permet d'envisager une interprĂ©tation fondĂ©e sur les Ă©lĂ©ments ibai « riviĂšre » et gorri « rouge ». Dans cette hypothĂšse, Baigorri pourrait ĂȘtre compris comme « riviĂšre rouge », et le thĂ©onyme aquitain serait apparentĂ© au mĂȘme ensemble lexical[2]. Cette interprĂ©tation doit toutefois rester prĂ©sentĂ©e comme une hypothĂšse Ă©tymologique. Les inscriptions antiques ne donnent aucune traduction du nom Baigorix, et elles ne permettent pas Ă elles seules d'Ă©tablir que la divinitĂ© Ă©tait effectivement associĂ©e Ă une riviĂšre de couleur rouge[8].
Il n'est donc pas possible d'affirmer, sur la seule base du nom, que Baigorix Ă©tait une divinitĂ© fluviale. De mĂȘme, aucune identification prĂ©cise avec une riviĂšre particuliĂšre des PyrĂ©nĂ©es ne peut ĂȘtre Ă©tablie Ă partir des inscriptions actuellement connues. Le dossier de Baigorix est particuliĂšrement important parce qu'il met en relation l'Ă©pigraphie aquitaine, l'onomastique ancienne et la toponymie basque. Ce rapprochement contribue Ă l'Ă©tude des correspondances entre les noms aquitains de l'Ă©poque romaine et le lexique basque. Il ne signifie toutefois pas que la langue des inscriptions aquitaines puisse ĂȘtre simplement identifiĂ©e au basque moderne : il s'agit d'une relation historique et linguistique plus ancienne, reconstruite notamment Ă partir de l'onomastique[10]. Le thĂ©onyme Baigorix constitue ainsi un tĂ©moignage important pour l'Ă©tude de la continuitĂ© ou des relations entre les traditions linguistiques aquitaines et basques dans les PyrĂ©nĂ©es occidentales et centrales.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 Autel découvert à Balesta, dédié à une divinité nommée Baigori ou Baigoris. Il est conservé au musée de Luchon et constitue une piÚce de la collection Sacaze. La photographie a été prise par Eduardo Orduña Aznar.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (es) JoaquĂn Gorrochategui Churruca, Estudio sobre la onomĂĄstica indĂgena de Aquitania, Leioa, Universidad del PaĂs Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea, , 384 p. (ISBN 978-84-9082-927-1, lire en ligne), p. 312-313.
- 1 2 3 (eu) Luis Mari Zaldua Etxabe, Gipuzkoa antzinaroan : hizkuntzak eta eremu linguistikoak onomastikaren argitan, Bilbao, Euskaltzaindia, coll. « Izenak », , 97 p. (ISBN 978-84-121889-6-7, lire en ligne)
- â Julien Sacaze, Inscriptions antiques des PyrĂ©nĂ©es, vol. 2, Toulouse, E. Privat, coll. « BibliothĂšque mĂ©ridionale. 2e sĂ©rie », , 576 p. (lire en ligne), p. 424-426
- 1 2 3 (es) JoaquĂn Gorrochategui et Luis Mari Zaldua Etxabe, « Dos nuevas aras con divinidades vascĂłnicas en Navarra/Nafarroa », Veleia, vol. 42,â , p. 185-203 (ISSN 0213-2095, lire en ligne, consultĂ© le )
- â (es) Francisco Marco SimĂłn, « Religion y romanizaciĂłn en los Pirineos », Aquitania, vol. 27,â (ISSN 0213-2095, lire en ligne, consultĂ© le )
- 1 2 (en) Luis Mari Zaldua Etxabe, « Gipuzkoa in antiquity: languages and linguistic areas in the light of onomastics », Fontes Linguae Vasconum, vol. 131,â , p. 213-235 (ISSN 0046-435X, lire en ligne, consultĂ© le )
- 1 2 3 4 5 6 (eu) Patxi Salaberri Zaratiegi, Nafarroa Behereko herrien izenak : Lekukotasunak eta etimologia, Pampelune, Nafarroako Gobernua, (ISBN 84-235-2715-8, lire en ligne), p. 107-114
- â (eu) Euskaltzaindia, Nafarroa Behereko herri izendegia, Bilbao, Euskaltzaindia, (lire en ligne)
- 1 2 (es) JoaquĂn Gorrochategui Churruca, « Las lenguas de los Pirineos en la antigĂŒedad », dans Joan Anton Rabella i Ribas, Els substrats de la llengua catalana : una visiĂł actual, Barcelona, Institut d'Estudis Catalans, , 75-101 p. (ISBN 84-7283-645-2, lire en ligne)
- 1 2 3 (es) JoaquĂn Gorrochategui, « Vasco antiguo: algunas cuestiones de geografĂa e historia lingĂŒĂsticas », Palaeohispanica. Revista sobre lenguas y culturas de la Hispania Antigua, vol. 9,â , p. 539-555 (ISSN 1578-5386, lire en ligne, consultĂ© le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (es) JoaquĂn Gorrochategui Churruca, Estudio sobre la onomĂĄstica indĂgena de Aquitania, Leioa, Universidad del PaĂs Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea, , 384Â p. (ISBNÂ 978-84-9082-927-1, lire en ligne).
