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Syndrome d'Asperger

Les individus atteints du syndrome d'Asperger affichent souvent un intĂ©rĂȘt intense, comme ce garçon devant cette structure molĂ©culaire.
Les individus atteints du syndrome d'Asperger affichent souvent un intĂ©rĂȘt intense, comme ce garçon devant cette structure molĂ©culaire.

Le syndrome d'Asperger (prononcĂ© /aspɛʁgəʁ/) est un trouble du spectre autistique ou trouble envahissant du dĂ©veloppement qui se caractĂ©rise, comme les autres formes d'autisme, par des difficultĂ©s significatives dans les interactions sociales, associĂ©es Ă  des intĂ©rĂȘts restreints et/ou des comportements rĂ©pĂ©titifs. Il n'y a pas de retard dans l’apparition du langage ni de dĂ©ficit intellectuel. Bien qu'elles ne soient pas retenues pour le diagnostic, une maladresse physique et une utilisation atypique du langage sont souvent rapportĂ©es.

Ce syndrome a été nommé d'aprÚs les travaux du pédiatre autrichien Hans Asperger en 1944. Ces travaux ne sont révélés qu'en 1981 par la psychiatre britannique Lorna Wing, puis traduits en anglais par la psychologue allemande Uta Frith en 1991. Ils connaissent depuis une médiatisation importante.

La cause ou les causes exactes du syndrome d'Asperger restent inconnues. Comme pour les autres troubles du spectre autistique, des composantes gĂ©nĂ©tiques sont suggĂ©rĂ©es. Les recherches neurologiques ont rĂ©vĂ©lĂ© des particularitĂ©s dans le fonctionnement cĂ©rĂ©bral, Ă  l'origine de dĂ©ficits sĂ©lectifs de l'empathie. Lorsque le diagnostic est Ă©tabli, une prise en charge pluridisciplinaire peut ĂȘtre proposĂ©e. L'efficacitĂ© de certaines interventions est difficile Ă  estimer car les donnĂ©es sont limitĂ©es. Les thĂ©rapies comportementales se concentrent sur des dĂ©ficits spĂ©cifiques : capacitĂ©s de communications faibles, routines obsessionnelles et rĂ©pĂ©tĂ©es, maladresse physique. La plupart des enfants s'amĂ©liorent quand ils deviennent adultes, mais les difficultĂ©s sociales et de communication persistent. De plus, les personnes atteintes sont vulnĂ©rables Ă  de nombreux troubles de l'humeur, particuliĂšrement Ă  l'anxiĂ©tĂ© et Ă  la dĂ©pression. En 2013, environ 31 millions de personnes dans le monde auraient ce syndrome.

Certains chercheurs, comme Simon Baron-Cohen, et des personnes atteintes du syndrome ont posĂ© la question de savoir s'il doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une diffĂ©rence plutĂŽt que comme un handicap qu'il faudrait traiter ou guĂ©rir. Les limitations handicapantes, socialement en particulier, sont associĂ©es Ă  une singularitĂ© qui se rĂ©vĂšle parfois une compĂ©tence exceptionnelle. La fascination pour ce syndrome se traduit par de nombreuses reprĂ©sentations dans la culture populaire.

Mucoviscidose

La mucoviscidose (pour mucus et viscositĂ©) ou fibrose kystique du pancrĂ©as, est une maladie gĂ©nĂ©tique touchant l'ensemble des organes revĂȘtus d'un Ă©pithĂ©lium glandulaire. C'est la maladie gĂ©nĂ©tique lĂ©tale Ă  transmission autosomique rĂ©cessive la plus frĂ©quente dans les populations de type europoĂŻde, alors qu'elle est trĂšs rare dans les populations africaines et asiatiques. Elle est liĂ©e Ă  des mutations du gĂšne CFTR sur le chromosome 7, entraĂźnant une altĂ©ration de la protĂ©ine CFTR (sigle pour cystic fibrosis transmembrane conductance regulator). Cette protĂ©ine est un canal ionique permĂ©able au chlore dont la fonction est de rĂ©guler le transport du chlore Ă  travers les membranes cellulaires. Son dysfonctionnement provoque une augmentation de la viscositĂ© du mucus et son accumulation dans les voies respiratoires et digestives. La maladie touche de nombreux organes mais les atteintes respiratoires sont prĂ©dominantes et reprĂ©sentent l'essentiel de la morbiditĂ©. La forme clinique la plus frĂ©quente associe troubles respiratoires, troubles digestifs et troubles de la croissance staturopondĂ©rale. D'Ă©volution chronique et progressive, la maladie s'exprime souvent tĂŽt dĂšs la petite enfance mĂȘme s'il existe des formes frustes de diagnostic tardif.

Le diagnostic biologique repose sur le test de la sueur confirmé par une identification des mutations génétiques. Le dépistage néonatal, généralisé en France depuis 2002 permet un diagnostic et une prise en charge précoce alors que le conseil génétique permet à un couple hétérozygote connu de ne pas avoir un autre enfant malade. Il n'y a pas de traitement curatif mais les progrÚs de la prise en charge ont permis d'améliorer la qualité et l'espérance de vie des patients ; ainsi en France, l'espérance de vie à la naissance est passée de 7 ans en 1965 à 47 ans en 2005.

Connue depuis le Moyen Âge, la maladie est dĂ©crite scientifiquement par le pĂ©diatre suisse Guido Fanconi en 1936. Elle est identifiĂ©e deux ans plus tard par Dorothy Hansine Andersen comme une entitĂ© pathologique atteignant le pancrĂ©as d'oĂč son nom historique de fibrose kystique du pancrĂ©as. Elle conserve ce nom en anglais : cystic fibrosis.

Temple Grandin

Temple Grandin lors d'une conférence TED en 2010.
Temple Grandin lors d'une conférence TED en 2010.

Temple Grandin (Boston, ) est une scientifique amĂ©ricaine, professeur de zootechnie et de sciences animales Ă  l'universitĂ© d'État du Colorado, et docteur et spĂ©cialiste de renommĂ©e internationale dans cette mĂȘme discipline. Devenue trĂšs mĂ©diatique, elle est probablement l'une des personnalitĂ©s autistes les plus cĂ©lĂšbres au monde.

Mary Temple Grandin a Ă©tĂ© diagnostiquĂ©e avec des « dommages cĂ©rĂ©braux » Ă  l'Ăąge de deux ans, et n'a pas parlĂ© avant l'Ăąge de trois ans et demi. Une prise en charge prĂ©coce lui a permis de progresser, de suivre sa scolaritĂ© jusqu'en doctorat, puis de vivre de son mĂ©tier. Elle est Ă©galement connue pour ĂȘtre la premiĂšre personne autiste Ă  avoir tĂ©moignĂ© sur son expĂ©rience de vie dans des autobiographies, Ma vie d'autiste en 1986 et Penser en images en 1995. Elle fait rĂ©guliĂšrement appel Ă  des techniques de scanographie, qui ont rĂ©vĂ©lĂ© le fonctionnement et la structure particuliĂšre de son cerveau spĂ©cialisĂ© dans la pensĂ©e visuelle, une recherche publiĂ©e dans l'ouvrage Dans le cerveau des autistes, en 2013.

S’impliquant pour la dĂ©fense du bien-ĂȘtre animal, plaidant pour une meilleure prise en compte de la souffrance animale pendant l'Ă©levage et l'abattage, en s’opposant aux abattages rituels et Ă  l'Ă©levage en batterie, elle monte en 1980 une entreprise d’ingĂ©nierie et de conseils sur les conditions d'Ă©levage des animaux de rente, qui fait d’elle une experte en conception d'Ă©quipements pour le bĂ©tail. En 2012, prĂšs de la moitiĂ© des abattoirs Ă  bovins d'AmĂ©rique du Nord sont Ă©quipĂ©s du matĂ©riel qu'elle a conçu ; en 2016, elle a collaborĂ© Ă  environ 200 articles de recherche.

Elle milite également pour les droits des personnes autistes et souhaite la reconnaissance de l'autisme en tant que handicap, plutÎt que maladie mentale. Dans L'InterprÚte des animaux, elle rapproche la perception animale de celle des autistes, notamment en termes de sensibilité à l'environnement. En se basant sur son expérience personnelle et l'observation des bovins, elle invente la machine à cùlin, un appareil destiné à calmer les personnes hypersensibles.

Oliver Sacks a contribuĂ© Ă  la faire connaĂźtre grĂące Ă  son ouvrage Un anthropologue sur Mars, reprenant une phrase qu'elle avait utilisĂ©e pour dĂ©crire sa sensation de dĂ©calage en tant qu'autiste vivant parmi des personnes non-autistes : Different, not less! (« DiffĂ©rent(e), pas attardĂ©(e) ! »). L'actrice Claire Danes l'incarne dans un tĂ©lĂ©film semi-biographique produit par HBO, sorti en 2010. Elle a Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©e de trĂšs nombreuses fois pour son double investissement en faveur des animaux et de la connaissance de l'autisme, lui valant d'ĂȘtre qualifiĂ©e de « voix des sans-voix ».

Gare du Val d'Or

Le bĂątiment voyageurs en 2018.
Le bĂątiment voyageurs en 2018.

La gare du Val d'Or est une gare ferroviaire française de la ligne de Paris-Saint-Lazare Ă  Versailles-Rive-Droite, situĂ©e sur le territoire de la commune de Saint-Cloud, dans le dĂ©partement des Hauts-de-Seine, en rĂ©gion Île-de-France.

Une halte est mise en service en 1903 par la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest pour assurer la desserte de l'hippodrome de la Fouilleuse (devenu depuis l'hippodrome de Saint-Cloud). La gare prend son nom et sa configuration actuels, en 1911, lorsqu'elle est élevée au rang de station. De 1918 à 1952, elle est le point d'embranchement d'une ligne desservant des entreprises sur Suresnes et Rueil-Malmaison et notamment un arsenal militaire. Au début des années 2000, elle est totalement rénovée avec une nouvelle passerelle et des aménagements qui en font un modÚle d'accessibilité aux personnes handicapées.

C'est une gare de voyageurs de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), desservie par les trains de la ligne L du Transilien. Elle se situe à 12,8 km de la gare de Paris-Saint-Lazare.

Mouvement pour les droits des personnes autistes

Un symbole de l'infini aux couleurs de l'arc-en-ciel symbolise le spectre autistique et le mouvement de la neurodiversité.
Un symbole de l'infini aux couleurs de l'arc-en-ciel symbolise le spectre autistique et le mouvement de la neurodiversité.

Le mouvement pour les droits des personnes autistes, Ă©galement connu sous le nom de mouvement pour la culture autiste, est un mouvement social nĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1980 Ă  l’initiative de personnes autistes revendiquant leur droit Ă  l'expression de la diversitĂ© humaine, tout en luttant contre l'exclusion. Les idĂ©es centrales de ce mouvement dâ€Čempowerment sont de participer Ă  l'auto-soutien des personnes autistes et de dĂ©fendre la neurodiversitĂ©, en refusant les politiques eugĂ©nistes et les reprĂ©sentations nĂ©gatives en matiĂšre d'autisme. L'idĂ©e d'une « guĂ©rison » est remise en cause. Ce mouvement recherche une meilleure comprĂ©hension entre personnes autistes et non-autistes, ainsi que leur droit Ă  vivre dignement parmi la sociĂ©tĂ©, avec les particularitĂ©s dues aux troubles du spectre de l'autisme (TSA). Certains militants souhaitent pouvoir exprimer librement leurs comportements autistiques, tels que le refus de sociabilisation et les stĂ©rĂ©otypies. D'autres soutiennent les mĂ©thodes de prise en charge de l'autisme permettant de rĂ©duire ou supprimer ces comportements. En 2004, l'association Aspies For Freedom a demandĂ© la reconnaissance de la communautĂ© autiste en tant que minoritĂ© culturelle. Depuis 2008, l'ONU a dĂ©fini les droits des personnes autistes grĂące Ă  la convention relative aux droits des personnes handicapĂ©es, signĂ©e par 160 pays en 2016.

Le mouvement compte de multiples associations, principalement de droit amĂ©ricain, dont la premiĂšre est lâ€ČAutism Network International, fondĂ©e en 1991. La premiĂšre association francophone, SATEDI, est enregistrĂ©e en 2004. En plus des messages adressĂ©s aux personnes non-autistes et aux professionnels de santĂ© pour mieux partager leur subjectivitĂ©, les personnes autistes souhaitent participer aux politiques de santĂ© publique qui les concernent, et organisent des rĂ©unions Ă©vĂ©nementielles par et pour leur communautĂ©. Lâ€ČAutistic Pride Day, ou « journĂ©e de la fiertĂ© autiste », a Ă©tĂ© créée en 2005. Une multitude de sites web, des vidĂ©os et une abondante blogosphĂšre sont dĂ©diĂ©s Ă  ce mouvement. Temple Grandin fut la premiĂšre personne impliquĂ©e, aux États-Unis. Elle est suivie par Jim Sinclair, Donna Williams en Australie, Michelle Dawson au Canada, plus rĂ©cemment Josef Schovanec en France. Le militantisme en ce domaine reste surtout anglo-saxon. Certains chercheurs et professionnels de santĂ© du domaine de l'autisme, notamment Tony Attwood et Laurent Mottron, soutiennent eux aussi la reconnaissance de l'autisme comme une diffĂ©rence plutĂŽt qu'une maladie Ă  combattre.

Ces revendications font l'objet de critiques issues d'horizons variĂ©s, principalement de parents d'enfants autistes, mais aussi d'autres militants et de professionnels de santĂ©. Ils soulignent des dĂ©rives communautaristes, le comportement de militants qui nourrissent un sentiment de supĂ©rioritĂ©, des sur-diagnostics ou auto-diagnostics d'autisme, et la nĂ©cessitĂ© du « soin » pour le bien-ĂȘtre et l'avenir des enfants autistes plus lourdement handicapĂ©s. Les problĂšmes mĂ©dicaux et sociaux lourds rencontrĂ©s Ă  cause des formes sĂ©vĂšres d'autisme sont souvent cachĂ©s ou minimisĂ©s par ce mouvement.

Exclusion des personnes autistes

Militants autistes de la neurodiversité demandant l'acceptation des personnes autistes pendant la Freedom drive, à Bruxelles, le 2 octobre 2019.
Militants autistes de la neurodiversité demandant l'acceptation des personnes autistes pendant la Freedom drive, à Bruxelles, le 2 octobre 2019.

L'exclusion des personnes autistes (dont la cause est parfois dĂ©signĂ©e par le nĂ©ologisme d'autismophobie) appartient au principe d'exclusion sociale d'individus jugĂ©s indĂ©sirables par une population majoritaire. Les personnes ayant des troubles du spectre de l'autisme (TSA) Ă©taient fortement exclues jusqu'au dĂ©but du XXe siĂšcle. Les politiques publiques et les dĂ©couvertes scientifiques permettent d'amĂ©liorer les interventions pour compenser le handicap et la qualitĂ© de vie depuis la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle. L'ONU a affirmĂ© les droits des personnes autistes Ă  vivre parmi la sociĂ©tĂ© sans ĂȘtre discriminĂ©es, en 2005 et 2008. Des politiques de dĂ©sinstitutionnalisation, d'intĂ©gration, puis d'Ă©volution vers une sociĂ©tĂ© inclusive sont menĂ©es dans diffĂ©rents pays. Les pays scandinaves et anglo-saxons sont rĂ©putĂ©s les plus avancĂ©s. En 2015, le Conseil des droits de l'homme constate la persistance de violations des droits humains fondamentaux des personnes autistes dans de nombreux pays, tant en Europe, notamment en France et en GrĂšce, que sur le continent africain. ParallĂšlement, des tests de dĂ©pistage prĂ©natal de l'autisme sont en dĂ©veloppement.

L'accĂšs aux services de base, notamment Ă  l'Ă©ducation, peut ĂȘtre difficile, sinon impossible, en raison non seulement de symptĂŽmes liĂ©s Ă  l'autisme comme l'hypersensibilitĂ© sensorielle, mais aussi Ă  cause de prĂ©jugĂ©s sur le handicap social. Les situations de dĂ©pendance et les internements en hĂŽpital psychiatrique qui en rĂ©sultent entraĂźnent des coĂ»ts financiers importants, et des nĂ©gations de droits humains, incluant l'utilisation de mĂ©dicaments et de systĂšmes de contention sans consentement. Les jeunes autistes qui accĂšdent Ă  l'Ă©ducation subissent souvent du harcĂšlement scolaire et des insultes. Des cas d'infanticides d'autistes dits « sĂ©vĂšres » sont documentĂ©s. Les personnes autistes sont vulnĂ©rables aux agressions sexuelles, et les femmes subissent un risque de placement abusif de leurs enfants lorsqu'elles deviennent mĂšres. L'accĂšs Ă  l'emploi est rare, les compĂ©tences professionnelles des adultes autistes Ă©tant frĂ©quemment sous-estimĂ©es. Avec un fort taux d'Ă©chec Ă  l'entretien d'embauche, leur taux de chĂŽmage atteint 75 Ă  91 % en Europe. Cet ensemble de difficultĂ©s entraĂźne des suicides, de frĂ©quentes angoisses et des dĂ©pressions, et donc une augmentation de la mortalitĂ© des personnes autistes. Elles pourraient ĂȘtre alimentĂ©es par les reprĂ©sentations stĂ©rĂ©otypĂ©es de l'autisme, bien que le lien soit difficile Ă  Ă©tablir.

Certaines entreprises pratiquent une discrimination positive en faveur de l'emploi, notamment dans l'informatique. Le mouvement pour les droits des personnes autistes cherche à apporter des solutions pour réduire cette exclusion sociale, par la diffusion d'une philosophie de l'appartenance et la demande d'un changement de regard extérieur sur l'autisme, afin de mettre fin au rejet de la différence.

Autisme en France

Un adulte autiste français.
Un adulte autiste français.

L'autisme en France est marquĂ© par un historique tĂ©moignant d'une forte influence de la psychanalyse. Avant les premiĂšres actions d'accompagnement et de dĂ©finition mĂ©dicale, les personnes autistes — souvent assimilĂ©es Ă  des idiots ou, Ă  l'image de Victor de l'Aveyron, des « enfants sauvages » — sont vraisemblablement trĂšs marginalisĂ©es et victimes de graves violences. Ces premiĂšres actions sont mises en place dans les annĂ©es 1950, notamment par le Pr Roger MisĂšs qui crĂ©e les hĂŽpitaux de jour et conçoit la classification française des troubles mentaux de l'enfant et de l'adolescent (CFTMEA). L'autisme est popularisĂ© par La Forteresse vide de Bruno Bettelheim, et les confĂ©rences qu'il donne en France dans les annĂ©es 1970. Les premiĂšres mesures d'État dans ce domaine sont conduites dans les annĂ©es 1990, par Simone Veil.

Au dĂ©but du XXIe siĂšcle, l'approche psychiatrique française — qui assimile l'autisme Ă  une maladie mentale d'origine psychique causĂ©e par une mauvaise relation parentale, et prĂ©conise un placement en institution spĂ©cialisĂ©e — est remise en cause par des associations de parents qui saisissent le conseil de l'Europe, en raison de l'exclusion sociale qu'elle entraĂźne chez ces personnes, et de la culpabilisation des parents par le corps mĂ©dical. Cela conduit au rattachement de l'autisme au domaine du handicap, ainsi qu'Ă  la mise en place de nouvelles mesures, via quatre « Plans Autisme » dans les annĂ©es 2000 et 2010. Ils permettent la crĂ©ation d'un Centre Ressources Autisme par rĂ©gion française. L'ancienne classification de l'autisme comme psychose est progressivement abandonnĂ©e pour un rapprochement avec la notion de trouble du spectre de l'autisme (TSA), prĂ©sente dans les classifications internationales, qui prend en compte l'apport des neurosciences et l'Ă©volution des individus dans la sociĂ©tĂ©. Les Plans Autisme prĂ©conisent la dĂ©sinstitutionnalisation et une Ă©ducation spĂ©cialisĂ©e adaptĂ©e, prĂ©voyant d'augmenter progressivement le taux de scolarisation des enfants, ainsi que l'emploi des adultes. D'aprĂšs les estimations les plus rĂ©centes, 0,7 Ă  1 % de la population française a un TSA, pour la plupart non-diagnostiquĂ©, entraĂźnant des degrĂ©s variables de handicap.

L'équipe du CHRU de Tours fut pionniÚre dans l'étude de l'autisme, en particulier grùce aux travaux de Gilbert Lelord, et plus récemment de Catherine Barthélémy. Thomas Bourgeron et Laurent Mottron, exerçant au Québec, comptent aussi parmi les chercheurs français internationalement reconnus pour leurs travaux. Des parents d'enfants autistes ont pris la parole dans le cadre de débats publics ou via des autobiographies, entre autres Olivia Cattan, DaniÚle Langloys et Francis Perrin. Des personnes autistes, notamment Josef Schovanec, l'ont fait plus récemment, en soutenant la neurodiversité face au modÚle médical. Parmi les associations agissant historiquement en ce domaine figurent Autisme France, Sésame Autisme, et l'ARAPI.

La prise en compte de l'autisme en France est source de nombreuses tensions, en particulier sur la question de l'accompagnement, qui oppose les partisans d'une approche comportementale, reprĂ©sentĂ©s par des associations de parents et certains scientifiques cognitivistes, Ă  ceux qui utilisent un rĂ©fĂ©rentiel psychanalytique, et au mouvement pour les droits des personnes autistes. Des pratiques spĂ©cifiquement françaises, telles que l'utilisation frĂ©quente du mot « autiste » comme insulte et la sur-mĂ©dication en neuroleptiques, sont source d'exclusion et de souffrance pour les personnes concernĂ©es, touchĂ©es par de nombreuses difficultĂ©s d'ordre social telles que la dĂ©scolarisation et le chĂŽmage. Les travaux rĂ©cents prĂ©conisent de s'appuyer sur les centres d'intĂ©rĂȘts spĂ©cifiques des personnes autistes afin de favoriser leur inclusion Ă  la sociĂ©tĂ©.

Controverse sur le rĂŽle de la vaccination dans l'autisme

Vaccination d'un jeune enfant.
Vaccination d'un jeune enfant.

La controverse sur le rĂŽle de la vaccination dans l'autisme est, Ă  l'origine, une controverse scientifique portant sur le rĂŽle dĂ©clencheur d'une vaccination dans l'apparition des troubles du spectre de l'autisme (TSA), particuliĂšrement forte au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le consensus scientifique, appuyĂ© entre autres par une mĂ©ta-analyse sur un million et demi de dossiers mĂ©dicaux, conclut Ă  l'absence de preuve d'un rĂŽle quelconque de la vaccination dans l'autisme. Trois thĂ©ories ont incriminĂ© les vaccins. La premiĂšre, Ă©noncĂ©e par le fraudeur scientifique Andrew Wakefield, met en cause le vaccin contre la rougeole, la rubĂ©ole et les oreillons (vaccin ROR), qui endommagerait les intestins et provoquerait le passage de neurotoxines dans le sang. La seconde met en cause l'adjuvant thiomersal, toxique Ă  hautes doses pour le systĂšme nerveux central, qui provoquerait des troubles neuro-dĂ©veloppementaux. Enfin, l'injection combinĂ©e de plusieurs vaccins a Ă©tĂ© suspectĂ©e d'affaiblir le systĂšme immunitaire et, par lĂ , de causer l'autisme.

Bien qu'une implication génétique soit démontrée, les causes exactes de l'autisme restent inconnues. Partageant une peur de la vaccination, les citoyens britanniques se sont surtout mobilisés contre le ROR, alors que les citoyens américains se sont opposés à la présence de l'adjuvant thiomersal. Ces deux courants de pensée se rejoignent au début des années 2000 pour former un vaste mouvement anti-vaccins international, organisé de maniÚre à diffuser et soutenir la thÚse d'une relation entre vaccins et autisme. Cette thÚse, alimentée par des articles de presse sensationnalistes, la théorie du complot de Big Pharma et des documentaires conspirationnistes tels que Vaxxed, est partagée par un quart des parents américains en 2016. La croyance en ce lien vaccins-autisme est devenue commune aussi bien en Europe que dans le Maghreb, ou encore en Chine.

La controverse a pris une dimension judiciaire, des milliers de familles amĂ©ricaines ayant portĂ© plainte contre des fabricants de vaccins via le recours collectif Omnibus Autism Proceeding. Les plaintes amĂ©ricaines ont Ă©tĂ© dĂ©boutĂ©es en 2009, mais quelques actions de mĂȘme type ont lieu en Europe. Ce mouvement anti-vaccins implique quelques chercheurs, mĂ©decins ou anciens mĂ©decins gĂ©nĂ©ralement non spĂ©cialistes de l'autisme et de la vaccination, tels que Henri Joyeux, des personnalitĂ©s politiques telles que Donald Trump, et des cĂ©lĂ©britĂ©s mĂ©diatiques, dont l'une des plus actives est l'actrice amĂ©ricaine Jenny McCarthy. Cette controverse pose un problĂšme de santĂ© publique en raison de la baisse de la couverture vaccinale, et du retour d'Ă©pidĂ©mies de rougeole dans des pays occidentaux.

Empathie des personnes autistes

L'empathie des personnes autistes est un sujet complexe, Ă©tudiĂ© dans le cadre des recherches sur les troubles du spectre autistique (TSA). La thĂ©orie de la « mĂšre rĂ©frigĂ©rateur », dĂ©sormais largement discrĂ©ditĂ©e par les neurosciences cognitives, incriminait la mĂšre dĂ©pourvue d'empathie pour son enfant comme responsable d'un retrait Ă©motionnel de ce dernier. Les chercheurs britanniques Simon Baron-Cohen et Uta Frith Ă©voquent en 1985 une absence de thĂ©orie de l'esprit, l'impossibilitĂ© pour les personnes autistes de comprendre les intentions et les Ă©motions des autres. Les recherches ultĂ©rieures dĂ©montrent que les personnes autistes ne sont pas totalement dĂ©pourvues d'empathie, mais cette empathie se base sur un processus cognitif conscient et sur des associations logiques qui prennent peu en compte l'acceptabilitĂ© sociale, plutĂŽt que sur des processus automatiques et sociaux comme chez les personnes non-autistes. La prĂ©sence d'alexithymie, un manque de neurones miroir, un cerveau « hypermasculin », une particularitĂ© de l'amygdale, ou encore un dĂ©sĂ©quilibre entre une empathie affective surefficiente et une empathie cognitive rĂ©duite sont citĂ©s comme possible causes. Les personnes autistes montrent Ă©galement peu de motivation dans les situations sociales, et pourraient prĂ©senter une empathie non-centrĂ©e sur l'ĂȘtre humain.

Certaines études suggÚrent que les personnes autistes à haut niveau de fonctionnement expérimentent une détresse personnelle supérieure en présence de quelqu'un qui souffre. Les personnes avec TSA ressentent des émotions et disposent d'un accÚs au sens moral, contrairement aux personnalités dites psychopathes. Leur empathie particuliÚre, avec un sens social défaillant, est cependant à l'origine de nombreux problÚmes pour interagir en société. Un entraßnement aux habiletés sociales permet aux personnes autistes de compenser leurs difficultés d'empathie, parfois au point de les rendre invisibles pour leur entourage à l'ùge adulte, mais au prix d'un effort d'attention qui entraßne une fatigue.

Autisme savant

En raison de sa capacité à dessiner des paysages en détail aprÚs les avoir vus trÚs peu de temps, Stephen Wiltshire est souvent qualifié d'autiste savant.
En raison de sa capacité à dessiner des paysages en détail aprÚs les avoir vus trÚs peu de temps, Stephen Wiltshire est souvent qualifié d'autiste savant.

Lâ€Čautisme savant est une notion mĂ©diatiquement et socialement construite, sur la base d'une comprĂ©hension de l'intelligence autiste par le seul prisme de l'observation de capacitĂ©s dites « savantes » chez un nombre restreint de personnes. Sans ĂȘtre un terme mĂ©dicalement reconnu, il fut dĂ©crit comme une association entre des troubles du spectre de l'autisme (TSA) et le syndrome du savant ou le surdouement, se traduisant par des compĂ©tences d'une excellence inhabituelle dans un ou plusieurs domaines, et des difficultĂ©s significatives dans d'autres, en particulier dans les relations sociales. Les estimations sont trĂšs variables, les chercheurs estimant que le savantisme concerne de 1 Ă  30 % des personnes avec TSA, en grande majoritĂ© des hommes avec une synesthĂ©sie, une hyperlexie et/ou une oreille absolue.

À la fin du XIXe siĂšcle, Édouard SĂ©guin et John Langdon-Down dĂ©crivent des « idiots savants », personnes combinant de sĂ©vĂšres difficultĂ©s et des capacitĂ©s intellectuelles hors de la norme, en particulier en mĂ©morisation. L'« autisme savant » est surtout Ă©tudiĂ© au XXe siĂšcle par le psychiatre amĂ©ricain Darold Treffert. L'intelligence autiste reste presque inconnue du grand public jusqu'Ă  la sortie du film Rain Man, en 1988, qui met en scĂšne un personnage « autiste savant ». Ce mĂȘme qualificatif est attribuĂ© Ă  des personnes comme les jumeaux George et Charles Fin, Daniel Tammet, Josef Schovanec et Stephen Wiltshire, en raison de leurs compĂ©tences dans le calcul calendaire, la mĂ©morisation d'images et de chiffres, l'art, ou encore l'apprentissage des langues. Les facultĂ©s d'apprentissage et la mĂ©moire trĂšs sĂ©lective de ces personnes reposent sur la dĂ©composition et la comparaison de structures analogues, grĂące notamment Ă  une excellente perception visuelle et Ă  une tendance Ă  voir les dĂ©tails avant l'ensemble. Ces compĂ©tences sont restreintes Ă  un ou quelques centres d'intĂ©rĂȘts prĂ©cis. Les recherches s'orientent sur une particularitĂ© de la structure cĂ©rĂ©brale due Ă  une mutation gĂ©nĂ©tique dans la rĂ©gion du chromosome 1 humain, contribuant Ă  une prĂ©disposition pour ce style cognitif particulier combinant de nombreuses difficultĂ©s, y compris l'absence potentielle de langage, Ă  une relative force intellectuelle. Cependant, aucun travail de recherche n'a pu dĂ©terminer que la pensĂ©e des personnes autistes soit diffĂ©rente par nature de celle des personnes non autistes, et le profil neuropsychologique des individus dĂ©crits comme « autistes savants » n'a pu ĂȘtre diffĂ©renciĂ© de celui des autres personnes avec TSA. Le rĂŽle jouĂ© par l’environnement familial dans le dĂ©veloppement de ces capacitĂ©s reste peu connu, de mĂȘme que leur nature innĂ©e ou acquise, les deux cas ayant Ă©tĂ© rapportĂ©s.

La notion d'« autisme savant » fait l'objet de critiques en raison des fantasmes qu'elle suscite, et de médiatisations peu éthiques. Sa sur-représentation médiatique influence la définition de l'autisme vers une association avec le « génie ». L'intelligence autiste reste difficile à définir, et source de confusions, car les « capacités hors normes » sont décrites comme telles en raison de leur cÎté inhabituel ou spectaculaire. Cette notion d'autisme savant est vraisemblablement une construction des médias et de la société, les personnes concernées ne se différenciant pas intrinsÚquement des autres personnes autistes, si ce n'est par les opportunités qui leur ont été offertes pour travailler et développer leurs compétences.

Emploi des personnes autistes

Photo d'un homme ùgé, assis, souriant, en chemise et cravate.
Portrait de Donald Triplett, premier homme diagnostiqué comme autiste et ayant eu un emploi.

L’emploi des personnes autistes est un problĂšme sociĂ©tal rĂ©cent. Ces personnes subissent l'un des taux d'emploi les plus bas parmi les travailleurs en situations de handicap, entre 76 et 90 % d'entre elles Ă©tant au chĂŽmage en Europe en 2014. La majoritĂ© des personnes avec troubles du spectre de l'autisme (TSA) souhaitent un emploi et en ont les capacitĂ©s, des exemples de carriĂšres fructueuses ayant Ă©tĂ© mĂ©diatisĂ©s. Les autistes ont longtemps Ă©tĂ© maintenus en Ă©tablissement spĂ©cialisĂ©, une majoritĂ© restant dĂ©pendants de leur famille. Les adultes autistes sont en sous-emploi contraint, et accĂšdent gĂ©nĂ©ralement Ă  des postes peu qualifiĂ©s, de façon discontinue et Ă  temps partiel, en environnement dit « protĂ©gé », sans que soient pris en compte leurs souhaits et aspirations. Les perspectives les plus fermĂ©es concernent les personnes non-verbales avec des troubles du comportement.

Une grande variété de carriÚres et de postes sont potentiellement accessibles, bien que les postes nécessitant peu de relations humaines soient notoirement privilégiés, et associés à davantage de réussite. Des secteurs tels que le renseignement et le traitement de l'information dans l'armée, les métiers de hÎtellerie-restauration, de la traduction-rédaction, de l'informatique, de l'art, de l'artisanat, de la mécanique ou encore de la nature, de l'agriculture et de l'élevage, sont plus particuliÚrement recherchés, ainsi qu'adaptés.

Les problĂšmes rencontrĂ©s dans l'accĂšs Ă  l'emploi et dans l'emploi ont plusieurs explications. GĂ©nĂ©ralement liĂ©s Ă  une mauvaise communication entre employeurs et travailleurs autistes, ils dĂ©coulent surtout des difficultĂ©s rencontrĂ©es par les personnes autistes pour comprendre les relations sociales et gĂ©rer leurs hypersensibilitĂ©s sensorielles, et de l’intolĂ©rance des employeurs vis-Ă -vis de ces particularitĂ©s, bien plus que de la dĂ©ficience intellectuelle. De frĂ©quentes discriminations Ă  l'embauche ferment l'accĂšs du marchĂ© du travail aux personnes autistes, par ailleurs souvent victimes d'une organisation du travail inadaptĂ©e. DiffĂ©rentes mesures peuvent ĂȘtre mises en place pour rĂ©soudre ces difficultĂ©s, notamment l'accompagnement Ă  l'emploi, et l'adaptation des conditions de travail en termes de sensorialitĂ© et d'horaires. Certaines entreprises pratiquent une discrimination positive, en particulier dans l'informatique, un domaine dans lequel les personnes autistes dites « à haut niveau de fonctionnement » sont considĂ©rĂ©es comme un atout de compĂ©titivitĂ©.

Mortalité des personnes autistes

Donna Williams, femme autiste décédée le 22 avril 2017 des suites d'un cancer, à 53 ans.
Donna Williams, femme autiste décédée le 22 avril 2017 des suites d'un cancer, à 53 ans.

La mortalité des personnes autistes est caractérisée par une espérance de vie réduite d'environ dix-sept ans par rapport à la moyenne. Le taux de mortalité pendant l'enfance et les débuts de l'ùge adulte est significativement plus élevé que celui de la population générale. Les personnes autistes sont sujettes à de nombreux problÚmes de santé, avec une forte fréquence de l'épilepsie. Les maladies et attaques cardiaques, ainsi que le suicide, jusqu'à neuf fois supérieur à la moyenne, concernent particuliÚrement les personnes diagnostiquées avec un autisme à haut niveau de fonctionnement. Les autres causes de mortalité sont similaires à celles de la population générale, incluant des maladies respiratoires, infectieuses et digestives, combinées à des prises de médicaments neuroleptiques qui entraßnent effets secondaires et perte substantielle de santé tout au long de la vie. Des facteurs socio-économiques augmentent aussi cette mortalité. Victime d'une grande proportion d'accidents, et en particulier de noyades, la communauté autiste est, enfin, frappée d'infanticides depuis des temps trÚs anciens. Les femmes avec difficulté d'apprentissage ont l'espérance de vie la plus écourtée.

Cette mortalité précoce fait l'objet d'études et de théories diverses depuis les années 1990, concernant ses causes et les façons de la réduire, essentiellement dans les pays anglo-saxons et scandinaves. Qualifiée en 2016 de « crise cachée », elle est principalement due aux comorbidités des troubles du spectre de l'autisme, combinées à un défaut d'accÚs aux soins somatiques et de prise en compte de la douleur, touchant principalement les autistes non-verbaux. Une faiblesse d'ordre génétique pourrait s'y ajouter, avec de nombreuses influences environnementales. L'exclusion sociale est susceptible de mener au suicide, et une « culture du meurtre » favorise les infanticides. Une meilleure prévention de l'épilepsie, des noyades accidentelles, des maladies subites et du suicide, ainsi qu'une amélioration de la communication entre personnes autistes et personnel médical, la pratique d'un exercice physique régulier, représentent autant de pistes pour réduire cette mortalité précoce.

Violence dans l'autisme

La violence dans l'autisme est davantage reçue par les personnes autistes qu'exprimĂ©e par elles. La supposition d'un lien entre l'autisme et les comportements violents est frĂ©quente parmi l'opinion publique, mais aucune donnĂ©e scientifique n'Ă©tablit de causalitĂ© du trouble du spectre de l'autisme dans une prĂ©disposition Ă  la dĂ©linquance ou aux crimes. Le taux de criminalitĂ© et de dĂ©linquance global est vraisemblablement plus bas parmi la communautĂ© autiste que dans la population gĂ©nĂ©rale, bien que certains actes ciblĂ©s tels que les agressions sexuelles et les incendies volontaires puissent ĂȘtre plus frĂ©quents. La violence manifestĂ©e par des personnes autistes rĂ©sulte gĂ©nĂ©ralement d'hypersensibilitĂ©s sensorielles et d'ignorance des consĂ©quences de leurs actes, dues Ă  des difficultĂ©s d'empathie et de comprĂ©hension des codes sociaux, plutĂŽt que d'une volontĂ© de commettre un acte violent, dĂ©lictueux ou criminel. Les troubles associĂ©s, tels que le trouble du dĂ©ficit de l'attention avec ou sans hyperactivitĂ©, semblent impliquĂ©s dans les comportements violents plutĂŽt que l'autisme seul. Le psychiatre irlandais Michael Fitzgerald a postulĂ© l'existence d'une sous-population spĂ©cifique portĂ©e sur la violence, associant autisme et psychopathie, hypothĂšse qui n'a pas Ă©tĂ© scientifiquement confirmĂ©e.

Cette idĂ©e d'association entre autisme et violence concerne tout particuliĂšrement des personnes diagnostiquĂ©es avec un syndrome d'Asperger, dont les actes ont Ă©tĂ© popularisĂ©s par des articles de presse Ă©crite concernant des tueries de masse, en particulier Adam Lanza et Anders Behring Breivik. Les mĂ©dias mentionnent aussi des troubles du spectre de l'autisme chez des tueurs en sĂ©rie et des cybercriminels. Les Ă©tudes du profil psychologique des tueurs de masse mettent en avant des intrications entre traits psychologiques classiquement associĂ©s aux prĂ©dispositions Ă  la violence, tels que le trouble de la personnalitĂ© narcissique et le trouble de la personnalitĂ© antisociale, l'autisme pouvant ĂȘtre un facteur « aggravant », mais non la cause unique de ces violences.

Il existe une nette intrication entre violence reçue et violence exprimĂ©e. Le phĂ©nomĂšne social de capacitisme crĂ©e un biais dans la perception des personnes autistes, de nombreux comportements Ă©tant interprĂ©tĂ©s comme dangereux par leur entourage, tandis que la violence reçue par ces mĂȘmes personnes est normalisĂ©e, donc invisibilisĂ©e. L'idĂ©e erronĂ©e selon laquelle les personnes autistes seraient violentes et dangereuses par nature est source d'exclusion sociale, et donc de dĂ©nis de droits pour cette population, souvent victime d'internements sans consentement et d'erreurs judiciaires.

Aktion T4

Monument en hommage aux victimes du programme Aktion T4 réalisé par Richard Serra à Berlin sur la Tiergarten-Strasse.
Monument en hommage aux victimes du programme Aktion T4 réalisé par Richard Serra à Berlin sur la Tiergarten-Strasse.

Aktion T4 est la désignation utilisée aprÚs la Seconde Guerre mondiale de la campagne d'extermination d'adultes handicapés physiques et mentaux du régime nazi de à et qui fit de 70 000 à 80 000 victimes.

FondĂ©e sur un terreau idĂ©ologique fertile prĂŽnant une politique eugĂ©niste active, antĂ©rieur au nazisme mais exacerbĂ© par celui-ci, favorisĂ©e par une intense campagne de propagande en faveur de la stĂ©rilisation et de l'euthanasie, elle fut le fruit d'une dĂ©cision personnelle d'Adolf Hitler, dont il confia l'exĂ©cution Ă  la chancellerie du FĂŒhrer, dirigĂ©e par Philipp Bouhler. Mise en Ɠuvre par des mĂ©decins nazis convaincus et du personnel issu de la SS, elle se traduisit par des assassinats Ă  grande Ă©chelle au moyen de chambres Ă  gaz spĂ©cialement construites Ă  cet effet dans six centres de mise Ă  mort. MalgrĂ© les efforts dĂ©ployĂ©s pour garder l'opĂ©ration secrĂšte, celle-ci devint de plus en plus connue au fil des mois, ce qui suscita des protestations qui contribuĂšrent Ă  son arrĂȘt officiel, l'objectif exterminateur que les nazis s'Ă©taient fixĂ© ayant de toute maniĂšre Ă©tĂ© atteint.

MĂȘme si l'Aktion T4 cessa en , l'extermination des handicapĂ©s se poursuivit tout au long de la Seconde Guerre mondiale et une partie de ses exĂ©cutants participa Ă  la destruction des Juifs d'Europe.

Dysharmonie psychotique

La dysharmonie psychotique est un diagnostic médical (plus précisément une entité nosographique) en pédopsychiatrie, défini en France en 1966, réservé à des enfants et adolescents ayant un développement « dysharmonique et hétérogÚne » sans handicap mental. Le nom de dysharmonie évolutive est quant à lui employé pour les enfants ou adolescents qui ne présentent pas de fonctionnement psychotique ou névrotique organisé de façon réguliÚre. L'un des aspects centraux des dysharmonies est la réversibilité potentielle de ce trouble au cours du développement de l'enfant. L'appellation de « dysharmonie psychotique » (DP) ne fait pas consensus parmi les spécialistes.

Selon les critÚres de la Classification française des troubles mentaux de l'enfant et de l'adolescent (CFTMEA), les enfants de fonctionnement DP présentent souvent des angoisses, une dépression, un retard du développement psychomoteur et des particularités ou un retard du langage. Des précocités sont possibles dans certains domaines, ces enfants et adolescents sont généralement capables de suivre une scolarité en milieu ordinaire et susceptibles d'une évolution favorable. Il existe cependant des cas de changements et d'évolutions de diagnostics vers l'autisme infantile ou la psychose déficitaire.

D'inspiration psychanalytique, le concept de dysharmonie est défini dans les années 1960 et 1970 par le pédopsychiatre et psychanalyste français Roger MisÚs et présente une proximité nette avec la « prépsychose » de l'enfant, théorisée principalement par René Diatkine. AprÚs une large diffusion dans L'Information psychiatrique et une reconnaissance de la clinique pédopsychiatrique française, une catégorie nosographique est officiellement créée par MisÚs sous le nom de dysharmonie psychotique (DP) dans la CFTMEA, en 1987. Ce diagnostic est toujours considéré comme valide dans la révision 2012 de la CFTMEA. Le concept de dysharmonie psychotique a été rapproché de celui de « dysharmonie multiple et complexe du développement », défini par le psychiatre américain D. J. Cohen en 1986. Il est absent des classifications nosographiques internationales, et n'est reconnu ni par l'Organisation mondiale de la santé, ni par l'Association américaine de psychiatrie, ni par la Haute autorité de santé. La CIM-10 classe cette pathologie comme un trouble envahissant du développement non spécifié.

La DP concerne environ 30 % des enfants diagnostiqués avec troubles envahissants du développement dans les établissements de soins français. Le psychiatre Laurent Mottron et le chercheur cognitiviste Franck Ramus critiquent ce diagnostic souvent posé au détriment d'autres qui sont reconnus par la communauté scientifique internationale, et présents dans les classifications CIM-10 et DSM-V : les troubles du spectre de l'autisme et le syndrome d'Asperger.

ÉquithĂ©rapie dans l'autisme

Contact entre un enfant et un cheval.
Contact entre un enfant et un cheval.

Lâ€ČĂ©quithĂ©rapie dans l'autisme est une intervention pour les personnes en situation d'autisme, faisant appel Ă  un cheval ou Ă  un poney comme mĂ©diateur. Une sĂ©ance peut se dĂ©rouler Ă  pied ou Ă  dos de cheval. L'Ă©quithĂ©rapie constitue la plus populaire des zoothĂ©rapies en autisme.

L'effet du contact avec des chevaux sur les personnes autistes n'est longtemps connu qu'à travers des témoignages isolés, tels celui de Temple Grandin, docteure en zootechnie, dans son autobiographie Ma vie d'autiste, en 1986. L'équithérapie est popularisée par le livre et le film L'enfant cheval, en 2009, dont l'auteur raconte les progrÚs de son fils autiste pendant un voyage en Mongolie. Depuis 2005, des études ont porté sur l'efficacité de cette intervention, passée du statut de thérapie « controversée » à celui de thérapie « prometteuse ».

L'application de l'équithérapie aux personnes autistes étant récente, les études à son sujet restent limitées, bien qu'elles concluent à des réductions cliniquement significatives du handicap dans les domaines de la communication, de la perception, de l'attention et de la régulation des émotions. L'équithérapie se révélant bénéfique pour accroßtre la volonté, réduire l'hyperactivité et améliorer l'intégration sensorielle, la communauté scientifique s'accorde pour conclure qu'elle est la plus efficace des zoothérapies accessibles aux personnes autistes. Elle fait appel à un animal capable de répondre à des besoins particuliers à toutes les formes d'autisme, mais n'est pas adaptée à toutes les personnes autistes. De plus, les séances sont relativement onéreuses, et peuvent mobiliser beaucoup de ressources humaines.


Neuro-tribus

Steve Silberman, l'auteur de NeuroTribes, lors d'une séance de dédicaces en mai 2016.
Steve Silberman, l'auteur de NeuroTribes, lors d'une séance de dédicaces en mai 2016.

Neuro-tribus : Autisme : plaidoyer pour la neurodiversité (titre original : NeuroTribes The Legacy of Autism and the Future of Neurodiversity ; littéralement « L'héritage de l'autisme et le futur de la neurodiversité »), est un essai de vulgarisation scientifique écrit par le journaliste d'investigation californien Steve Silberman, rédigé et publié en anglais, en 2015, chez Avery, une filiale du Penguin Group. Il est traduit puis publié en français aux éditions Quanto, le .

ConsacrĂ© Ă  l'histoire de l'autisme et au mouvement pour les droits des personnes autistes, il propose des portraits biographiques poĂ©tiques de personne sautistes et de mĂ©decins. GrĂące Ă  ses recherches d'archives, l'auteur thĂ©orise que les deux mĂ©decins qui ont dĂ©couvert l'autisme, Leo Kanner et Hans Asperger, n'ont pas publiĂ© leurs travaux respectifs Ă  la mĂȘme Ă©poque de façon fortuite, mais que Kanner a Ă©tĂ© mis au courant des recherches d'Asperger durant la Seconde Guerre mondiale. Silberman dĂ©fend Ă©galement un lien entre l'autisme, les compĂ©tences en informatique et en ingĂ©nierie, et le fandom de science-fiction. Il met en Ă©vidence la nature gĂ©nĂ©tique de l'autisme, dĂ©nonçant les thĂ©ories scientifiquement discrĂ©ditĂ©es selon lesquelles il serait causĂ© par une mauvaise relation maternelle ou par les vaccins.

Tout au long de son essai, l'auteur soutient la neurodiversité, en dressant des portraits positifs des personnes autistes, et en soulignant les défis auxquels elles doivent faire face. Il plaide pour que les dépenses médicales allouées à la recherche des causes de l'autisme le soient plutÎt à l'amélioration de la qualité de vie des personnes autistes, et pour la recherche d'une société inclusive. Devenu un succÚs de librairie dans le monde anglo-saxon, NeuroTribes a remporté le prix Samuel Johnson de l'année 2015, en catégorie hors fiction.


Kathleen Seidel

Kathleen Seidel est une bibliothĂ©caire amĂ©ricaine, militante du mouvement pour les droits des personnes autistes. L'un de ses enfants est diagnostiquĂ© avec syndrome d'Asperger, son pĂšre — dĂ©cĂ©dĂ© depuis au moins 2008 — prĂ©sentait des traits similaires. Elle a créé et maintenu jusqu'en 2008 neurodiversity.com, un site complet sur la recherche consacrĂ©e Ă  l'autisme, destinĂ© Ă  faciliter l'information dans ce domaine, et dont le slogan promeut la neurodiversitĂ©. Chercheuse et blogueuse, elle rĂ©side Ă  Peterborough, dans le New Hampshire, avec son mari et ses enfants.

Elle est surtout connue pour ses enquĂȘtes et ses Ă©crits dans le domaine de l'autisme. Elle enquĂȘte sur le travail et la conduite d'un mĂ©decin et expert judiciaire amĂ©ricain, Mark Geier, et de son fils, David Geier. Ils promeuvent la chĂ©lation et la prise d'une hormone appelĂ©e Lupron pour soigner l'autisme. Cela conduit la commission mĂ©dicale Ă  mener des actions dans plusieurs États amĂ©ricains, puis Ă  interdire Ă  Mark Geier d'exercer la mĂ©decine, pour finalement aboutir Ă  la mise en accusation de David Geier pour exercice illĂ©gal de la mĂ©decine. Kathleen Seidel a Ă©galement travaillĂ© sur la rĂ©daction d'un ouvrage et d'un article de cryptographie. CritiquĂ©e autant qu'admirĂ©e pour ses prises de positions, celles-ci lui ont valu d'ĂȘtre qualifiĂ©e d'« Erin Brockovich des troubles du spectre de l'autisme ».

Nadia Chomyn

Nadia Chomyn est une artiste autiste britannique nĂ©e le Ă  Nottingham et morte le . ConsidĂ©rĂ©e comme sĂ©vĂšrement handicapĂ©e tant intellectuellement que sur le plan moteur, elle est essentiellement connue Ă  travers ses dessins rĂ©alistes d'enfant prodige, reprĂ©sentant surtout des chevaux et des coqs. MaĂźtrisant la perspective avec un trait extrĂȘmement rapide et prĂ©cis dĂšs l'Ăąge de trois ans et demi, Nadia est dĂ©crite comme une « autiste savante ». Elle suscite un intĂ©rĂȘt dans les mĂ©dias anglo-saxons et les publications de psychiatrie et d'art-thĂ©rapie Ă  la fin des annĂ©es 1970 et au dĂ©but des annĂ©es 1980, notamment quant Ă  la question de savoir si les interventions pour enfants autistes peuvent entraĂźner une perte d'autres compĂ©tences en parallĂšle. Elle est suivie Ă  l'universitĂ© de Nottingham Ă  partir de 5 ans, puis scolarisĂ©e dans un Ă©tablissement spĂ©cialisĂ© de la mĂȘme ville aprĂšs 7 ans. Son dessin se normalise en parallĂšle de son apprentissage de la parole et de compĂ©tences sociales, puis rĂ©gresse Ă  l'adolescence.

Ses dessins d'adulte restent moins élaborés que ses réalisations de petite enfance. Nadia n'a par ailleurs jamais employé de langage parlé d'une façon conventionnelle, ni pu vivre de façon autonome. Accueillie dans un institut spécialisé au début de sa vie adulte, elle meurt d'une courte maladie à l'ùge de 48 ans, dans un relatif anonymat. Ses dessins sont désormais exposés au Bethlem Royal Archives and Museum de Beckenham, qui en gÚre les droits de reproduction. Ils sont classés parmi l'art outsider ou l'art brut.

Dépistage prénatal de l'autisme

Le dĂ©pistage prĂ©natal de l'autisme est l'ensemble des pratiques mĂ©dicales ayant pour but de dĂ©tecter in utero l'autisme chez l'embryon ou le fƓtus, majoritairement via des microdĂ©lĂ©tions chromosomiques. En cours de dĂ©veloppement, il soulĂšve des questions Ă©thiques de par la grande variabilitĂ© des profils Ă©volutifs de personnes autistes, et le risque Ă©levĂ© d'avortements sĂ©lectifs pouvant en dĂ©couler. La premiĂšre autorisation officielle de procĂ©der Ă  une interruption de grossesse en cas de suspicion d'autisme est accordĂ©e en Australie-Occidentale en 2013. Plusieurs mĂ©thodes ont Ă©tĂ© explorĂ©es : mesure d'hormones dans le liquide amniotique, IRM, recherches de mutations gĂ©nĂ©tiques spĂ©cifiques. La plus fiable est l'analyse des puces Ă  ADN chromosomiques. Le dĂ©pistage d'une mutation spĂ©cifique peut s'effectuer via un prĂ©lĂšvement sanguin depuis 2019, bien que la nature polygĂ©nique de l'autisme rende ces tests peu fiables. Un nombre croissant de centres de diagnostic prĂ©natal proposent ces tests, dont celui de l'hĂŽpital amĂ©ricain de Paris.

Les intentions d'avortement sĂ©lectif sont variables selon les pays et les cultures concernĂ©s. Fin 2019, deux tiers des mĂšres taĂŻwanaises d'enfants autistes sont favorables Ă  l'accĂšs Ă  ces tests, et plus de la moitiĂ© demandent l'interruption de leur grossesse en cas de suspicion de trouble du spectre de l'autisme (TSA). La majoritĂ© des parents sont favorables Ă  ces tests, considĂ©rant qu'il leur revient d'effectuer le choix de donner naissance, ou non, Ă  un enfant autiste. Quelques professionnels de santĂ©, tels que Laurent Mottron et Simon Baron-Cohen, ainsi que la majoritĂ© des associations de personnes elles-mĂȘmes autistes, dĂ©noncent le risque eugĂ©niste liĂ© Ă  la commercialisation de ces tests. L'ONU adresse un avertissement officiel fin 2019, quant au risque d'appauvrissement de la diversitĂ© humaine qui pourrait dĂ©couler d'un nombre Ă©levĂ© d'avortements sĂ©lectifs ciblant l'autisme.

Eugénisme en France

Charles Richet, prix Nobel de médecine en 1913, et président de la Société française d'eugénique de 1920 à 1926.
Charles Richet, prix Nobel de médecine en 1913, et président de la Société française d'eugénique de 1920 à 1926.

L'eugĂ©nisme en France, malgrĂ© son Ă©chec politique sous la TroisiĂšme RĂ©publique, connaĂźt un dĂ©veloppement thĂ©orique prĂ©coce et abouti. Cette idĂ©ologie eugĂ©niste mĂ©dicale prĂ©conise la formation d'une Ă©lite humaine sous la conduite de l'État français dĂšs la fin du XVIIIe siĂšcle. La connaissance subsĂ©quente des thĂ©ories de l'anthropologue et statisticien britannique Francis Galton, premier thĂ©oricien de l'eugĂ©nisme, mĂšne Ă  la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© française d'eugĂ©nique en 1913.

Bien que de nombreuses demandes de mesures interventionnistes soient portées par les théoriciens français de l'eugénisme jusque durant la premiÚre moitié du XXe siÚcle, cette idéologie a peu d'incidences sur les citoyens français, au contraire de ceux des pays anglo-saxons et du TroisiÚme Reich. Une seule loi d'inspiration eugéniste est adoptée en France, celle établissant le certificat prénuptial obligatoire, sous le régime de Vichy. Les raisons de cet échec, multiples, sont plus particuliÚrement liées à l'influence du catholicisme, au néo-lamarckisme, et à la dépopulation consécutive aux guerres.

Les deux propagateurs d'idĂ©es eugĂ©nistes les plus connus sont le prix Nobel de mĂ©decine Charles Richet, prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© française d'eugĂ©nique et qui promeut la mise Ă  mort des enfants handicapĂ©s, et Alexis Carrel, qui dirige la Fondation française pour l'Ă©tude des problĂšmes humains sous le rĂ©gime de Vichy. Le puĂ©riculteur Adolphe Pinard monte un ambitieux projet de contrĂŽle de la procrĂ©ation. Le mĂ©decin militaire Charles Binet-SanglĂ© propose la crĂ©ation d'un « haras humain », et le gazage des « tarĂ©s ». MalgrĂ© le procĂšs des mĂ©decins nazis Ă  Nuremberg pour crime contre l'humanitĂ©, l'idĂ©ologie eugĂ©niste continue d'ĂȘtre briĂšvement dĂ©fendue par le biologiste Jean Rostand durant les annĂ©es 1950, l'absence de connaissance des atrocitĂ©s commises au nom de l'idĂ©ologie eugĂ©niste sur le sol allemand n'entraĂźnant que peu de condamnations officielles de ces pratiques en France.

L'émergence d'une nouvelle forme d'eugénisme, en France comme dans d'autres pays occidentaux, questionne l'éthique des pratiques médicales depuis les années 1990, en particulier depuis l'affaire Perruche. Avec l'adoption de la premiÚre loi de bioéthique en 1994, la France condamne officiellement toute pratique de sélection eugénique collective, au titre des « crimes contre l'espÚce humaine » ; cependant, ce pays autorise une sélection individuelle des naissances. Le débat autour de l'eugénisme se réactive à travers des questionnements liés à des pratiques médicales telles que le diagnostic prénatal (DPN), le diagnostic préimplantatoire (DPI), et la forme d'avortement sélectif définie comme interruption médicale de grossesse (IMG) dans les lois françaises, autorisée à tout moment en cas de suspicion de maladie génétique ou de handicap graves. Les futurs parents peuvent éviter de donner naissance à des enfants suspectés ou détectés porteurs de handicaps tels qu'une trisomie 21 ou un nanisme, différentes personnes concernées par ces handicaps estimant que la disparition de ces catégories humaines relÚve de l'eugénisme. Ces questions donnent lieu à de longs débats entre médecins, éthiciens, philosophes, responsables associatifs et personnalités politiques ; elles influencent aussi les révisions de lois de bioéthique en France.