FAIRE1
verbe transitifI. â[Le suj. dĂ©signe un animĂ©] Donner l'ĂȘtre, l'existence Ă , ĂȘtre l'auteur de.
A. â[Le suj. dĂ©signe Dieu; l'obj. dĂ©signe un animĂ© ou un inanimĂ©] CrĂ©er, donner l'ĂȘtre et la vie Ă . Dieu fit le ciel et la terre; Dieu a fait l'homme Ă son image. Ce n'est pas nous qui avons fait le ciel et la terre (, PĂšre humil., 1920, II 1 p. 516). « Me voilĂ , tel que Dieu m'a fait! » (, MĂ©m. guerre, 1959, p. 129).
â Faire + subst. + attribut de l'obj. Dieu (...) a fait toute crĂ©ature pĂ©rissable (, VipĂšre, 1948, p. 275).
â Loc. fam. Tous les jours que Dieu fait. Chaque jour (Ac.).
B. â[Le suj. et l'obj. dĂ©signent un animĂ©] Donner naissance Ă .
1.Fam.[Le suj. désigne des pers.] Donner la vie à . Faire des enfants. Synon. procréer. La bourgeoisie, grosse famille de gens actifs, faisant des affaires, des enfants (, Journal, 1859, p. 603). Ils avaient bien besoin d'avoir un enfant! (...) ils n'en avaient sans doute nul besoin. Mais la nature voulait qu'ils en fissent un (, Bonnard, 1881, p. 273).
â Loc. fam. Je le/la connais comme si je l'avais fait(e). Je le/la connais trĂšs bien. Madame Laure! je la connais comme si je l'avais faite. C'est une cliente (, Crainquebille, 1905, 3e tabl. 1 p. 298).
a)[Le suj. désigne une femme] Faire un enfant. Synon. de enfanter. Cf. infra ex. 1.
b)[Le suj. désigne un homme]Pop. Faire un enfant à une femme. La rendre enceinte. Si je ne prenais pas mes précautions, il me ferait un gosse à tous coups (, Mandarins, 1954, p. 350). Ma jeune femme me portait l'affection la plus tendre, je lui faisais de beaux enfants bien sains, deux fils et une fille (, Mots, 1964, p. 153).
2.Usuel[Le suj. désigne la femelle d'un animal] Mettre bas. Faire ses petits :
1. « Ăa n'est pas possible (...) que des roses produisent des petits enfants. Non, les roses produisent des roses; ce sont les chattes qui font les petits chats; les mamans qui font les petites filles et les papas qui font les petits garçons. » (, Journal, 1943, p. 230)
â Au fig., fam. Faire des petits. ProlifĂ©rer, se multiplier.
3.P. anal.[Le suj. désigne une plante] Faire des bourgeons, des feuilles. En France, les pommiers feront toujours des fleurs (, Quoat, 1er tabl., 1946, p. 30).
C. â[L'obj. dĂ©signe un inanimĂ© concr.]
1.[Le suj. désigne un animé] Produire (par une fonction naturelle de l'organisme).
a)[Le suj. désigne une pers.]
α) Faire ses dents. Avoir les dents qui poussent. Faire une dent de sagesse. Aux pieds de l'aïeule, dans son moïse, le dernier né des Poitrine, Jeannot, faisait ses dents (, Dieux ont soif, 1912, p. 482).
ÎČ)Fam. Faire pipi, caca (lang. enf.), ses besoins. Uriner ou Ă©vacuer des matiĂšres fĂ©cales. Synon. vulg. pisser, chier. Plus jeune, il lui arrivait souvent de « faire son gros », comme elle dit, dans ses culottes, par paresse ou par incurie (, Journal, 1943, p. 214). Les plus malades (...) faisaient leurs besoins ou vomissaient sous eux (, Gdes vac., 1946, p. 167). Tout Ă coup, je fis pipi sur ses genoux (, Bourlinguer, 1948, p. 123) :
2. â Nous autres, les filles, nous devons nous arrĂȘter pour faire les deux commissions. Les chevaux, les vaches font la grosse tout en courant mais sont obligĂ©s de s'arrĂȘter pour faire pipi. Au contraire, les garçons s'arrĂȘtent pour faire la grosse, mais font pipi tout en courant. Crois-tu qu'il existe des ĂȘtres au monde capables de faire les deux sans ĂȘtre obligĂ©s de s'arrĂȘter, en marchant ou en courant? C'est impossible! MĂȘme les oiseaux se posent pour lĂącher leur crotte, les chĂ©ris, qui ne font jamais pipi. Mais la tante sait faire pipi debout, tout comme un homme, sans s'accroupir. (, Bourlinguer, 1948, p. 130)
â [P. ell. du compl. d'obj.] Faire dans sa culotte, dans son lit.
b)[Le suj. dĂ©signe un animal] Faire ses crottes, du crottin. Ăvacuer des excrĂ©ments.
â [P. ell. du compl. d'obj.] DĂ©jĂ la cour Ă©tait interdite au petit chien; il pouvait bien faire dehors (, Pot-Bouille, 1882, p. 253).
2.[Le suj. désigne un animé ou un inanimé concr.] Produire, émettre. Tomates qui font du jus, de l'eau (à la cuisson); savon qui fait de la mousse. Synon. donner, sécréter. Elle ferait maintenant du poison avec n'importe quoi, comme les diabétiques font du sucre... (, M. Ouine, 1943, p. 1492)
3. Rien ne justifie l'excÚs qu'on impute à la matiÚre blanche ou grise, accessoirement au rÎle sensitif et moteur, de « secréter » ainsi que bruit une apparence de paroles, l'intelligence et la volonté, comme le foie fait de la bile. (, Connaissance Est, 1907, p. 105)
D. â RĂ©aliser (Ă l'aide d'Ă©lĂ©ments).
1.[L'obj. dĂ©signe un inanimĂ© concr.] Produire, fabriquer. Faire un bouquet, faire du feu. Le cafetier (...) s'en alla Ă reculons en faisant des nĆuds Ă sa serviette (, ScĂšnes vie boh., 1851, p. 125).
â Loc. fig., vx. Faire feu qui dure. Mon cher enfant, il faut faire vie ou feu qui dure, je ne sais lequel on dit. Mais cela veut dire qu'il faut vous conserver longtemps (, Corresp., t. 1, 1789-1824, p. 90).
â Loc. Ă valeur adj. Comme on n'en fait plus. Comme on n'en rencontre plus. D'un caractĂšre comme on n'en fait plus, tout d'une piĂšce, bourru, pas accueillant, peu aimable (, Bourlinguer, 1948, p. 331).
a)Domaine des réalisations artis. ou industr. Faire une maison. Synon. bùtir, construire. Tout en faisant de petits trousseaux et de petites layettes, tout en cousant de petites robes, de petits corsages et de petites brassiÚres (, Misér., t. 1, 1862, p. 488). Je fais des ponts, des routes (, Exil et Roy., 1957, p. 1668).
â P. anal.[Le suj. dĂ©signe un animal] Faire sa toile. Une cigogne a fait son nid autour de la cheminĂ©e (, AhasvĂ©rus, 1833, 3e journĂ©e p. 179) :
4. J'ai vu un oiseau faire son nid. (...). à vrai dire, le gros oiseau bleu vif et bleu pùle a déjà construit son nid, mais il le façonne, il le piétine, il l'arrondit... (, Journal, 1948, p. 172)
b)Domaine des prĂ©parations (alimentaires, mĂ©dicinales). Faire des confitures, un flan, une omelette, du pain, une tarte (cf. infra III A 4). Son histoire d'arsenic qu'elle avait pris pour du sucre, en faisant une crĂšme Ă la vanille (, M me Bovary, t. 2, 1857, p. 184). ĂberlĂ© (...) avait dit qu'en faisant une infusion avec le tissu du pancrĂ©as, il avait obtenu un liquide qui Ă©mulsionnait la graisse (, Principes mĂ©d. exp., 1878, p. 257).
â Proverbe. On ne fait pas d'omelette* sans casser des Ćufs.
â Emploi pronom. Ă sens passif. Le chocolat, dans ce temps-lĂ , se faisait avec du cacao, du sucre et de la vanille (, Mais. Cl., 1922, p. 101).
c)Domaine littér. et artistique. Donner sa forme définitive à , élaborer. Faire un livre, des vers; faire un portrait, un tableau. M. Cadet de Gassicourt, poÚte-pharmacien, faisant des petits vers (, Mém. , t. 4, 1848, p. 70). Dumas fils dessinant, faisant des petits anges du Pérugin avec des ailes (, Journal, 1855, p. 190).
d)Domaine scol. Faire un devoir, ses devoirs. Le(s) rédiger. J'appris à faire mes devoirs, à étudier mes leçons dans le brouhaha des voix (, Mém. j. fille, 1958, p. 99).
2.[L'obj. désigne une collectivité hum.] Donner l'existence à . Cavour a fait l'Italie. Synon. créer, établir, organiser :
5. Il prĂ©parait d'autre part une idĂ©ologie du terrorisme. Pour lui, le communisme Ă©tait seulement le vrai moyen de faire revivre la Chine. â Je ne veux pas faire la Chine, dit Souen, je veux faire les miens avec ou sans elle. Les pauvres. C'est pour eux que j'accepte de mourir, de tuer. Pour eux seulement... (, Cond. hum., 1933, p. 314)
â Emploi pronom. En sorte que l'Ăglise de Dieu aille se faisant et s'Ă©difiant dans l'Ă©ternel et l'infini (, Journal, 1842, p. 387).
E. â Obtenir, se procurer.
1.[Le suj. désigne une pers.; l'obj. désigne gén. un inanimé concr.] Amasser, obtenir (en assemblant).
a) Se fournir en, prendre. Faire du bois, de l'eau*, de l'essence. Le journal ne faisant pas d'abonnements, il était sans cesse en projets, en innovations (, Journal, 1853, p. 87). Gros ivrogne toujours satisfait pourvu qu'il fßt son plein d'alcool (, Gdes vac., 1946, p. 325).
b)Domaine agric.
âą Faire de l'herbe. Ramasser de l'herbe. Vous seriez bien gentil d'aller jusqu'Ă la route me faire un peu d'herbe pour mes lapins (, Jack, t. 1, 1876, p. 229).
âą Faire la/une rĂ©colte (de). RĂ©colter, ramasser. BĂȘchant la terre, sciant les blĂ©s, faisant les foins par la chaleur de midi (, Port-Royal, t. 1, p. 397). Au mois d'aoĂ»t, en pleine bataille, on avait trouvĂ© moyen de faire et de rentrer les rĂ©coltes (, MĂ©m. guerre, 1959, p. 19).
c) Gagner, obtenir. Faire de l'argent, de l'or (vx), des bénéfices. Une vingtaine d'objets dont il a fait plus de 100 000 francs... (, Journal, 1890, p. 1109). Ce spectacle continuait de connaßtre la faveur du public et faisait toujours de grosses recettes (, Peste, 1947, p. 1379). J'ai lu votre piÚce, elle est magnifique (...), et je suis sûre qu'elle peut faire beaucoup d'argent (, Mandarins, 1954, p. 269).
â Emploi pronom. rĂ©fl. indir. Les loyers augmentent tous les jours (...) Monsieur Vabre doit se faire dans les vingt-deux mille francs avec son immeuble (, Pot-Bouille, 1882, p. 9).
â Loc. verb. Faire fortune*, recette* ; faire de la monnaie*.
2.[Le suj. et l'obj. désignent une pers.]
a)Domaine milit. Faire des troupes (vx), des recrues. Lever des troupes, des recrues. P. ext.[Dans une organisation] Faire une (nouvelle) recrue*.
b) Faire un prisonnier. Constituer quelqu'un prisonnier, le capturer. Le 28 et le 29, nos détachements (...) détruisent encore une quinzaine d'engins et font 200 prisonniers (, Mém. guerre, 1954, p. 255).
c)Lang. de la prostitution. Faire un client. L'entraßner. Synon. Lever. On se baigne. Celles des femmes dont les rondeurs sont suffisantes viennent là montrer à nu leur étalage et faire le client (, Contes et nouv. , t. 1 Femme de Paul, 1881, p. 1218).
F. â Constituer (un ensemble).
1. Composer. Couleurs qui font un ensemble harmonieux. Synon. aboutir Ă , former, produire. Un homme seul ne fait pas une paroisse (, M. Ouine, 1943, p. 1489). Ah! vous allez faire un trio d'amis (, Mains sales, 1948, 3e tabl. 2 p. 84) :
6. ... comment que ça se fait que tant de bons chrétiens ne fassent pas une bonne chrétienté. Il faut qu'il y ait quelque chose qui ne marche pas. (, Myst. charité, 1910, p. 10)
â Ăa fait deux [AprĂšs 2 termes reliĂ©s par et] Ce sont deux choses, deux idĂ©es trĂšs diffĂ©rentes, Ă ne pas confondre. Ătre patient et ĂȘtre poire, ça fait deux (, Paroles, 1946, p. 46). J'ai dit que je l'avais prĂ©vue. La prĂ©voir et l'espĂ©rer, ça fait deux, non? (, Mort ds Ăąme, 1949, p. 71).
â Loc. verb. Faire bande* Ă part, corps*, Ă©quipe*; faire la paire* ; faire cercle* ; ne faire qu'un*.
2.SpĂ©c.,ARITHM.[En parlant du rĂ©sultat d'une opĂ©ration] Constituer ensemble (quant Ă la quantitĂ©). Deux et deux font quatre; cent centimĂštres font un mĂštre. Synon. Ă©galer, Ă©quivaloir Ă . Le grand saint Nicolas (...) leur posait des questions faciles, comme, par exemple : « Combien font cinq fois cinq? » (, Mir. Gd St Nic., 1909, p. 76). MoĂ»lu compte les cigarettes : « Quatre-vingts. Ăa fait onze par tĂȘte de pipe et il en reste trois Ă tirer au sort » (, Mort ds Ăąme, 1949, p. 229). De toute façon, ces opĂ©rations sont fausses. Un homme et un homme, ça ne fait pas deux hommes, ça fait Ă jamais un et un (, Mandarins, 1954, p. 336).
â P. plaisant. :
7. Quatre et quatre huit Huit et huit font seize Et seize et seize qu'est-ce qu'ils font ? Ils ne font rien seize et seize Et surtout pas trente-deux... (, Paroles, 1946, p. 174)
â Loc. C'est clair comme deux et deux font quatre. C'est trĂšs clair, trĂšs simple. Ăa ne fait pas assez. Le compte n'y est pas. Ăa fait juste. Ăa commence Ă bien faire (fam., au fig.). Ăa suffit, en voilĂ assez, c'en est trop (avec une idĂ©e d'impatience).
G. âLoc. proverbiales. L'habit* ne fait pas le moine; l'occasion* fait le larron; une hirondelle* ne fait pas le printemps; les bons comptes font les bons amis*; l'argent ne fait pas le bonheur*; le malheur des uns fait le bonheur* des autres; l'union* fait la force.
II. â Donner une maniĂšre d'ĂȘtre Ă ; ĂȘtre le sujet d'(une activitĂ©), la cause d'(un effet). [Faire et son compl. sont l'Ă©quivalent d'un verbe d'action ou d'Ă©tat; l'idĂ©e dominante est celle d'une maniĂšre d'agir ou d'une maniĂšre d'ĂȘtre]
A. â Entreprendre et accomplir.
1.[L'obj. est un subst. ou un pron. neutre] Faire l'aumÎne, la charité, un crime, une erreur. Synon. effectuer, exécuter, opérer. D'ailleurs, vous avez du travail à faire, cela occupera vos aprÚs-midi (, Bonjour tristesse, 1954, p. 73) :
8. Elle tournait toute la matinĂ©e, balayant, Ă©poussetant, nettoyant les chambres, lavant la vaisselle, faisant des besognes qui l'auraient Ă©cĆurĂ©e autrefois. Jusqu'Ă midi, ces soins de mĂ©nage la tenaient sur les jambes, active et muette, sans lui laisser le temps de songer Ă autre chose qu'aux toiles d'araignĂ©e... (, T. Raquin, 1867, p. 160)
â Loc. Ă valeur adj. Ă tout faire. Apte Ă toutes sortes de besognes. Bonne* Ă tout faire. C'Ă©tait Jeanne (...) qui avait indiquĂ© Cadet comme un bon sujet, un garçon Ă tout faire, comme on dit (, Jeanne, 1844, p. 210). Il arrive que le mĂȘme mot, (comme libertĂ©), s'emploie Ă des besognes d'expressions fort diffĂ©rentes. C'est un mot Ă tout faire (, Regards sur monde act., 1931, p. 246).
â Fam. (Il) faut le faire! [Pour marquer l'admiration ou, p. iron., le dĂ©nigrement]
â Loc. Faire l'amour, la guerre, la paix; faire du charme, du plat (Ă qqn); faire des caprices, des embarras, des histoires, des maniĂšres; faire une crise, un drame, un malheur, une scĂšne; faire le nĂ©cessaire, son possible; faire la loi; faire grĂące; faire grĂšve; faire erreur; faire des progrĂšs; faire ça; faire qqc. pour qqn; en faire de belles; faire des siennes* ; littĂ©r. ce faisant, pour ce faire (cf. ce1). Faire face*, front*, obstacle*, pendant*.
Remarque : 1. Dans une lang. plus soutenue, et notamment dans la lang. écrite, on emploie un verbe plus précis. Perpétrer (un crime), commettre (une erreur), pratiquer (l'aumÎne) ou un verbe équivalent à faire + subst. Faire la cuisine/cuisiner; faire les vendanges/vendanger, etc. Mais dans le lang. fam. ou enfant., on rencontre de nombreuses loc. équivalant à un verbe d'action. Faire la bise, coucou, dodo, joujou, risette, trempette, etc. 2. Dans qq. cas le compl. d'obj. a valeur d'obj. interne. Faire une bonne mort. Tu vas te mettre au lit et tu vas faire un bon gros sommeil (Audiberti, Quoat, 1946, 2e tabl., p. 74). 3. Le verbe faire est aussi compatible avec l'idée de repos. « Je n'ai pas dormi de la nuit, j'aimerais faire une sieste, prendre un bain » (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 312).
2.[L'obj. est un mot interr. ou un pron. antécédent d'une sub.]
a)[L'obj. est un pron. antĂ©cĂ©dent d'une sub.] Faire ce qu'il faut, ce qu'on peut. Onze heures seulement. Une fois de plus, il s'interrogea sur ce qu'il allait faire (, MoĂŻra, 1950, p. 236). « Ce que je fais, bonnes gens? HĂ©, je m'occupe Ă vieillir... Ăa n'a l'air de rien, eh bien ça me prend tout mon temps! » (, Souv. autobiogr., 1955, p. C). Proverbe. En mai*, fais ce qu'il te plaĂźt.
â [En corrĂ©lation et en oppos. avec dire] C'est plus facile Ă dire qu'Ă faire. « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais » devient parfois, Ă peine avouĂ©, un : « Faites ce que je fais, ne faites pas ce que je dis » (, TraitĂ© caract., 1946, p. 413).
â Ne plus savoir ce que l'on fait. Avoir l'esprit ailleurs, s'affoler; dĂ©raisonner. « Je suis anĂ©antie. Je ne sais plus ce que je fais. Je ne sais plus ce que je dis. Je pars travailler comme une automate » (, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 188).
b)[L'obj. est un mot interr. ou concessif] Quoi qu'il fasse. Mais que faisons-nous pour mériter un tel honneur? (, VipÚre, 1948, p. 61).
â [Pour marquer l'impatience, lorsqu'on attend qqn] (Mais) qu'est-ce qu'il fait? Synon. fabriquer, ficher (fam.), foutre (pop.). Personne encore! s'Ă©cria-t-il. Que font donc nos amis? (, Mimi Pinson, 1845, p. 223).
â [Pour remĂ©dier Ă qqc.] Que faire? Quelle attitude prendre? Quelle ligne de conduite adopter? Je crus qu'on cherchait Ă me voler mon sac (...). Je ne sus que dire ni que faire : je ne bronchai pas (, MĂ©m. j. fille, 1958, p. 161) :
9. Vous me regardez? Vous vous demandez tous « Que faire ? » Et c'est pour ça que vous ĂȘtes venus ici, ce soir... Eh bien, je vais vous le dire! Car il y a quelque chose Ă faire ! Il y a encore une possibilitĂ© de salut! Une seule! L'union dans la rĂ©sistance! Le refus! ... (, Thib., ĂtĂ© 14, 1936, p. 494)
â Pour quoi faire? Ă quoi cela sert-il? Quel est le but de l'opĂ©ration ? Le typo cligne des yeux et dit : « Pour quoi faire? Puisqu'on va Ă ChĂąlons » (, Mort ds Ăąme, 1949, p. 279).
â [P. allus. littĂ©r.] Que diable allait-il faire dans cette galĂšre* ?
c)Familier
â Le/la faire Ă + subst. dĂ©terminĂ©. Agir d'une certaine façon, prendre telle attitude pour Ă©blouir ou tromper quelqu'un. Le faire au bluff, Ă l'Ă©pate, au chiquĂ©, au sentiment. Les comiques, au contraire, « la faisaient » Ă la simplicitĂ©. Ils s'abordaient d'un air piteux et bonhomme, s'appelant entre eux « ma pauv'vieille » (, Fromont jeune, 1874, p. 272) :
10. Deux jours plus tard Nadine m'a dit d'un air mi-furieux, mi-flattĂ© : « Il est inouĂŻ, ce mec-lĂ ! il me la fait au chantage. Il dit qu'ĂȘtre correspondant de paix, c'est un mĂ©tier qui l'emmerde et que si je ne vais pas avec lui, il laissera tomber. (, Mandarins, 1954, p. 203)
â Il ne faut pas me la faire, on ne me la fait pas Ă moi. Il ne faut pas essayer de me tromper, de me leurrer. La faire Ă qqn. Faire une mauvaise plaisanterie :
11. l'homme (...). â Madame, je viens pour le gaz. madame (...). â On passera payer. l'homme (...). â On passera payer! V'lĂ huit fois que vous me la faites, celle-lĂ , je commence Ă la connaĂźtre. (, Vie mĂ©n., Invite Monsieur, 1891, p. 74)
3.[L'obj. est un pron. indéf.]
â Faire quelque chose (cf. chose2 C).
â (Il n'y a) rien Ă faire. On ne peut empĂȘcher cela; il n'y a pas de remĂšde Ă cette situation. Il est trop tard Ă prĂ©sent pour s'en retirer. Rien Ă faire : ils devront boire l'amer calice et le vider jusqu'Ă la lie (, Journal, 1943, p. 189) :
12. â J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvĂ© de solution, dit Elsa. â Il n'y en a pas, dit Cyril. C'est un engouement, une influence, il n'y a rien Ă faire. â Si, dis-je. Il y a un moyen. Vous n'avez aucune imagination. (, Bonjour tristesse, 1954, p. 107)
â Il n'y a (plus) rien Ă faire (en parlant notamment de la santĂ© de quelqu'un). On ne peut plus rien tenter pour sa santĂ©.
â Rien Ă faire! Je m'y refuse absolument, je ne cĂ©derai pas.
â LittĂ©r. N'en rien faire. Ne pas exĂ©cuter l'ordre donnĂ© ou la tĂąche imposĂ©e. Frontin â Allez devant, je reviens tout de suite. SĂ©verin. â Je n'en ferai rien, je veux attendre (, Esprits, 1953, I 5 p. 469).
âą [Dans une formule de politesse] Je n'en ferai rien (pour laisser passer quelqu'un en s'effaçant devant lui). AprĂšs vous, je vous en prie. â Je n'en ferai rien, Ă vous l'honneur. Cf. infra 5 faites donc.
â N'avoir rien Ă faire, n'avoir que faire (quelque part). Ne pas ĂȘtre Ă sa place, ĂȘtre importun ou inutile (dans un endroit, une situation). De peur que ton amour de la justice, lĂ oĂč elle n'a que faire, rĂ©pande un jour le sang inutile (, Citad., 1944, p. 976).
â Ne rien faire. Ătre oisif, paresseux, inactif, sans travail. Ne rien faire de ses dix doigts*. J'Ă©tais notĂ©e par toutes les maĂźtresses et tous les professeurs comme ne faisant absolument rien (, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 115). Ă quatre heures du matin, on ne fait rien en gĂ©nĂ©ral et l'on dort (, Peste, 1947, p. 1307). C'est l'heure oĂč ceux qui ne font rien se risquent sur les boulevards (, Peste, 1947, p. 1315).
â Ne rien faire
⹠Ne rien faire pour qqn. Se désintéresser de quelqu'un.
âą Ne rien faire pour + inf. Ne pas intervenir pour. De multiples attentats furent commis contre des Français dans des localitĂ©s syriennes sans que la gendarmerie fĂźt rien pour les empĂȘcher (, MĂ©m. guerre, 1959, p. 189).
â Ne rien avoir Ă faire
âą Ne rien avoir Ă faire avec qqn. N'avoir aucun rapport avec lui.
âą Ne rien avoir Ă faire avec qqc. Ne pas en avoir besoin, n'y avoir aucun intĂ©rĂȘt.
â Tout faire/faire tout
âą Tout faire/faire tout pour qqn/qqc. Ătre trĂšs dĂ©vouĂ© Ă , se dĂ©penser au service de.
âą Tout faire/faire tout pour + inf. Tout mettre en Ćuvre pour. Je ferai tout pour lui faire plaisir (, RĂ©pĂ©t., 1950, II p. 39).
â N'avoir que faire de
N'avoir nul besoin de. Le valet n'a que faire de certaines vertus du maßtre : elles ne lui conviennent pas plus que le thym et la marjolaine à nos lapins de choux (, Dialog. Carm., 1948, 3e tabl. 2 p. 1615). Le chauffeur n'a que faire de cultiver en lui ces capacités individuelles. Pour ne point faillir à sa fonction de vitesse, il a besoin surtout de réflexes sûrs (, Dialog. avec visible, 1955, p. 41).
Ne faire nul cas de. Et qu'ai-je Ă faire d'eux, tous ces ĂȘtres qui ne sont pas l'aimĂ©e? (, Morts, 1899, p. 62). J'exigerai ton audience en retour. Je n'ai que faire de l'ami qui ne me connaĂźt pas et rĂ©clame des explications (, Citad., 1944, p. 971).
Avoir de quoi faire. Avoir des moyens. DÚs qu'ils [ces braves ouvriers] avaient de quoi faire le dimanche et le lundi, et vivre au courant tant bien que mal, ils étaient contents (, Myst. Paris, t. 4, 1842, p. 97).
4.Loc. verb.
a)Domaine des loisirs.
â Faire la bombe*, la bringue*, la fĂȘte*, la noce*, la nouba* ; faire bombance*, etc.
â Faire la grasse* matinĂ©e.
â Vieilli. Faire + subst. dĂ©signant une fĂȘte. CĂ©lĂ©brer. Je vais tous les ans faire les Rois chez mon vieil ami Chantal (, Contes et nouv., t. 2 Mlle Perle, 1886, p. 626). La pĂąque avait Ă©tĂ© depuis longtemps nĂ©gligĂ©e. La dix-huitiĂšme annĂ©e de son rĂšgne, le roi [Josias] fit une pĂąque solennelle, qui fit une profonde impression (, Hist. peuple Isr., t. 3, 1891, p. 196).
b)Domaine du jeu
â Faire (une partie de). Jouer Ă . Faire une belote. Une partie d'Ă©checs que nous devions faire, aprĂšs dĂźner (, Journal, 1941, p. 95). Son beau-pĂšre Ă©tait allĂ© comme d'habitude faire sa partie de bridge Ă la « Brasserie du Remblai » (, Vac. Maigret, 1948, p. 35).
â Faire les cartes. Battre et distribuer les cartes.
âą Emploi abs. Ă qui est-ce de faire? C'est Ă vous de faire; je viens de faire (, 1932).
â Faites vos jeux*, les jeux* sont faits.
c)Domaine milit.
â Faire la garde, le guet, le quart, la ronde, etc. Exercer une activitĂ© de surveillance, de veille.
â Faire la revue. Passer la revue. Au fig. PrĂȘt Ă terminer mes recueils, faisant la revue autour de moi, j'aperçois des femmes que j'ai involontairement oubliĂ©es (, MĂ©m., t. 4, 1848, p. 543).
5.Emploi abs. Agir, se comporter. Comment faire? faites pour le mieux; faites comme vous voulez; croire bien faire de/en; regarder faire qqn; faire de son mieux; façon de faire. Je tuerais volontiers. Ne serait-ce que pour faire comme tout le monde (, Malatesta, 1946, I 7 p. 451). â Arrivez donc! Faites vite! (, Mal court, 1947, I p. 142). Jean-Jacques abandonna son projet et fit bien (, Jean-Jacques, 1948, p. 123) :
13. Ă Votre inspiration profonde, d'abord, qui me commande d'ĂȘtre, je rĂ©pondrai par le soin Ă ne jamais Ă©touffer, ni dĂ©vier, ni gaspiller ma puissance d'aimer et de faire. (, Milieu divin, 1955, p. 79)
â Proverbe. Bien faire et laisser dire. Ne pas s'occuper du qu'en dira-t-on.
â Locutions
⹠Faire comme chez soi. Agir en toute liberté, en toute simplicité. Péj. Agir avec trop de liberté, de familiarité.
âą (N')en faire (qu')Ă sa tĂȘte. Agir sans tenir compte de l'aide d'autrui. Vous ĂȘtes le seul Ă©lĂšve de votre division Ă ĂȘtre externe libre. « Libre » : se lier le moins possible, faire Ă sa tĂȘte... (, Ville dont prince, 1951, I 3 p. 864).
âą Ăa fait bien (de + inf.). C'est Ă la mode, bien portĂ©, bien considĂ©rĂ© (de). La Belle Angerie est si grande que nous en avions une [Chambre] pour chacun, dĂšs l'Ăąge le plus tendre... Ăa fait bien (, VipĂšre, 1948, p. 23).
âą Avoir beau* dire et beau faire; avoir beau* faire.
âą Faites donc, je vous en prie. [Formule de politesse, pour inviter quelqu'un Ă passer devant soi, Ă agir librement].
B. âEn partic.
1.Loc.[Sans compl. d'obj. subst.; désignant une action spécifique]
â Avoir Ă faire. Avoir du travail, de l'occupation. Je m'en vais : j'ai Ă faire (, Ville dont prince, 1951, III 1 p. 907).
â Avoir Ă faire Ă /avec. (Confusion avec avoir affaire*). Aujourd'hui, on a Ă faire Ă une expression de la nature humaine (, Existent., 1946, p. 111). Il reste que c'est avec la plus grande prudence qu'il faut user de la psychanalyse lorsqu'elle n'a pas Ă faire Ă des productions dĂ©rĂ©glĂ©es, mais aux crĂ©ations supĂ©rieures de la conscience (, Philos. volontĂ©, 1949, p. 380).
â Avoir mieux Ă faire que de + inf. Avoir quelque chose de plus important, de plus intĂ©ressant que de. De quoi faire rigoler Hitler s'il n'avait pas mieux Ă faire que d'Ă©couter nos speakers (, Journal, 1940, p. 21). Il ne lui vient pas Ă l'esprit qu'on puisse jamais avoir mieux ou plus urgent Ă faire que de graviter autour de lui (, Souv. autobiogr., 1955, p. lxvi).
â Faire bien, mieux de + inf. Avoir avantage Ă . Nous ferions mieux de descendre du trottoir un instant (, Augustin, t. 2, 1933, p. 218). On m'a parlĂ© de lui l'autre jour. Tu feras bien de dĂ©courager ses visites (, MoĂŻra, 1950, p. 109).
â Savoir y faire (fam.). Savoir s'y prendre (avec habiletĂ©, ruse, dĂ©brouillardise). â Tu es un drĂŽle de numĂ©ro toi. D'ailleurs, vous ĂȘtes des rigolos (...). Vous ne savez pas y faire. Il faut que je te donne des conseils (, Main coupĂ©e, 1946, p. 249). â Enfin, on peut dire que tu as su y faire avec Lulu. Qu'est-ce que tu lui bouffes comme fric! (, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 69).
2. Dire, exprimer, formuler.
a)Faire + subst. déterminé.[Le syntagme verbal est l'équivalent d'un verbe d'action] Faire des compliments, des injures, des reproches; faire des adieux, des remontrances. Les veux-tu? Mais j'aimerais mieux te les redonner en te faisant de vive voix des observations (, Corresp., 1853, p. 198). Ils causaient avec elle, faisant les demandes et les réponses, riant pour elle et pour eux (, T. Raquin, 1867, p. 176) :
14. Tout en faisant des gĂ©nĂ©ralitĂ©s, la vieille fille parlait de telle sorte que la femme de l'avouĂ© en prit une bonne part. Ce moyen de conversation Ă©puisĂ©, la vieille fille ne parlait que de prĂȘtres et d'affaires de sacristie. (, Bourgeois Molinch., 1855, p. 27)
b)[En incise (souvent accompagnĂ© d'un adv.)] Dire, rĂ©pondre. Fit-il, fit-elle. â LĂąchez ma main, fit brutalement Steeny, et il regretta aussitĂŽt cette inconvenance (, M. Ouine, 1943, p. 1546).
â Pop. C'est pourtant vrai, que je lui fais, tu vas voir qu'ils vont nous cerner entre les deux Ă©tangs (, Jument, 1933, p. 57). â HĂ© dis donc! qu'elle me fait comme ça, viens voir par ici, Ferdinand! (, Mort Ă crĂ©dit, 1936, p. 209).
c)[L'obj. est un subst. ou une onomat.] Pousser, émettre. Faire des oh! et des ah! faire les hauts cris; faire chut, ouf. J'entends le petit oiseau Qui fait pi i i i! (, Annonce, 1948, IV 2 p. 212). L'infirmiÚre fit simplement : « Ts... ts... » et s'en alla (, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 17).
C. â Effectuer (un geste, un mouvement, un dĂ©placement).
1.[L'obj. désigne un subst. d'action] Faire un pas, un geste, une grimace, la révérence.
â Au fig. :
15. Et à votre Providence enveloppante, ensuite, qui m'indique à chaque instant, par les événements du jour, le pas suivant à faire, l'échelon à gravir, je m'attacherai par le souci de ne manquer aucune occasion de monter « vers l'esprit ». (, Milieu divin, 1955, p. 79)
2.[L'obj. désigne une distance, un parcours] Franchir, parcourir. Chemin* faisant; faire un voyage, un cent mÚtres. à la maniÚre du philosophe Platon faisant sa randonnée autour de son idée (, Mém. , t. 3, 1848, p. 539). En faisant le tour du jardin aprÚs déjeuner, avec le vieux fermier qui m'a vu naßtre (, Tailleur pierre, 1851, p. 398).
âą Mon sang* n'a fait qu'un tour; faire son chemin*.
a)[Avec un compl. de distance] Faire x kilomĂštres Ă pied. Quatre hommes me portĂšrent de Paris Ă Chalon, en faisant six lieues par jour (, Monte-Cristo , t. 2, 1846, p. 112).
â [Pour exprimer la vitesse] Faire du 100 (km) Ă l'heure. Il y sera dit certainement : « Moi je fais du soixante Ă l'heure » (, Pierre bl., 1905, p. 24). Il plongea dans l'auto, claqua la portiĂšre et dĂ©marra brutalement. Odette le regarda du coin de l'Ćil : le mieux Ă©tait de se taire; il fait au moins du quatre-vingts (, Mort ds Ăąme, 1949, p. 157).
b) Parcourir successivement ou visiter. Faire la GrÚce, les chùteaux de la Loire; faire les grands magasins. Le soir, faisant trois, quatre théùtres, courant les foyers, les corridors (, Journal, 1861, p. 976). Bien sûr, ils ne comptaient pas faire toute la foire, seulement quelques pas devant les premiÚres baraques (, Rois en exil, 1879, p. 2). Les fiancés allaient danser. Nous fßmes tous les dancings d'Anvers (, Bourlinguer, 1948, p. 83).
â Pop. ou arg. Effectuer l'inspection de, examiner pour fouiller, voler. Faire le portefeuille de qqn; faire les poubelles :
16. Il [Michel] les Ă©paterait bien, les copains! (...) il pourrait « leur payer un verre » (...) sans pour cela avoir besoin de faire les poches de Flavien... (, Ăperon arg., 1952, p. 226)
âą DĂ©valiser, cambrioler. Faire une banque, un joaillier. J'ai moi-mĂȘme Ă©tĂ© fait d'une somme de 60 frs par un individu (, Dangers prost., 1841, p. 65) :
17. à un moment donné, les naïves étrangÚres, notamment les riches Américaines, qui fréquentent les dancings, étaient « faites » de la façon suivante : un indicateur et danseur mondain leur volait adroitement leurs bijoux... (, Police pol., 1934, p. 154)
c)En partic.
â Effectuer l'ascension de. Chamonix est Ă quelques heures de GenĂšve, je ferai le Mont-Blanc avant lui [Costecalde] ! En ĂȘtes-vous, mes enfants? (, Tartarin Alpes, 1885, p. 218).
â Faire le trottoir*. Faire le mur*. Faire la queue*.
3.[L'obj. désigne une partie du corps]
a) Prendre, montrer, offrir (un air, une expression). Faire bon visage*, grise* mine, les yeux doux* ; faire le gros dos* ; faire la tĂȘte* (fam.), la gueule* (pop.).
â Loc. verb. Faire contre mauvaise fortune bon cĆur* ; faire bonne mine* en mauvais jeu.
b) Faire de l'/du + subst. (Ă qqn). Faire signe de (pour exprimer un signe de connivence avec quelqu'un et entrer en contact avec lui). Faire du coude, du genou, de l'Ćil, du pied Ă qqn.
4.[L'obj. précédé de l'art. déf. désigne un exercice phys.] Faire la planche*, le pont*, le poirier*, la roue*, le grand écart*.
D. â Exercer (une activitĂ© suivie de façon rĂ©guliĂšre), employer son temps Ă . Ils feront des heures supplĂ©mentaires qui leur seront comptĂ©es plus tard dans le royaume de mon pĂšre (, Paroles, 1946, p. 35). Le pharmacien qui herborise et qui fait de la radiesthĂ©sie (, Pacifiques, 1946, p. 101) :
18. â Que faites-vous l'hiver dans l'Ăźle? â Nous tressons des filets, nous pĂȘchons les Ă©tangs, en faisant des trous dans la glace; le dimanche nous allons Ă la messe et aux vĂȘpres, oĂč nous chantons des cantiques; et puis nous jouons sur la neige et nous voyons les garçons chasser les ours blancs. (, MĂ©m., t. 1, 1848, p. 269)
1.Domaine scol. et universitaire. Faire des études*, faire l'école buissonniÚre* ; faire un doctorat, une licence.
â En partic.
âą Faire + art. partitif + subst. Ătudier, pratiquer (une matiĂšre, une discipline). Faire des maths :
19. â Personne ne t'oblige Ă faire de la chimie. C'est pour nous offenser que Nadine avait choisi la chimie, elle n'en Ă©tait que trop punie. â Ce n'est pas la chimie qui m'emmerde, dit-elle, c'est d'ĂȘtre Ă©tudiante. (, Mandarins, 1954, p. 59)
âą Faire + adj. poss. + subst. Suivre le cycle de. Il [Jean] avait fait ses classes avec soin, pour n'ĂȘtre pas puni, et terminĂ© ses Ă©tudes de droit avec rĂ©gularitĂ© (, Pierre et Jean, 1888, p. 403). J'ai fait mes trois premiĂšres annĂ©es de mĂ©decine. La mort de mon pĂšre a interrompu mes Ă©tudes (, Vac. Maigret, 1948, p. 54). Antonho Prado (...) frais Ă©moulu de la Sorbonne, oĂč il Ă©tait venu faire son droit (, Bourlinguer, 1948, p. 344).
âą Faire + subst. dĂ©signant une Ă©cole. Suivre les cours de. Faire les Beaux-Arts, Navale, Polytechnique. PassĂ© leurs bachots (...) elles feraient l'Ăcole du Louvre ou la Croix-Rouge (, MĂ©m. j. fille, 1958, p. 152).
2.Domaine prof.
a)Fam. ou région. Faire dans. Travailler dans, pratiquer le commerce de. Faire dans les cuirs.
b) Pratiquer (un mĂ©tier, une discipline). Que faites-vous dans la vie? Faire du journalisme. Parce qu'il gagne Ă peu prĂšs sa vie en faisant du commerce (, Avent. M lle Mariette, 1853, p. 230). Aurez-vous jamais fini de faire la classe? â Je ... suis... professeur, Madame Marchal (, M. Ouine, 1943, p. 1545). Brunet se demande ce qu'il peut faire dans le civil. Petit commerçant? EmployĂ©? (, Mort ds Ăąme, 1949, p. 202).
c) Vendre. Faire le gros, le demi-gros, le détail. Je ne me connais pas en toile; mais pour les draps j'en réponds. Seulement, si je fais les draps, il me faut un voyageur; car c'est de Sedan et d'Elbeuf que viennent les meilleures sortes (, Fromont jeune, 1874, p. 153) :
20. La marchande s'anime à son tour. Elle sait trÚs bien ce que veut la cliente, elle a possédé l'article mais, depuis trois ans, on ne le fait plus; ce modÚle-ci est plus récent, plus avantageux... (, Mots, 1964, p. 202)
3.Domaine du sp., des loisirs.[L'obj. est un subst. précédé de l'art. partitif] Pratiquer, s'adonner à .
a)[L'obj. désigne un sp., une discipline] Faire de la musique, du tennis. J'ai connu plusieurs femmes distinguées qui disaient ne pouvoir bien penser, ni bien causer, qu'en faisant de la tapisserie (, Peuple, 1846, p. 24).
â [L'obj. dĂ©signe l'instr.] Faire du ski, du vĂ©lo, de la voile. Il y a un petit prĂȘtre qui fait de la bicyclette (, PoĂ©s. div., 1952, p. 877).
b)[L'obj. désigne une activité] Faire du camping, du tourisme, du sport.
⹠Faire de l'exercice. Se dépenser, marcher. Travaillant toujours, sortant peu, ne faisant presque pas d'exercice, moi qui marchais tant autrefois (, Corresp., 1852, p. 73). Qu'il bouge, qu'il se promÚne, qu'il fasse de l'exercice (, Traité caract., 1946, p. 335).
4.Domaine pol. et soc. Faire de la politique, de l'opposition, du social.
E. â ExĂ©cuter (une prescription, une obligation); accomplir le temps prescrit pour. Faire son devoir; faire ses PĂąques; faire pĂ©nitence; faire la volontĂ© de Dieu; faire un rĂ©gime; faire de la prison; faire son service militaire. Elle a des principes, elle fait maigre (, Autre Ă©t. femme, 1842, p. 383). Karlsbad, oĂč j'avais Ă©tĂ© faire une cure, pour soigner je ne sais plus trop quoi (, Ainsi soit-il, 1951, p. 1197).
21. â Tu vois, me dit-elle d'une voix triomphante. Tu compliques toujours tout. D'abord, Lambert est toujours content de faire ce que je lui demande, c'est un bon petit garçon... (, Mandarins, 1954, p. 333)
â P. ext. Faire les caprices, les fantaisies, les quatre volontĂ©s de qqn. CĂ©der Ă (la volontĂ©, aux dĂ©sirs de quelqu'un). Vous n'ordonnez jamais que le cĆur n'obĂ©isse (...). On fait toujours le bien, en faisant son caprice (, T. Louverture, 1850, III 7 p. 1335).
F. â Ătre la cause (directe ou indirecte) de, l'agent de.
1.[Le suj. désigne une pers.] Causer, provoquer, susciter.
a)[L'obj. dĂ©signe un inanimĂ© concr.] Faire du bruit, faire une blessure Ă qqn. Il fallait, dĂšs le seuil de la porte, les lancer [les casquettes] sous le banc, de façon Ă frapper contre la muraille, en faisant beaucoup de poussiĂšre (, M me Bovary, t. 1, 1857, p. 2). Ils chantaient tous en chĆur et faisaient un boucan de tous les diables (, Bourlinguer, 1948, p. 326). Un de nos critiques nous fustigeait du proverbe chinois : « Ce qui fait du bruit ne fait pas de bien, ce qui fait du bien ne fait pas de bruit » (, Rech. mus. concr., 1952, p. 73).
b)[L'obj. désigne un inanimé abstr.] Faire du bien, du mal; faire mal à . Je ne suis plus seulement capable de faire mal à une mouche (, M. Ouine, 1943, p. 1453). Et cela avait suffi pour lui faire une petite réputation dans le monde restreint du théùtre et lui susciter déjà des jalousies (, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 69).
â Loc. verb.
⹠Faire envie, mal, peur, pitié, sensation :
22. Clark (...) me fait trÚs bonne impression. Non seulement parce qu'il dit avec netteté ce qu'il a à dire, mais aussi parce qu'il demeure simple et droit dans l'exercice du commandement. (, Mém. guerre, 1956, p. 269)
⹠Faire les délices, les beaux jours de. Néron tuant sa mÚre et Titus faisant les délices du genre humain (, Conf. N.-D., 1848, p. 182).
⹠Faire qqc. à qqn. Lui faire du mal, mal agir envers lui, lui causer du tort. Qu'est-ce qu'ils pourraient bien lui faire? Qu'est-ce que je t'ai fait? Qu'est-ce que j'ai fait à Dieu pour avoir mis au jour un fils si coupable! (, Révolte anges, 1914, p. 3). « Qu'est-ce qu'ils t'ont fait, mon pauvre vieux? Tu n'as pas l'air de les avoir à la bonne. » « Ils ne m'ont rien fait, dit Brunet sÚchement. Mais je les entends » (, Mort ds ùme, 1949, p. 212) :
23. Ils Ă©taient trop, il ne pouvait rien contre eux; ils Ă©taient tous d'accord â eux qui Ă©taient divisĂ©s sur tant de choses â pour l'outrager et l'Ă©craser. C'Ă©tait plus que de l'incomprĂ©hension : il y avait de la haine. Que leur avait-il donc fait Ă tous? (, J.-Chr., RĂ©volte, 1907, p. 506)
â Proverbe. Ne fais pas Ă autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fĂźt.
2.[Le suj. désigne une chose]
a) Produire un effet, entraĂźner des consĂ©quences. Rien n'y fait, cela ne fait rien Ă la chose. Ăa me fera du bien. Cela me sera bĂ©nĂ©fique. Le changement d'air lui fera du bien Ă cette petite (, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 133). Attends, petit, j'ai son nom sur les lĂšvres..., Terra..., Terra..., marquis de Terranova..., de Terrasecca, ... rossa, ... puzzosa, non, ce n'est pas cela, cela ne me revient pas, ça n'a aucune importance, le nom ne fait rien Ă l'affaire (, Bourlinguer, 1948, p. 150). Et quand nous serions dans la rue, quand mĂȘme tu me prendrais dans la rue, qu'est-ce que cela peut faire? Que veux-tu que cela fasse? (, Syrtes, 1951, p. 182).
â Familier
âą Faire un coup Ă qqn. L'impressionner, le bouleverser. Elle pensa : « Le pauvre vieux, ça va lui faire un coup, tout de mĂȘme » (, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 192).
âą Ăa me (te, lui, etc.) fait une belle jambe*.
âą Ăa lui fera les pieds*.
âą Ăa fait des histoires. Cela entraĂźne des complications ou des rĂ©actions hostiles. Il regrettait le temps oĂč elle rĂąlait en silence (...) ça faisait moins d'histoires (, Mort ds Ăąme, 1949, p. 59).
âą Grand bien lui fasse! (souvent p. iron). Que cela lui soit profitable. Je marie FortunĂ©. SĂ©verin. â J'en suis heureux et que grand bien lui fasse (, Esprits, 1953, III 9 p. 519).
b) Ătre important :
24. ... on ne peut dire que de tels travaux soient inutiles. Car ils font pour la connaissance des langues anciennes, et la connaissance des langues anciennes fait pour la philosophie de l'esprit humain. (, Avenir sc., 1890, p. 244)
â Cela ne fait rien
âą C'est sans importance, je n'y attache pas d'importance. â Croyez-vous que ce soit bien une conversation Ă tenir devant cette enfant? dit la baronne Schoudler (...). L'accouchĂ©e tourna lĂ©gĂšrement la tĂȘte et lui sourit. â Ăa ne fait rien, ma mĂšre, ça ne fait rien, murmura-t-elle (, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 13).
⹠Synon. de peu importe. Il t'nait pas à les voir! Est-ce que j'y tenais, moi? Seulement, ça fait rien, je m'figurais pas la guerre comme ça (, Gaspard, 1915, p. 74).
â Qu'est-ce que cela peut (bien) me/te faire? En quoi cela me/te concerne-t-il? T'as pas l'air de tenir Ă savoir si je l'ai tuĂ© ou non, le petit gars? â Qu'est-ce que ça peut bien me faire, mon amour? (, M. Ouine, 1943, p. 1480). Son Ă©goĂŻsme lui crĂ©e une sorte d'invulnĂ©rabilitĂ©. Il oppose Ă tout l'avenant un : « Qu'est-ce que cela peut bien me faire? » (, Journal, 1943, p. 167) :
25. louise. â Mais la foi, comment vous est-elle venue? clĂ©rambard. â Que voulez-vous que ça me fasse ? J'ai la foi. Je ne veux rien savoir d'autre. Peu importe d'oĂč elle me vient. Je crois en Dieu, je crois en Notre Seigneur, je crois Ă saint François d'Assise. (, ClĂ©ramb., 1950, IV 5 p. 216)
â Si cela ne te/vous fait rien (formule de politesse). Si cela ne te/vous dĂ©range pas. Si cela ne te fait rien, je vais continuer mon travail. J'ai Ă finir la lecture de RomĂ©o et Juliette (, MoĂŻra, 1950, p. 82).
âą Ăa ne vous fait rien que...? Ăa ne vous dĂ©range pas que...? Mais dites donc, Madame Codomat, ça ne vous fait rien que votre mari soit tout le temps avec cette jeune femme? (, M. Codomat, 1907, II 3 p. 161).
â Cela ne me/lui etc. fait ni chaud* ni froid.
3.Faire que + complétive.
a)Ă l'ind. Avoir pour rĂ©sultat que. Sa nĂ©gligence a fait que... SalammbĂŽ n'en racontait pas davantage (...) par un excĂšs de candeur faisant qu'elle n'attachait guĂšre d'importances (sic) aux baisers du soldat (, SalammbĂŽ, t. 2, 1863, p. 87). « Lois de la reprĂ©sentation », qui font que nous ne pouvons penser l'ĂȘtre qu'en l'objectivant (, Essai signif. mort, 1949, p. 71) :
26. ... tous obligés à protéger leur secret, mais ayant leur part d'un secret des autres que le reste de l'humanité ne soupçonne pas et qui fait qu'à eux les romans d'aventure les plus invraisemblables semblent vrais... (, Sodome, 1922, p. 617)
â [Reprenant une question incluant le verbe faire] Qu'est-ce que j'ai fait? â Tu as fait que tu nous as laissĂ©s.
â Fam. Ăa fait que; ce qui fait que. C'est pour cela que, c'est la raison pour laquelle. Synon. voilĂ pourquoi. Une piĂšce toute noire, on n'y voyait pas... Ăa fait que je ne sais pas si elle pleurait ou si elle se taisait pour ne pas parler... (, Journal, 1879, p. 35). Je ne songe plus qu'Ă ce que je veux enfanter; peut-ĂȘtre est-ce lĂ ce qui fait que tout le reste m'insupporte (, Corresp., [avec ValĂ©ry], 1892, p. 156).
b)Au subj. Les circonstances peuvent faire un jour que vous soyez commis Ă la garde de ce pacte (, Syrtes, 1951, p. 149).
â [Pour exprimer un souhait] Dieu fasse que, fasse le ciel que... Fasse le ciel que la jeunesse d'aujourd'hui (...) se montre aussi sage qu'elle sera ardente (, MĂ©mor. Ste-HĂ©lĂšne, t. 2, 1823, p. 52). Enfin, Dieu fasse que cela tourne bien! (, Chev. Olmedo, 1957, 2e journĂ©e 1 p. 754).
4. Faire en sorte* de + inf.; faire en sorte* que + compl.
5. Laisser* faire.
G. â[Le suj. dĂ©signe une pers. ou une chose; l'obj. est un subst.] PrĂ©senter (un aspect physique, extĂ©rieur).
1. Former naturellement. Faire un angle, une bosse, des plis. Synon. constituer. Moustaches tristes, yeux faisant la virgule à l'angle extérieur (, Mém., t. 1, 1848, p. 408). Dorothée (...) s'avance dans la rue déserte (...), faisant sur la lumiÚre une tache éclatante et noire (, PoÚmes prose, 1867, p. 117) :
27. La vallée se prolongeait, tantÎt faisant des coudes, tantÎt s'étranglant en défilés, selon que les blocs et les mamelons de la chaßne bifurquée faisaient saillie ou retraite. (, Rom. momie, 1858, p. 159)
â [Dans des loc. verb., faire + subst. non dĂ©terminĂ©] Jouer le rĂŽle de, rappeler par sa forme, tenir lieu de. De jolies maisons de campagne, quelques-unes faisant chĂąteaux, s'Ă©talaient sur les collines (, Journal, 1839, p. 301). Mal abritĂ©e sous un petit acacia faisant dĂŽme, elle regardait tristement la pluie qui commençait Ă mouiller sa robe (, ScĂšnes vie boh., 1851, p. 145). Rodolphe s'assit brusquement Ă son bureau, sous la tĂȘte de cerf faisant trophĂ©e contre la muraille (, M me Bovary, t. 2, 1857, p. 41).
âą Faire tapisserie*.
â Au fig., fam. Ăa ne fait pas un pli*.
2.GRAMM. Avoir pour variante morphologique ou syntaxique. « Cheval » fait au pluriel « chevaux » ; « faire » fait à la 3e personne de l'indicatif présent « font ».
3.[Pour exprimer une mesure de l'espace ou du temps]
a)[Dimensions, poids, prix, volume, etc.] Ăquivaloir Ă , Ă©galer. Le bassin fait 10 m de long. Songez qu'Ă nous deux (...) nous ne faisions pas trente-quatre ans (, Pt Chose, 1868, p. 226). Tous comptes faits, l'emprunt de la LibĂ©ration produit 165 milliards qui en feraient 1 200 d'aujourd'hui (, MĂ©m. guerre, 1959, p. 37).
b)Domaine de l'habillement. Mesurer. Vous faites du combien? Quelle pointure, quel tour de taille faites-vous?
c) Avoir une durĂ©e de, ĂȘtre en usage pendant + compl. de temps. Ce manteau m'a fait trois ans, il fera bien encore la saison. Qui pourrait supputer ou peser ce qu'il entre D'aliments, de boissons, au gouffre de son ventre? Un cachalot lui fait six jours, quelquefois sept (, Colifichets, 1860, p. 177).
d)[Pour exprimer la durĂ©e Ă©coulĂ©e, Ă partir d'une date fixe] Ăa fait x temps que... Synon. de il y a, depuis. Il n'avait jamais voulu prendre la montagne et c'est aprĂšs lui que je l'ai prise. Ăa fait donc quinze ans maintenant (, Augustin, t. 1, 1933, p. 196) :
28. Et depuis combien de temps dure cette... liaison? (...). â Trois mois, rĂ©pondit-elle. â Et il y a trois mois que tu es dans cet Ă©tat? â Non. Ăa doit faire six semaines. (, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 126)
e)[Pour exprimer une fréquence] Cela fait. C'est. S'il n'est pas arrivé, me dis-je, c'est que le métro est encore en panne; d'ailleurs, cela fait la troisiÚme aujourd'hui. On dirait que c'est un fait exprÚs (, Essai signif. mort, 1949, p. 125).
4.Domaine phys. et psychique.[L'obj. dĂ©signe une maladie, un trouble phys. ou psychique] Faire une bronchite; faire de la tempĂ©rature; faire une dĂ©pression, de la neurasthĂ©nie; faire de la tension. Mon premier malade fut un cancĂ©reux d'une maigreur effroyable qui « faisait » â comme on disait â des troubles cĂ©rĂ©braux (, Dev. douleur, 1931, p. 60) :
29. Et la réaction individuelle, ici encore, est capitale : on peut gaver certains types maigres, ils ne grossiront guÚre, d'autres feront de l'embonpoint avec le régime le plus strict... (, Traité caract., 1946, p. 126)
â Faire des complexes* ; faire un rĂȘve, un cauchemar.
â Loc. fig. En faire une maladie*. Cf. infra III D 2 a.
III. â DĂ©terminer (quelqu'un/quelque chose) dans un Ă©tat, une qualitĂ©, une maniĂšre d'ĂȘtre ou d'agir. [L'existence de ce qui est dĂ©signĂ© par l'obj. est prĂ©supposĂ©e]
A. â[Le suj. dĂ©signe une pers.; l'obj. dĂ©signe un inanimĂ© concr.] Mettre, remettre en Ă©tat, en ordre.
1.Loc. verb.
a)Domaine des tĂąches domestiques. Faire les cuivres*, faire un lit*, faire sa valise*. (Quasi-)synon. nettoyer, arranger.
⹠Faire une chambre, une piÚce. La nettoyer, la remettre en ordre. Faire sa chambre à fond. Le domestique, en faisant les chambres, redescendait les bougeoirs (, Malh. H. Gérard, 1860, p. 319).
âą Faire ses chaussures. Les nettoyer, les cirer.
⹠Faire la vaisselle. La laver, l'essuyer. Un aprÚs-midi, j'aidais maman à faire la vaisselle; elle lavait des assiettes, je les essuyais (, Mém. j. fille, 1958, p. 105).
b)Domaine des soins de beauté.Synon. entretenir, embellir, soigner.
âą Faire la barbe (Ă qqn). Tailler, raser la barbe. En me faisant faire la barbe, devant moi un bocal (, Journal, 1858, p. 442).
⹠Faire les mains, les ongles à qqn. Synon. manucurer (fam.). Elle s'assied et fait ses ongles (, Moral. légend., 1887, p. 232). Il a demandé un bain aux Allemands, il s'est rasé, s'est fait faire les mains (, Répét., 1950, I p. 21).
âą Emploi pronom. rĂ©fl. indir. Se faire les yeux. Se maquiller (les yeux). Elle [l'enfant prodige] Ă©tait en train de se faire les yeux; elle ne s'est mĂȘme pas retournĂ©e (, Music-hall, 1913, p. 189). Je m'Ă©tais lavĂ© les mains et fait les ongles, j'avais mis un col propre (, Bourlinguer, 1948, p. 58).
c)Domaines divers.[Faire remplace, notamment ds la lang. fam., un verbe d'action plus prĂ©cis] Alors, elle si discrĂšte [Martine], parla de ses travaux de jardinage, dit qu'elle trouvait le temps de faire les lĂ©gumes, afin d'Ă©viter quelques journĂ©es d'homme (, Dr Pascal, 1893, p. 150). Ătre lĂ un peu avant deux heures pour m'aider, comme elle aurait dit Ă des maĂźtres d'hĂŽtel extras d'arriver d'avance pour faire les compotiers (, Guermantes 1, 1920, p. 216). Un fantassin, au retour des cuisines allemandes oĂč il avait Ă©tĂ© « faire les peluches » (, Gdes vac., 1946, p. 43).
Syntagmes : Faire le col (d'une chemise). Le repasser. Faire son jardin. Le cultiver, l'entretenir. Faire la vigne. La tailler, lui donner les soins nécessaires. Faire les rosiers. Les tailler.
2.Domaine culinaire. ApprĂȘter, prĂ©parer, faire cuire ou chauffer (un plat, un repas). Faire un bĆuf bourguignon, un Ćuf sur le plat, du veau. Ce fut la concierge qui vint lui faire son petit dĂ©jeuner et ouvrir les fenĂȘtres (, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 172) :
30. ... elle se met dĂ©jĂ Ă vous parler de sa vieille maman qui est si seule et avec qui il faudra ĂȘtre bien gentil, des petits plats qu'elle sait si bien faire, du prĂ©nom qu'aura son bĂ©bĂ©. (, RĂ©pĂ©t., 1950, IV p. 108)
âą Faire la salade. La laver, l'assaisonner.
B. â[L'obj. dĂ©signe une pers.] Former. Faire des soldats, des hommes, de bons Ă©lĂšves. Synon. Ă©duquer, instruire :
31. Les Lanson croient nous avoir répondu quand ils disent : c'est entendu, nous ne vous fournissons pas des élÚves qui aient du génie, mais connaissez-vous une méthode pour faire des hommes de génie? (, Cahiers, t. 8, 1910, p. 143)
C. â Donner une qualitĂ©, un caractĂšre, un Ă©tat Ă .
1.Faire qqn + subst. (attribut de l'obj.) non dĂ©terminĂ©. Ălever au rang de, donner le titre, la dignitĂ© de. Faire qqn hĂ©ritier, chevalier de la LĂ©gion d'honneur. Synon. nommer, instituer, constituer. En le faisant roi, on l'avait condamnĂ© Ă mourir sur le sol oĂč s'est mĂȘlĂ©e la poussiĂšre de saint Louis et de Henri IV (, MĂ©m., t. 3, 1848, p. 650). Le jeune marquis avait cru s'acquitter envers sa femme en la faisant marquise (, Sacs, 1851, p. 46).
â P. ext. Rendre, faire devenir. Cette aventure me fait homme (, Philos. volontĂ©, 1949, p. 179).
â Faire qqn juge de. Laisser Ă quelqu'un le soin de juger, d'apprĂ©cier.
2.Faire qqn + adj. (attribut de l'obj.)
a) Rendre, faire devenir. Faire qqn riche. « Merci, mon bon Monsieur, merci (...). Vous ĂȘtes trĂšs bon. Je prierai la Sainte Vierge de vous faire trĂšs heureux » (, Auberge ange gard., 1863, p. 10). C'est dimanche, Ă l'heure du dĂ©jeuner, qu'on s'est aperçu que les petites manquaient. Je les avais faites belles pour la messe de huit heures (, Sapho, 1884, p. 120).
b)[L'attribut est un adj. poss.] Faire sien qqc. S'approprier, se rendre maßtre de; adopter (un jugement, un point de vue, une attitude). Un étude à laquelle a procédé le général de Larminat et dont je fais miennes toutes les conclusions (, Mém. guerre, 1954, p. 448). Je déterrai cette religion féroce et je la fis mienne pour dorer ma terne vocation (, Mots, 1964, p. 148).
â En emploi abs. Consentir c'est prendre sur soi, assumer, faire sien (, Philos. volontĂ©, 1949, p. 322).
c) Représenter, donner comme. Ne le faites pas plus méchant qu'il n'est :
32. Mais l'autre quart chez Montaigne a donné l'éveil; en mettant expressément à part la religion, en la faisant si grande et si haute, et la voulant si fort révérer, qu'il lui coupe toute communication avec le reste de l'homme, il s'est trahi... (, Port-Royal, t. 2, 1842, p. 413)
3.Faire qqc. (à ) + compl. de prix. Je vous fais cet article (à ) 50 F. Synon. évaluer à , fixer à .
â Faire un prix* (d'ami). Fixer un prix. Si le commerce Ă©tait mieux fait, c'est le client qui devrait faire son prix (, ClĂ©ramb., 1950, I 7 p. 52).
4.Faire qqc. + adj. (attribut de l'obj.) Ă qqn. Rendre. Je lui faisais la vie impossible (, Moral. lĂ©gend., 1887, p. 240). Et je ne veux point vous faire le cĆur dur Ă la mort (, Citad., 1944, p. 791).
5.Faire + adj. substantivé. Causer, entraßner. Faire des jaloux, des mécontents. Ainsi elle traversait sa jeunesse, l'esprit flottant à tous les vents de l'imprévu, faisant beaucoup d'heureux (, ScÚnes vie boh., 1851, p. 236).
D. âFaire qqn/qqc. de (qqn/qqc.). Changer, transformer en passant d'un Ă©tat Ă un autre.
1.[L'obj. désigne une pers.] Faire d'un capitaine un commandant; nous en ferons un médecin; vous en avez fait un monstre, un enfant gùté. Mais que je prenne en main cette petite aristocrate (...), et je vous en ferai une vraie Carmélite, aussi bonne à la chapelle qu'au lavoir (, Dialog. Carm., 1948, 3e tabl. 3 p. 1618). La famille de Gouvon qu'il servait avait reconnu sa valeur. Elle voulait en faire un secrétaire, lui faire apprendre l'italien, le latin (, Jean-Jacques, 1948, p. 51) :
33. Quand un homme choisit une jeune fille pour en faire sa femme, c'est qu'il a Ă©tĂ© sensible Ă certaines sĂ©ductions qui ne sont pas toutes du cĆur ni de l'esprit. (, ClĂ©ramb., 1950, II 8 p. 116)
2.[L'obj. désigne une chose]
a) Faire d'un métal une médaille; faire qqc. de rien :
34. Mais un vent sort des cieux sans bornes, Grondant comme les grandes eaux, Et souffle sur ces pierres mornes, Et de ces pierres fait des os... (, Contempl., t. 3, p. 407)
⹠Faire un drame, une histoire, une maladie, une montagne (de qqc.). Dramatiser la situation, s'affliger ou s'affoler démesurément de quelque chose. Il fait un monde de rien et soupçonne un cancer dans chaque cor au pied (, Cas intéress., 1955, 1er temps 2e tabl. p. 627).
â Loc. fig. et/ou proverbes. Faire d'une pierre deux coups* ; faire feu* ; faire flĂšche* de tout bois; faire ses choux* gras de; faites en des choux* et des raves* ; en faire sa chose* ; faire des gorges* chaudes de; ne faire qu'une bouchĂ©e* de. On ne saurait faire d'une buse un Ă©pervier. On ne peut faire d'un sot un homme habile (Ac.). Faire d'une mouche, d'une puce un Ă©lĂ©phant. Grossir exagĂ©rĂ©ment la portĂ©e d'une affaire, dramatiser une situation. Faire de nĂ©cessitĂ©* vertu.
b) Utiliser comme, aménager en. Faire un salon d'une salle à manger; faire un hÎpital d'un bùtiment privé; faire un parc public d'un jardin privé. De la source, sa cuvette, La fleur, faisant son miroir, Dit : « Bonjour », à la fauvette (, Contempl., t. 1, 1856, p. 107). « Des assiettes! » dit-il en désignant une pile d'assiettes ébréchées au fond noirci. « Qu'est-ce que vous voulez en faire? Les manger? » (, Mort ds ùme, 1949, p. 223).
â Emploi pronom. Se servir de quelque chose comme de. Des Ă©cureuils circulaient sur les branches (...) en se faisant un pavillon de leur queue (, MĂ©m., t. 3, 1848, p. 68). J'ai aperçu le traĂźtre EusĂ©vio dans les fourrĂ©s de la montagne. C'est en vain qu'il se fait un rempart de ces rochers (, DĂ©v. croix, 1953, p. 579).
3.[Dans un cont. interr.]
a)[L'obj. indir. dĂ©signe une pers.] Qu'avez-vous fait de lui? Sobres et vertueux, â de vrais sauvages... â Que faire d'eux? soupirait ma mĂšre. Ils Ă©taient si doux que nul ne les pouvait atteindre ni diviser (, Sido, 1929, p. 130) :
35. Que dois-je faire des coupables, Herr SonderfĂŒhrer? â Mais... les laisser continuer, puisqu'ils n'ont commis ni contravention Ă l'ordre de l'OKW relatif aux rapports des prisonniers avec les femmes allemandes, ni manquement au travail, ni attentat public Ă la pudeur! (, Gdes vac., 1946, p. 212)
b)[L'obj. indir. dĂ©signe un inanimĂ©] Qu'est-ce que j'ai fait de mes lunettes? OĂč les ai-je mises ?
E. â ReprĂ©senter, tenir la place de.
1.[Le suj. désigne une pers.]
a)Domaine des loisirs. Représenter (un personnage), tenir le rÎle de.
α)Domaine du spectacle. Faire Esther, les soubrettes. Je changeai vite de costume, et, faisant l'apothicaire, je commençai l'intermĂšde, en brandissant l'instrument classique au-dessus de ma tĂȘte (, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 240). Je connais la piĂšce par cĆur. Je l'ai jouĂ©e autrefois avec Monsieur de MoliĂšre : c'est moi qui faisais don DiĂšgue (, Raviss. Scapin, 1952, p. 1317) :
36. Ces scĂšnes de la vie de couvent [dans le film de Bresson « Les Anges du PĂ©chĂ© »] les ont transportĂ©es et non contentes de nous les dĂ©crire, elles se sont mises en tĂȘte d'en jouer une devant nous. Louise faisait la mĂšre supĂ©rieure... (, Journal, 1946, p. 20)
ÎČ)Domaine des jeux d'enfants. Faire le chat, le gendarme, le loup, les voleurs.
γ)Domaine des jeux de société. Faire le mort*. Me rendre utile et agréable aux maßtresses de maisons en faisant le quatriÚme de quelque table boiteuse de joueuses et de joueurs dépareillés (, Confid., 1851, p. 80).
b) Exercer les fonctions, la responsabilité de.
α)[L'activitĂ© est permanente, rĂ©guliĂšre] C'est que jamais un militaire, poursuivit-il, n'a Ă©tĂ© fichu de faire un bon ministre de la guerre (, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 139). Il se mariera un jour, par coup de tĂȘte; et peut-ĂȘtre il fera un bon pĂšre de famille (, MĂ©m. j. fille, 1958, p. 293) :
37. Mon fils, il fait le couillon. Il fait le berger. C'est comme ça. Dans ce village, et dans les autres, il y a des enfants d'Ă©piciers ou de simples charcutiers qui passent le bachot pour ĂȘtre colonels. Moi, le mien, il fait le berger. Je n'en rougis pas. (, Femmes BĆuf, 1948, p. 118)
â Pop.Faire + subst. non dĂ©terminĂ©. Faire professeur. Y veut faire soldat dedans l'aussiliaire (, Cagayous poilu, 1919, p. 2).
ÎČ)[L'activitĂ© est occasionnelle] Faire le domestique. Je faisais le nĂšgre Ă la Mazarine, copiant Ă la main (...) les Ă©pais romans de chevalerie (, Bourlinguer, 1948, p. 380). Tu trouveras aussi des verres. Tu nous sers; tu fais la jeune fille de la maison (, Mort ds Ăąme, 1949, p. 126).
c) Imiter intentionnellement, chercher Ă passer pour. Synon. contrefaire, imiter, simuler.
α)Faire le + subst. ou adj. subst. Faire le difficile, le dégoûté, l'idiot, l'innocent, le pitre, le malade. Tous les anges du Bon Dieu viendront et ils me diront : « Allons, viens, Alonso, viens, ne fais pas le méchant ». Et moi, je dirai « non » (, Révolte Asturies, 1936, II 3 p. 418). Cela se raidit, cela fait la fiÚre, cela veut se conduire comme une vraie dame (, Répét., 1950, IV p. 110). Que vous ne travailliez pas et fassiez le pantin devant la glace, c'est votre affaire! (, Bonjour tristesse, 1954, p. 119) :
38. ... jamais Charles ne lui paraissait aussi dĂ©sagrĂ©able (...). Alors, tout en faisant l'Ă©pouse et la vertueuse, elle s'enflammait Ă l'idĂ©e de cette tĂȘte dont les cheveux noirs se tournaient en une bouche vers le front hĂąlĂ©... (, M me Bovary, t. 2, 1857, p. 26)
â Faire le jeune homme. Ătre galant, se donner un air jeune. Alors il va faire le jeune homme dans les bals costumĂ©s? (, Contes et nouv., t. 1 Masque, 1889, p. 1163).
â Faire la princesse. Prendre de grands airs. Notre MĂ©lancolie est petite-maĂźtresse, Elle prend des grands airs, elle fait la princesse (, PoĂ©sies, 1872, p. 214).
â [Loc. verb. au fig., oĂč le compl. dĂ©signe un animal symbolique] Faire le singe, le zĂšbre. C'est Ă©tonnant comme il fait le paon, papa, avec cet hĂŽtel (, Bel-Ami, 1885, p. 33). LĂąche-moi, nom de Dieu, ou je fais la vache (, Mort ds Ăąme, 1949, p. 114). Doña InĂšs. â Ne m'a-t-il pas Ă©crit? Tello. â Quel Ăąne je fais! voici la lettre, Madame (, Chev. Olmedo, 1957, 2e journĂ©e 10 p. 772).
âą Proverbe. Qui veut faire l'ange* fait la bĂȘte.
Remarque : Lorsque le suj. est fĂ©m., faire peut ĂȘtre suivi nĂ©anmoins de le. Elle fait le/la bravache.
ÎČ)Faire son/sa + subst. Faire sa mijaurĂ©e, son petit malin. Le baron prĂ©fĂ©rait faire son lĂ©zard au soleil sur le galet (, Une Vie, 1883, p. 36).
d)Loc. verb. Faire semblant* (de), mine* (de).
â Faire celui qui, comme si. Jouer Ă celui qui, simuler. La consigne universelle, la ridicule fiction est de faire comme si on ne savait rien, quoique tout le monde sache trĂšs bien Ă quoi s'en tenir; chacun joue la comĂ©die, chacun affecte de croire le vieillard immortel, le malade guĂ©rissable (, Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 172).
âą En emploi abs. Partout, l'on triche. Partout, l'on fait comme si... C'est insupportable. C'est horrible (, Mal court, 1947, III p. 185).
2.[Le suj. désigne un inanimé] Tenir lieu de, faire aussi office de. Salle à manger qui fait salon, cuisine qui fait salle de séjour. Au fond, dans le logis « faisant hÎtel », une « comtesse » (, Guermantes 1, 1920, p. 16).
F. â ParaĂźtre, sembler.
1.Faire + adj. ou subst. non dĂ©terminĂ© (gĂ©n. inv.) Avoir l'air de, donner l'impression de. Elle fait vieux/ vieille pour son Ăąge; faire jeune, grand; faire trĂšs vieille France; faire trĂšs femme; faire sĂ©rieux, vrai. Ricarda, lui, faisait trĂšs « fils de bourgeois » (, Pacifiques, 1946, p. 29). Il faisait trĂšs orphelin dans son complet de flanelle dont le revers Ă©tait barrĂ© d'un crĂȘpe noir (, Mandarins, 1954, p. 294) :
39. Ils choisissent de prĂ©fĂ©rence des sujets tirĂ©s de l'histoire sainte ou de l'histoire ancienne, et ils parlent constamment de faire distinguĂ©, comme si la distinction ne venait point de la maniĂšre dont on traite un sujet et non du sujet lui-mĂȘme. Tenez que la plupart n'ont reçu aucune Ă©ducation, qu'ils n'ont rien vu et rien lu, que « faire distinguĂ© », pour eux, c'est tout bonnement ne pas faire vivant et ne pas faire vrai. (, Art mod., 1883, p. 8)
⹠Ne pas faire son ùge. Paraßtre trÚs jeune, plus jeune que son ùge réel.
2.Faire + adv. de maniĂšre (fam.). Produire tel effet, avoir telle allure. Faire bien (dans le dĂ©cor, le tableau), sur une photo, dans un film. Les serviteurs Ă tĂȘte blanche font bien dans une grande maison (, Pierre de Touche, 1854, III p. 80). Tes vieux messieurs Ă col dur? Ils feraient trĂšs bien dans les vitrines du MusĂ©e de l'Homme (, Mandarins, 1954, p. 91) :
40. Lequel fait mieux, des fleurs ou bien des plumes blanches? Quelle parure sied? â quelle couleur va bien? (, Albertus, 1833, p. 138)
IV. âEmplois partic.
A. âEmplois pronom. spĂ©cifiques. V. faire2 (se).
B. âEmplois impers.
1.[Suivi d'un adj. ou d'un subst. gén. non déterminé; pour indiquer ou suggérer des conditions météor., climatiques ou un moment de la journée ou de la nuit]
a)Faire + adj. Il fait chaud, clair, doux; il fait noir comme dans un four. Mets ton collet, il fait plus frais (, Myst. Frontenac, 1933, p. 90). L'homme est arrivĂ© Ă crĂ©er, parmi les grandes eaux froides et noires, une zone habitable oĂč il fait Ă peu prĂšs clair et chaud (, Milieu divin, 1955, p. 172).
â Au fig. littĂ©r. Je savais pourtant combien il peut faire noir dans un cĆur (, MĂ©m. j. fille, 1958, p. 248) :
41. Il fait bleu il fait bon Il fait aujourd'hui Il fait bon il fait bleu Et je suis née juste aujourd'hui Si vous voulez savoir mon nom Mon nom est Iris bleu! (, Poés. div., 1952, p. 743)
b)Faire + subst. Il fait presque jour; il fait nuit (noire); il fait (du) soleil, du brouillard, une chaleur torride, un beau soleil; quel temps fait-il? Il ne faisait pas de lune ni d'Ă©toiles. Mais une sorte de lumiĂšre diffuse et l'air Ă©tait si Ă©pais qu'on l'aurait coupĂ© au couteau (, Cahiers, t. 7, 1908, p. 71). A cinq heures (...) quelque temps qu'il fasse, Mme Louise descend au village avec la bonne (, Mauv. rĂȘve, 1948, p. 1004).
â P. anal., fam. Il fait faim, soif. J'ai/nous avons faim, soif. Il fait soif Ă bord (, Bourlinguer, 1948, p. 232) :
42. ... quand, Ă la maison, il faisait faim, c'est toi qui chantais encore (...) et nous donnais le courage de chanter, nous aussi! (, Faustin, 1882, p. 33)
2. Il fait bon/mauvais (Ă /de) + inf. Il est agrĂ©able/ dĂ©sagrĂ©able, dangereux de; cela fait du bien/ne fait pas de bien de. AuprĂšs de ma blonde, qu'il fait bon dormir (vieille chanson française). Que la forĂȘt Ă©tait belle sous le soleil d'avril! Qu'il faisait bon Ă respirer, loin des baraques fĂ©tides et des sueurs recuites! (, Gdes vac., 1946, p. 367). Il [le loriot] dit qu'il fait bon labourer (, Annonce, 1948, I 3 p. 160) :
43. Le remblai, jusqu'au bout cette fois, y compris la maison du docteur Bellamy qui Ă©tait le type mĂȘme de ces demeures que les passants regardent avec envie en pensant : â Qu'il doit donc faire bon y vivre... (, Vac. Maigret, 1948, p. 25)
3. Il ferait beau* voir.
C. âEmplois factitifs. V. faire3.
D. âEmplois passifs
1.Locutions
âą Ce qui est fait. Il n'y a plus Ă y revenir, n'en parlons plus (en parlant gĂ©nĂ©ralement d'une action regrettable). « ... un ennemi de notre religion? Mais c'est abominable! ĂlevĂ© comme tu l'as Ă©tĂ©! » Jean (rĂ©pondant Ă CĂ©cile seule, sur un ton angoissĂ© et sombre). â Ce qui est fait est fait. Tu souffres? Moi aussi... (, Barois, 1913, p. 299). Eh bien oui (...) tu aurais dĂ» rester Ă Paris (...) â Enfin! ce qui est fait est fait (, Mort ds Ăąme, 1949, p. 161).
⹠Voilà qui est fait. C'est terminé (en parlant d'une action délicate ou importante). (Il ouvre la porte, la mÚre le suit avec hésitation jusque sur le seuil.) Voilà qui est fait (, Cas intéress., 1955, 1er temps 3e tabl. p. 635).
⹠Croire que tout est fait. Croire que tout est joué. Une fois qu'il a parlé, il croit que tout est fait (, Traité caract., 1946, p. 400).
2. Ătre fait pour + subst. ou inf. Ătre destinĂ© Ă .
a)[Le suj. dĂ©signe une pers.]. Ătre prĂ©disposĂ© Ă , avoir des talents pour. Elisabeth et Paul, faits pour l'enfance, continuaient Ă vivre comme s'ils eussent occupĂ© deux berceaux jumeaux (, Enf. terr., 1929, p. 96) :
44. (Thierry, mĂ©content, regagne son bureau et s'assied.) Ta loi morale, mon vieux, faut jamais oublier ça : c'est nous qui l'avons faite, pour nous, pour notre utilitĂ© sociale! Ce n'est pas nous qui avons Ă©tĂ© faits pour elle! Alors, le jour oĂč ça ne colle plus bien... (, Taciturne, 1932, I 10 p. 1264)
b)[Le suj. dĂ©signe une chose] Avoir tel usage, ĂȘtre créé en vue d'un but prĂ©cis. L'antiquitĂ© a peut-ĂȘtre Ă©tĂ© faite pour ĂȘtre le pain des professeurs (, Journal, 1894, p. 499). Mais il [le systĂšme Ă©lectoral] semblait fait tout exprĂšs pour dĂ©courager des dĂ©buts irrĂ©guliers comme ceux de Benjamin DisraĂ«li (, DisraĂ«li, 1927, p. 59).
â P. iron., pĂ©j. C'est bien fait pour lui/pour elle, Il/elle l'a bien mĂ©ritĂ©. S'il finit sa vie en taule, c'est bien fait pour lui, ajoutai-je avec rage (, Mandarins, 1954, p. 200).
â P. plaisant. Et ces sales fleurs qui ne vivent ni ne se fanent jamais Tu les as appelĂ©es immortelles... C'Ă©tait bien fait pour elles... (, Paroles, 1946, p. 76).
â Fam. C'est fait pour (avec ellipse du complĂ©ment de destination). C'est adĂ©quat, c'est exactement la forme, l'usage qui convient.
3. Ătre fait Ă . Ătre habituĂ© Ă . J'Ă©tais fait Ă mon visage, comme certains se font Ă leur misĂšre ou Ă leur crasse (, TraitĂ© caract., 1946, p. 502).
4.LittĂ©r. C'en est fait (de). C'en est fini (de). C'en est fait de lui; c'en est fait de la vie de chĂąteau. C'en Ă©tait fait, la sĂ©paration Ă©tait sans recours (, Gdes vac., 1946, p. 57). Je me sentais dĂ©jĂ tout investi par l'accablant souci de nouveaux devoirs. C'en serait fait des rĂȘveries, des promenades contemplatives (, Feuillets d'automne, 1949, p. 1088) :
45. Je porte aux études latines un amour désespéré. Je crois fermement que, sans elles, c'en est fait de la beauté du génie français. (, Vie littér., 1888, p. 287)
Remarque : Certains emplois passifs de faire n'ont pas de forme active correspondante. Invitation lui a été faite de se présenter au plus tÎt.
E. âEmplois substitutifs. V. faire4.
Prononciation et orthographe
[fΔ:Ê], (je) fais [fΔ]. En syll. non finale, radicaux [f(É)-] : je ferai, etc., et [f(É)z-] : nous faisons, etc.; v. aussi bienfaisant, faiseur, etc. dans lesquels il y a cependant flottement [(É)]/voyelle antĂ©rieure. UnanimitĂ© en revanche en faveur de la voyelle ant. dans malfaiteur, bienfaiteur. Dans le cas de l'absence de [É], assimilation de sonoritĂ© entre [f] et le contexte : assimilation progressive dans (je) ferai [fÊÌe], rĂ©gressive dans le cas de (nous) faisons [fÌŹzÉÌ]. En ce qui concerne le timbre de la voyelle en finale absolue (je fais, etc.), Rouss.-Lacl. 1927 notent, p. 135 : « Beaucoup de personnes, surt. parmi les plus jeunes, ont un e moyen ». Enq. : /fe, D/ (c'est) fait; /fet, (D)/ (vous) faites. Ds Ac. dep. 1694.
Ătymologie et histoire
A. Faire employé comme substitut d'un autre verbe
1. 842 suppléant d'un verbe d'action déjà exprimé (Serments de Strasbourg ds Bartsch Chrestomathie 2, 10); ca 1100 le verbe est précisé par le pronom neutre le (Roland, éd. J. Bédier, 2617-18);
2. 1225-30 suppléant d'un 1er verbe exprimé dans une comparaison (Guillaume de Lorris, Le Roman de la Rose, éd. F. Lecoy, 639).
B. Faire suivi d'un verbe à l'inf. ca 880 (Ste Eulalie, 4 ds Bartsch Chrestomathie : voldrent la faire diaule servir); 2e moitié xe s. (St Léger, éd. J. Linskill 186 : Poble ben fist credrë in Deu); mil xie s. (St Alexis, éd. C. Storey, 112 : Par multes terres fait querre sun amfant).
C. « Ătre le sujet d'une activitĂ©, la cause de quelque chose »
1. 2e moitié du xe s. « exercer une activité » (St Léger, éd. J. Linskill, 81);
2. 2e moitiĂ© du xe s. « accomplir une action » (ibid., 40), d'oĂč mil. xie s. tant faire que (St Alexis, Ă©d. C. Storey, 464); ca 1100 faire que + subj. (Roland, Ă©d. J. BĂ©dier, 596); ca 1190 ne faire que + inf. (Renart, Ă©d. M. Roques, 13015);
3. mil. xie s. faire + adv. (St Alexis, éd. C. Storey, 47 : Quant vint al fare, dunc le funt gentement);
4. ca 1170 « exprimer par la parole, dire » (Livre des Rois, éd. E. R. Curtius, p. 31).
D. « DĂ©terminer quelqu'un ou quelque chose dans sa maniĂšre d'ĂȘtre »
1. 2e moitié du xe s. « donner une qualité à quelqu'un » (St Léger, éd. J. Linskill, 48);
2. ca 1100 « donner une qualité à quelque chose, rendre » (Roland, éd. J. Bédier, 950 : Nus les [espees] feruns vermeilles de chald sanc);
3. 1172-74 « imiter, chercher à passer pour » (G. de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg [1936], 4824).
E.
1. Ca 1100 « créer, réaliser une chose » (Roland, 457);
2. id. « constituer » (ibid., 3052);
3. ca 1164 n'avoir que faire de (Chr. de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 2717);
4. 1216 « constituer quant Ă la quantitĂ© » (R. de Clari, La ConquĂȘte de Constantinople, Ă©d. Ph. Lauer, § 34, p. 36);
5. 1372 « produire, engendrer, enfanter » (Propriétés des choses, I, 30 ds T.-L.).
F. Faire avec un suj. impers.
1. 1119 pour exprimer les conditions atmosphériques (Ph. de Thaon, Comput, 2636 ds T.-L.);
2. 1160 faire + adj. + inf. (Enéas, 7088 ds T.-L.). Issu du lat. class. facere « réaliser quelque chose; créer, commettre » et servant de substitut à un verbe précédemment exprimé.
1. 842 suppléant d'un verbe d'action déjà exprimé (Serments de Strasbourg ds Bartsch Chrestomathie 2, 10); ca 1100 le verbe est précisé par le pronom neutre le (Roland, éd. J. Bédier, 2617-18);
2. 1225-30 suppléant d'un 1er verbe exprimé dans une comparaison (Guillaume de Lorris, Le Roman de la Rose, éd. F. Lecoy, 639).
B. Faire suivi d'un verbe à l'inf. ca 880 (Ste Eulalie, 4 ds Bartsch Chrestomathie : voldrent la faire diaule servir); 2e moitié xe s. (St Léger, éd. J. Linskill 186 : Poble ben fist credrë in Deu); mil xie s. (St Alexis, éd. C. Storey, 112 : Par multes terres fait querre sun amfant).
C. « Ătre le sujet d'une activitĂ©, la cause de quelque chose »
1. 2e moitié du xe s. « exercer une activité » (St Léger, éd. J. Linskill, 81);
2. 2e moitiĂ© du xe s. « accomplir une action » (ibid., 40), d'oĂč mil. xie s. tant faire que (St Alexis, Ă©d. C. Storey, 464); ca 1100 faire que + subj. (Roland, Ă©d. J. BĂ©dier, 596); ca 1190 ne faire que + inf. (Renart, Ă©d. M. Roques, 13015);
3. mil. xie s. faire + adv. (St Alexis, éd. C. Storey, 47 : Quant vint al fare, dunc le funt gentement);
4. ca 1170 « exprimer par la parole, dire » (Livre des Rois, éd. E. R. Curtius, p. 31).
D. « DĂ©terminer quelqu'un ou quelque chose dans sa maniĂšre d'ĂȘtre »
1. 2e moitié du xe s. « donner une qualité à quelqu'un » (St Léger, éd. J. Linskill, 48);
2. ca 1100 « donner une qualité à quelque chose, rendre » (Roland, éd. J. Bédier, 950 : Nus les [espees] feruns vermeilles de chald sanc);
3. 1172-74 « imiter, chercher à passer pour » (G. de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg [1936], 4824).
E.
1. Ca 1100 « créer, réaliser une chose » (Roland, 457);
2. id. « constituer » (ibid., 3052);
3. ca 1164 n'avoir que faire de (Chr. de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 2717);
4. 1216 « constituer quant Ă la quantitĂ© » (R. de Clari, La ConquĂȘte de Constantinople, Ă©d. Ph. Lauer, § 34, p. 36);
5. 1372 « produire, engendrer, enfanter » (Propriétés des choses, I, 30 ds T.-L.).
F. Faire avec un suj. impers.
1. 1119 pour exprimer les conditions atmosphériques (Ph. de Thaon, Comput, 2636 ds T.-L.);
2. 1160 faire + adj. + inf. (Enéas, 7088 ds T.-L.). Issu du lat. class. facere « réaliser quelque chose; créer, commettre » et servant de substitut à un verbe précédemment exprimé.