Escuela moderna
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La Escuela moderna ou Ăcole moderne est une Ă©cole rationaliste fondĂ©e Ă Barcelone le , par Francisco Ferrer.
Son projet pĂ©dagogique d'inspiration libertaire s'appuie sur la mixitĂ©, lâĂ©galitĂ© sociale, la transmission dâun enseignement rationnel, lâautonomie et lâentraide.
Elle fut la premiĂšre d'un rĂ©seau qui en comptait plus d'une centaine dâĂ©tablissements en Espagne en 1907. Elle inspira les modern schools amĂ©ricaines et les nouveaux courants pĂ©dagogiques.
Le projet
[modifier | modifier le code]L'Ă©cole n'est pas gratuite car elle ne dispose d'aucune subvention publique ou privĂ©e. Pour ĂȘtre viable, elle doit donc s'auto-financer. En fixant un prix de pension uniforme, elle risque nĂ©anmoins d'aboutir Ă une sĂ©lection par l'argent et d'Ă©carter les enfants issus des milieux les plus dĂ©favorisĂ©s, ce qui est Ă©videmment contraire Ă sa vocation. La contribution financiĂšre des familles est proportionnelle Ă leurs ressources, mĂȘme si cette somme peut avoir une valeur symbolique. De chacun selon ses moyens, Ă chacun selon ses besoins.
L'Escuela moderna est mixte, comme l'Orphelinat de Cempuis de Paul Robin ou La Ruche de Sébastien Faure. La mixité représente une innovation particuliÚrement audacieuse dans une Espagne trÚs chrétienne. Francisco Ferrer doit vaincre bien des réticences à ce sujet, dans son propre entourage, mais il reste intraitable et finit par obtenir gain de cause.
L'Escuela moderna est aussi laïque mais son fondateur évite cependant d'utiliser cet adjectif pour ne pas entrer immédiatement en conflit avec les autorités ecclésiastiques toutes puissantes.
Une citation de Francisco Ferrer résume le projet :
« Notre enseignement n'accepte ni les dogmes ni les usages car ce sont lĂ des formes qui emprisonnent la vitalitĂ© mentale (...) Nous ne rĂ©pandons que des solutions qui ont Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©es par des faits, des thĂ©ories ratifiĂ©es par la raison, et des vĂ©ritĂ©s confirmĂ©es par des preuves certaines. L'objet de notre enseignement est que le cerveau de l'individu doit ĂȘtre l'instrument de sa volontĂ©. Nous voulons que les vĂ©ritĂ©s de la science brillent de leur propre Ă©clat et illuminent chaque intelligence, de sorte que, mises en pratique, elles puissent donner le bonheur Ă l'humanitĂ©, sans exclusion pour personne par privilĂšge odieux. »
La pédagogie rationaliste
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La pĂ©dagogie Ă©laborĂ©e par Francisco Ferrer repose sur cinq piliers : la mixitĂ©, lâĂ©galitĂ© sociale, la transmission dâun enseignement rationnel, lâautonomie et lâentraide.
- Une Ă©cole mixte : Ferrer considĂšre que lâĂ©galitĂ© entre les sexes passe avant tout par un accĂšs Ă©gal Ă une Ă©ducation identique. La mixitĂ© au sein des classes et de lâĂ©tablissement scolaire doit ainsi pouvoir permettre aux femmes dâaccĂ©der Ă la mĂȘme Ă©ducation, au mĂȘme apprentissage, aux mĂȘmes enseignements que les hommes. En outre, il considĂšre que hommes et femmes se complĂštent et que, de fait, la mixitĂ© est naturelle.
- Une Ă©cole rationaliste : Ferrer accorde une place fondamentale Ă la science dans la construction de sa pĂ©dagogie : lâĂcole moderne entend seulement diffuser et Ă©tudier des savoirs, des thĂ©ories et des faits prouvĂ©s et admis dans le cadre dâune dĂ©marche scientifique ou reposant sur un raisonnement rationnel (qui fait appel Ă la raison et non aux croyances religieuses). Ă cet effet, il Ă©crivait : « Nous voulons que les vĂ©ritĂ©s de la science brillent de leur propre Ă©clat et illuminent chaque intelligence, de sorte que, mises en pratique, elles puissent donner le bonheur Ă lâhumanitĂ©, sans exclusion pour personne par privilĂšges odieux. »
- Une Ă©cole sociale : si lâĂ©cole est payante (puisquâelle ne reçoit aucune subvention publique ou privĂ©e), les droits dâentrĂ©es sont proportionnels aux revenus de la famille, de sorte que chacun, quelle que soit la classe sociale de laquelle il est issu, puisse accĂ©der au mĂȘme enseignement. En outre, lâĂcole moderne organise des cours du soir ouverts aux familles des Ă©lĂšves, notamment Ă celles issues des classes populaires et qui, dans leur jeunesse, nâavaient pas ou peu reçues dâĂ©ducation scolaire.
- FondĂ©es dans le but de favoriser le dĂ©veloppement de lâautonomie et de lâentraide des individus, les classes de lâĂcole moderne rĂ©pondent Ă une forme dâorganisation bien prĂ©cise. Les Ă©lĂšves y sont rĂ©partis en groupes (souvent affinitaires) et travaillent entre eux, selon une dĂ©marche dâentraide : les uns aidant les autres dans les difficultĂ©s quâils rencontrent. Ce sont Ă©galement les enfants qui Ă©laborent et bĂątissent leurs projets de travail dans le cadre dâune discipline enseignĂ©e. Les professeurs, quant Ă eux, nâinterviennent que trĂšs peu, et jamais sans avoir Ă©tĂ© au prĂ©alable sollicitĂ©s par un ou plusieurs Ă©lĂšves. Les enfants peuvent ainsi se prendre en mains, se responsabiliser et dĂ©velopper leur autonomie, tout en portant une attention aux difficultĂ©s dâautrui. Cette pĂ©dagogie libertaire Ă©vacue toute idĂ©e de compĂ©tition, il nây a ni examens ni classements dans lâĂcole moderne, afin de privilĂ©gier la solidaritĂ© et lâentraide entre les Ă©lĂšves. Punitions et rĂ©compenses en sont Ă©galement exclus. Pour Ferrer, lâĂ©cole doit avant tout apprendre aux Ă©lĂšves Ă ĂȘtre des individus responsables, qui Ă©tudient et apprennent pour eux-mĂȘmes et non pour une hypothĂ©tique rĂ©compense ou dans la peur de la sanction. LâĂ©ducation doit donc se faire en dehors du cadre de la coercition.
Le Bulletin et les éditions
[modifier | modifier le code]De 1901 Ă 1906, l'Ă©cole publie un Bulletin de l'Ăcole moderne imprimĂ© sur 16 puis 24 pages, la collection compte 62 numĂ©ros. On y trouve des articles de fond Ă caractĂšre pĂ©dagogique et social, des informations diverses, des rĂ©dactions d'Ă©lĂšves.
Une maison d'édition est créée, qui publie des manuels scolaires, des livres pour enfants et quelques ouvrages scientifiques. Un manuel de lecture est imprimé à 10 000 exemplaires et rapidement épuisé. Les aventures de Nono, livre de Jean Grave font l'objet de deux éditions successives. Au total, l'école édite une trentaine d'ouvrages.
ParallÚlement, elle développe des activités culturelles. Véritable Université populaire, elle organise avec succÚs des conférences et des cours du soir à l'intention des adultes. Elle met ses locaux et sa bibliothÚque à la disposition des syndicats ouvriers.
La fin de lâĂcole moderne
[modifier | modifier le code]Ăchappant au contrĂŽle de lâĂtat et des institutions religieuses, et vĂ©hiculant un projet Ă©mancipateur de transformation sociale, lâĂcole moderne sâattire vite les foudres du gouvernement et du clergĂ© qui nâaspirent quâĂ une chose, la fermer.
Le , le jour du mariage du roi Alphonse XIII, une bombe (fabriquĂ©e par Salvador Creus) explose au milieu du cortĂšge, provoquant la mort de 28 personnes ; le coupable est Mateo Morral, traducteur et bibliothĂ©caire de l'Ăcole Moderne[1]. Son appartenance Ă lâĂcole moderne suffit aux autoritĂ©s pour ordonner sa fermeture. Par la mĂȘme occasion, Francisco Ferrer est arrĂȘtĂ©, puis finalement acquittĂ© le .
En 1908, il retourne en France oĂč il fonde, Ă Paris, la Ligue internationale pour lâĂ©ducation rationnelle de lâenfance, dont la prĂ©sidence est confiĂ©e Ă Anatole France. Il crĂ©e Ă©galement la revue L'Ăcole rĂ©novĂ©e dans laquelle il prĂ©sente les thĂ©ories et les activitĂ©s de la Ligue.
En 1909, Ă la suite des Ă©vĂ©nements de la semaine tragique Ă Barcelone, il est accusĂ©, notamment par le clergĂ© catholique, d'en ĂȘtre l'un des instigateurs. CondamnĂ© Ă mort par un tribunal militaire Ă l'issue d'une parodie de procĂšs, il est fusillĂ© le . Son exĂ©cution provoque un important mouvement international de protestation.
FermĂ©e Ă Barcelone, lâĂcole moderne a cependant essaimĂ© en Espagne oĂč, en 1909, on dĂ©nombre 32 Ă©coles fonctionnant selon la pĂ©dagogie Ă©laborĂ©e par Francisco Ferrer.
Postérité
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- Des Modern Schools sont créées aux Ătats-Unis au dĂ©but du XXe siĂšcle autour des idĂ©es de Francisco Ferrer et sur le modĂšle de la Escuela moderna. Aux Ătats-Unis, l'Ăcole moderne Ă©tait une partie importante des mouvements anarchistes, socialistes, ouvriers et de l'Ă©ducation gratuite. On y donnait des leçons pour les enfants le jour et des cours pour adultes le soir. La plus cĂ©lĂšbre d'entre elles est sans doute l'Ăcole moderne de New York.
- Le , Ă Lausanne (Suisse) ouverture par le pĂ©diatre libertaire Jean Wintsch et l'instituteur rĂ©voquĂ© Ămile Durand de l'Ăcole Ferrer, Ă©cole rationaliste directement inspirĂ©e de l'Escuela moderna de Francisco Ferrer créée Ă Barcelone en 1901. La SociĂ©tĂ© de l'Ăcole Ferrer, permet dĂšs son inauguration d'accueillir une trentaine d'Ă©lĂšves garçons et filles, et est soutenue par une quinzaine de syndicats ainsi que par des dons personnels (notamment de rĂ©fugiĂ©s russes). Elle a le soutien de la presse libertaire et particuliĂšrement du RĂ©veil. En 1911, Paul Robin lĂ©guera Ă l'Ă©cole une grande partie du matĂ©riel pĂ©dagogique employĂ© Ă l'Orphelinat de Cempuis.
- Le , Ă SĂŁo Paulo (BrĂ©sil), ouverture d'une Ăcole Moderne fonctionnant sur le principe d'enseignement rationaliste prĂ©conisĂ© par le pĂ©dagogue libertaire espagnol Francisco Ferrer. Quatre anarchistes sont Ă l'origine de cette expĂ©rience : Neno Vasco, Edgard Leuenroth, Oreste Ristori et Gigi Damiani[2]
Anciens élÚves
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- M. Dommanget, Les grands socialistes et l'éducation, A. Colin (Coll. U).
- Francisco Ferrer, La Escuela Moderna. Postuma explicacion y alcance de la ensenanza racionalista, Barcelone, Tusquets Editor, 1976[3]..
- Francisco Ferrer, La escuela moderna, Madrid, Ediciones JĂșcar, 1976[4].
- Francisco Ferrer, La escuela moderna, Bilbao, Madrid, Ediciones Zero, Biblioteca PromociĂłn del pueblo, 1977[5].
- Jean Houssaye (dir), Quinze pédagogues, leur influence aujourd'hui, Paris, Armand Colin, 1997.
- Roland Lewin, Francisco Ferrer y Guardia (1859 1911), in SĂ©bastien Faure et La Ruche ou l'Ă©ducation libertaire, Ăditions Ivan Davy, 1989[6].
- (es) Escuela moderna sur Dialnet.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Publicaciones de La Escuela Moderna
- Francisco Ferrer
- Ăducation libertaire
- La Ruche (école)
- Orphelinat de Cempuis
- Modern school
Notices
[modifier | modifier le code]- Gallica - documents en ligne.
- Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones (Cgécaf) - bibliographie.
- (es) Miguel Iñiguez, Esbozo de una Enciclopedia histórica del anarquismo español, Fundación de Estudios Libertarios Anselmo Lorenzo, Madrid, 2001, page 201.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- â JosĂ© Miguel Blanco, Centenario de un atentado
- â
- â Open Library, notice.
- â Open Library, notice.
- â Open Library, notice.
- â PersĂ©e, notice.
