ADAPTER
verbe transitifI. âEmploi trans.
A. âTECHNOL.[Le suj. est une pers.]Adapter qqc. Ă qqc. Joindre un objet Ă un autre de maniĂšre Ă obtenir un dispositif fonctionnel :
1. Quelques argotiers se dĂ©tachĂšrent du cercle et revinrent un moment aprĂšs. Ils apportaient deux poteaux terminĂ©s Ă leur extrĂ©mitĂ© infĂ©rieure par deux spatules en charpente, qui leur faisaient prendre aisĂ©ment pied sur le sol. Ă l'extrĂ©mitĂ© supĂ©rieure des deux poteaux ils adaptĂšrent une solive transversale, et le tout constitua une fort jolie potence portative, que Gringoire eut la satisfaction de voir se dresser devant lui en un clin d'Ćil. (, Notre-Dame de Paris, 1832, p. 107)
2. Léon, de la main droite, soulevait un long bout de boyau vide, dans l'extrémité duquel un entonnoir trÚs évasé était adapté; et, de la main gauche, il enroulait le boudin autour d'un bassin, d'un plat rond de métal, à mesure que le charcutier emplissait l'entonnoir à grandes cuillerées. (, Le Ventre de Paris, 1873, p. 692)
3. La justice est une idĂ©e d'avare. De mĂȘme que l'ajusteur adapte le tourillon Ă l'axe, justement comme il faut, ne laissant ni trop d'espace, ni trop peu, de mĂȘme l'avare est un ajusteur de travaux, de salaires, et de prix; toujours au plus prĂšs; ... (, Propos, 1932, p. 1083)
4. ... on prĂ©lĂšve un organe, avec les tissus adjacents et avec tous les vaisseaux et nerfs qui lui appartiennent. On l'introduit aussitĂŽt dans une chambre vitrĂ©e, que que l'on scelle hermĂ©tiquement aprĂšs avoir adaptĂ© Ă l'artĂšre principale une canule reliĂ©e Ă une mĂ©canique pulsatile : vrai cĆur artificiel qui expĂ©diera rythmiquement dans l'organe un liquide nutritif et oxygĂ©nĂ©. (, La Vie et ses problĂšmes, 1939, p. 64)
â P. mĂ©taph. :
5. ... nous pourrions nous haĂŻr, et pourtant nous sommes faits pour nous aimer. Il y a dans nos deux natures quelque chose qui me semble s'emboĂźter et s'adapter assez bien : les angles sortants de nos caractĂšres coĂŻncident. (, Sous les tilleuls, 1832, p. 4)
6. Les bureaux ont leur obéissance passive, comme l'armée a la sienne : systÚme qui étouffe la conscience, annihile un homme et finit, avec le temps, par l'adapter comme une vis ou un écrou à la machine gouvernementale. (, Le PÚre Goriot, 1835, pp. 184-185)
7. Quelle diffĂ©rence avec ces messes frugales, si franches, avec ce plain-chant vraiment cĂ©leste que l'on chante aux pauvres fĂȘtes! Au reste, plus je l'Ă©coute, et plus je suis convaincu que la musique grĂ©gorienne n'est pas du tout un article d'apparat. Les kyrie eleison, si implorants, si gĂ©missants, si doux, des jours habituels, deviennent tarabiscotĂ©s dĂšs qu'Ă l'occasion d'une plus importante festivitĂ©, on les veut vĂȘtir; on dirait alors que l'on a adaptĂ© Ă de pures mĂ©lodies gothiques, des ornements coulĂ©s dans du staff, des neumes de plĂątre! (, L'Oblat, t. 1, 1903, p. 68)
B. â[Le suj. dĂ©signe une pers. ou une force agissante concr. ou abstr.]Adapter qqn ou qqc. Ă qqn ou Ă qqc. Mettre en accord, approprier Ă quelque chose ou Ă quelqu'un d'autre, considĂ©rĂ© comme prĂ©pondĂ©rant ou du moins comme incontestablement rĂ©el, de maniĂšre Ă obtenir un ensemble cohĂ©rent ou harmonieux.
1.Adapter qqn Ă qqc. :
8. Nous devrons aller à la recherche de ce fond de sociabilité, et aussi d'insociabilité, qui apparaßtrait à notre conscience si la société constituée n'avait mis en nous les habitudes et dispositions qui nous adaptent à elle. (, Les Deux sources de la morale et de la religion, 1932, p. 292)
2.Plus rare.Adapter (p. ex. sa pensée) à quelqu'un (usuel : s'adapter à . Cf. infra II B 1) :
9. Un grand poÚte dramatique ne rougit pas de travailler pour une scÚne précise, et d'adapter sa pensée aux acteurs dont il dispose; il ne croit pas se rapetisser ainsi : ... (, Jean-Christophe, Les Amies, 1910, p. 1174)
3.Adapter qqc. Ă qqc.
a)Lang. cour. :
10. ... en un clin d'Ćil il prit le ton de la bonhomie, et, remontant, en quelques mois, jusqu'aux grands principes des sociĂ©tĂ©s et du gouvernement, il dĂ©bita, en les adaptant Ă la circonstance, quelques phrases de FĂ©nelon qu'on lui avait fait apprendre par cĆur dĂšs l'enfance pour les audiences publiques. (, La Chartreuse de Parme, 1839, p. 127)
11. Nous avons adapté à nos goûts le gothique venu d'Outre-Rhin, la Renaissance née en Italie, et les principes sévÚres du Palladio : nous en avons fait Reims, la Loire et Versailles. (, L'Itinéraire espagnol, 1933, p. 275)
12. Tout cela est absurde. Rien n'est au point. Notre monde est fait de rouages qui ne s'ajustent pas les uns aux autres. Ce ne sont point les matériaux qui sont en cause, mais l'horloger. L'horloger manque. AprÚs neuf mois de guerre, nous n'avons pas encore réussi à faire adapter, par les industries dont elles dépendent, les mitrailleuses et les commandes au climat de la haute altitude. (, Pilote de guerre, 1942, p. 303)
b)Dans des emplois techn.
â BIOL., PHYS. Modifier une conduite ou une situation :
13. ... vous alliez manger des sarcelles! Mais ne saviez-vous pas que c'est trĂšs dangereux! Dans ces marais la fiĂšvre maligne est Ă craindre; il faut adapter votre sang; similia similibus, Tityre! Mangez des vers de vase (lumbriculi limosi) â l'essence des marais s'y concentre et c'est de plus un aliment fort nourrissant. (, Paludes, 1895, pp. 101-102)
14. Mais il n'en serait plus de mĂȘme, dans l'hypothĂšse oĂč la lumiĂšre agirait directement sur la matiĂšre organisĂ©e pour en modifier la structure et l'adapter, en quelque sorte, Ă sa propre forme. (, L'Ăvolution crĂ©atrice, 1907, p. 70)
â ĂCONOMIE :
15. ... une importance variable suivant que les Ă©conomies sont plus ou moins planifiĂ©es et aussi â au fil des saisons de l'histoire â suivant que les macrodĂ©cisions de base sont retouchĂ©es et adaptĂ©es ou au contraire que le systĂšme entier des macrodĂ©cisions est remis en question, comme la chose se produit en phase de reconstruction. (, L'Ăconomie du XX e siĂšcle, 1964, p. 54)
C. âSpĂ©c.,B.-A. Transposer une Ćuvre ou une technique d'un genre ou d'un type d'expression dans un autre en vue d'une destination nouvelle.
1.[Transpos. d'une techn.]
â ARCHIT. Approprier (une saillie, un ornement) :
16. On voit, en Morée, quelques absides de petits édifices; elles sont soutenues en l'air sur des consoles (...). Les architectes byzantins adaptÚrent ce genre d'absides aux chapelles. (, Architecture monastique, t. 1, 1852, p. 283)
2.[Transpos. d'une Ćuvre] :
a)CINĂMA :
17. Les unes aprĂšs les autres, toutes les Ćuvres qui connurent de grands succĂšs au théùtre ont Ă©tĂ© adaptĂ©es Ă la scĂšne cinĂ©matographique. (Le CinĂ©ma, 16 aoĂ»t 1912, (Giraud 1956)
b)LITTĂRATURE
â [Transpos. d'une Ćuvre, d'une techn. d'expr. dans une autre] :
18. Le Dante, ce grand maßtre en tant de genres, possédait le génie tragique qui aurait produit le plus d'effet en Italie, si, de quelque maniÚre, on pouvait l'adapter à la scÚne : car ce poëte sait peindre aux yeux ce qui se passe au fond de l'ùme, et son imagination fait sentir et voir la douleur. (, Corinne, t. 1, 1807, p. 354)
19. ... on imaginerait assez bien un metteur en scÚne moderne adaptant Mairet, du Ryer ou Hardy, et en tirant quelque tragi-comédie merveilleuse, à la maniÚre de Shakespeare. (, Pierre Corneille, 1938, p. 59)
â [Transpos. d'une Ćuvre d'une lang. dans une autre de « gĂ©nie » diffĂ©rent] :
20. Il faudra traduire Heinrich von Ofterdingen sans plus attendre. J'ai songé aussi à Peter Schlemihl, qu'on connaßt si peu; et Ondine de La Motte. Puis, de l'italien, Pétrarque. Voir si l'on ne pourrait adapter une piÚce de Calderon. (, Journal, 1893, p. 39)
Remarque : Dans l'ex. suiv., il s'agit d'un emploi similaire Ă celui de la lang. cour. (cf. supra B 3) :
21. Il faut dĂ©cidĂ©ment que le journal de Meaulnes s'arrĂȘte sur une trĂšs grande Ă©motion. Ce sera la lettre dĂ©sespĂ©rĂ©e qu'il porte toujours sur lui et qu'il dĂ©chire enfin. Je n'ai pas besoin de dire que cette lettre est Ă©crite. Je l'arrangerai et l'adapterai. (, Correspondance, lettre de A.-F. Ă J. R., mai 1913, p. 357)
c)MUS. Arranger (une Ćuvre musicale) pour qu'elle puisse ĂȘtre exĂ©cutĂ©e par un instrument autre que celui prĂ©vu originellement :
22. La course de cette flamme, la lutte désespérée de la vierge contre son ravisseur, la galopade du héros dans la steppe, l'entrecroisement de toutes ces images, de toutes ces vitesses et, par en dessous, le mouvement infernal de la « course à l'abßme », morceau d'orchestre tiré de la Damnation de Faust et adapté pour le piano, tout cela ne faisait qu'un : c'était la destinée. (, Les Mots, 1964, p. 102)
Remarque : L'emploi suiv. (adaptation des paroles à un rythme musical ou à une mélodie) n'est qu'un cas partic. de l'emploi cour. signalé sous B 3 (cf. aussi rem. sous C 2 b) :
23. Si le poĂšte ne comprenait pas le musicien, ni le musicien le poĂšte, les acteurs ne comprenaient ni l'un ni l'autre, et ne s'en inquiĂ©taient point. Ils cherchaient seulement dans leurs rĂŽles des phrases, de place en place, oĂč accrocher leurs effets habituels. Il n'Ă©tait pas question d'adapter leur dĂ©clamation Ă la tonalitĂ© du morceau et au rythme musical : ils allaient d'un cĂŽtĂ©, et la musique de l'autre; ... (, Jean-Christophe, La RĂ©volte, 1907, p. 488)
24. Quand il avait composĂ© quelque poĂšme nouveau, l'une de ses filles â il n'avait que des filles â l'adaptait aussitĂŽt Ă quelque chanson du pays, et le matin, pendant le travail du labour, elle chantait le poĂšme nouveau qui avait l'air de s'envoler dans le ciel comme un oiseau. (, Journal, janv. 1925, p. 286)
II. âEmploi pronom.
A. âAu propre
1.[Le suj. désigne un obj. inanimé]Synon. de s'ajuster :
25. Ne pourrions-nous pas ajouter, pour appuyer cette opinion, que c'est aussi pour cela, outre les autres raisons que nous avons dĂ©jĂ allĂ©guĂ©es, que la portion musculeuse de l'urĂȘtre s'alonge ou se raccourcit? Elle est obligĂ©e de s'adapter aux diffĂ©rentes dimensions du bassin, afin que la portion bulbeuse arrive toujours au mĂȘme point. (, Leçons d'anatomie comparĂ©e, t. 5, 1805, p. 82)
26. Puis, arrachant le morceau des mains de Thénardier, il s'accroupit sur l'habit, et rapprocha du pan déchiqueté le morceau déchiré. La déchirure s'adaptait exactement, et le lambeau complétait l'habit. (, Les Misérables, t. 2, 1862, p. 723)
2.Spéc.[En parlant des yeux] Accommoder :
27. Ses yeux, déjà réhabitués à la lumiÚre de la lampe, firent effort pour s'adapter à l'ombre... (, Le Blé qui lÚve, 1907, p. 341)
B. â S'ajuster Ă une fonction ou Ă une circonstance particuliĂšre.
1.[Le suj. et l'obj. désignent des pers.]S'adapter à qqn.
â Emploi rĂ©ciproque :
28. Rien de plus naturel, si l'on y réfléchit. L'analogie des conditions de sol, d'hydrographie, de climat, fait qu'un type d'établissement, une fois implanté dans une contrée, y devient dominant, par la nécessité qui pousse les cohabitants à s'adapter les uns aux autres. C'est un phénomÚne d'accommodation réciproque. (, Principes de géographie humaine, 1921, p. 173)
â Emploi rĂ©fl. :
29. Celle-ci, cramponnĂ©e Ă moi, et n'aimant ni moi, ni mon travail, ni l'amour. Qu'a-t-elle fait pour s'adapter Ă moi? On n'aime pas un ĂȘtre, si on ne modifie pas sa propre vie pour y ajouter ou en retrancher quelque chose Ă cause de lui. (, Les LĂ©preuses, 1939, p. 1409)
2.P. ext.[L'objet. explicite ou implicite désigne une chose : norme, situation, besoin, etc.] Se conformer, s'habituer, s'accoutumer, s'acclimater :
30. ... cet enfant si fort et si faible, dĂ©plantĂ© par Corinne de ses belles campagnes pour entrer dans le moule d'un collĂšge auquel chaque intelligence, chaque corps doit, malgrĂ© sa portĂ©e, malgrĂ© son tempĂ©rament, s'adapter Ă la rĂšgle et Ă l'uniforme comme l'or s'arrondit en piĂšces sous le coup du balancier; Louis Lambert souffrit donc par tous les points oĂč la douleur a prise sur l'Ăąme et sur la chair. (, Louis Lambert, 1832, p. 59)
31. Seul le positivisme devient Ă la fois digne et vrai, quand il nous invite Ă vivre pour autrui. Cette formule dĂ©finitive de la morale humaine ne consacre directement que les penchants bienveillants, source commune du bonheur et du devoir. Mais elle sanctionne implicitement les instincts personnels, comme conditions nĂ©cessaires de notre existence, pourvu qu'ils se subordonnent aux premiers. Sous cette unique rĂ©serve, leur satisfaction continue nous est mĂȘme prescrite, afin de nous bien adapter au service rĂ©el de l'humanitĂ©, Ă laquelle nous appartenons entiĂšrement. (, CatĂ©chisme positiviste, 1852, p. 281)
â [Avec une valeur de gĂ©nĂ©ralitĂ© (sans compl. d'obj. second.)] :
32. Tenez, moi, regardez comme je m'adapte Ferdinand!... (Il s'en tapait sur le sternum.) Que demain la terre se mette par exemple à tourner dans l'autre sens. Eh bien moi? Je m'adapterai, Ferdinand! Et tout de suite encore! Et savez-vous comment, Ferdinand? Je dormirai un bon coup de douze heures en plus, et tout sera dit! Et voilà tout! Et houp! Ce n'est pas plus malin que cela! Et ce sera fait! Je serai adapté! (, Voyage au bout de la nuit, 1932, p. 515)
33. L'homme objectif, en cas d'insuccĂšs, s'adapte, et continue Ă dĂ©velopper ou Ă amĂ©nager ses buts sans ĂȘtre l'esclave de leurs formules provisoires. Cette aisance dans l'adaptation lui donne au reste un trĂšs vaste registre de modulations. (, TraitĂ© du caractĂšre, 1946, p. 350)
34. Au grand élan farouche des premiÚres semaines avait succédé un abattement qu'on aurait eu tort de prendre pour de la résignation, mais qui n'en était pas moins une sorte de consentement provisoire. Nos concitoyens s'étaient mis au pas, ils s'étaient adaptés, comme on dit, parce qu'il n'y avait pas moyen de faire autrement. (, La Peste, 1947, p. 1364)
35. Il avait été blessé qu'on le traitùt d'idéaliste; il essayait de s'adapter en réaliste aux dures nécessités de ce temps. Mais ce n'est que trop facile de s'adapter. Moi aussi, je m'adapte, et je n'en suis pas fiÚre; toujours passer outre, toujours accepter, à la fin ça veut dire trahir. (, Les Mandarins, 1954, p. 336)
Remarque : Except., et p. plaisant., le suj. est un animal :
36. Il me livrait une angoisse, je ne lui rendis qu'un mot, un de ces mots commodes qu'on a toujours sur soi : s'adapter. Il le mĂ©dita, puis me montra un chien qui passait : â Oui?... demande donc au kleps, lĂ , de s'adapter Ă la salade? On l'a entraĂźnĂ© Ă la chasse et la chasse est fermĂ©e. (, Capitaine Conan, 1934, p. 140)
3.[Le suj. désigne un inanimé, le compl. un inanimé concr.] :
37. Hier, dans le fumoir de la princesse, l'on causait style et l'on parlait de l'impuissance de bien Ă©crire chez les gens qui parlent plusieurs langues. Pour ces gens, les mots ne gardent plus leur particularitĂ©, leur qualitĂ© exclusive, sans aucun synonyme, d'ĂȘtre l'enveloppe s'adaptant juste Ă une chose ou Ă un ĂȘtre. Les mots deviennent des dĂ©nominations vagues, des reprĂ©sentations effacĂ©es, des-Ă -peu prĂšs de vocables, des entitĂ©s. (, Journal, mars 1876, p. 1124)
38. Il avait gardĂ© son manteau, son chapeau, il ressemblait toujours Ă un Ă©ternel voyageur, et passait presque inaperçu, tant sa petite taille dĂ©plaçait peu d'air, tant ses cheveux gris et ses vĂȘtements anonymes s'adaptaient Ă tous les dĂ©cors. (, Vol de nuit, 1931, p. 94)
39. Une fresque, ou un tableau (qui n'est qu'une fresque portative), doivent s'adapter aux murs, et en souligner le caractĂšre... (, Peinture d'abord, 1942, p. 99)
4.[Le suj. est un inanimé, le compl. un inanimé abstr.] :
40. ... les modifications que subit l'organisme pour s'adapter au milieu ambiant et aux conditions de la vie de l'animal, ... (, Essai sur les fondements de nos connaissances, 1851, p. 346)
41. Depuis des milliers d'ans, les sculpteurs ont nĂ©gligĂ© le bois qui s'adapterait merveilleusement, selon moi, Ă un art vivant et rĂ©el; les sculptures peintes du Moyen-Ăge, les retables de la cathĂ©drale d'Amiens et du musĂ©e de Hall, par exemple, le prouvent, et les statues qui se dressent Ă Sainte-Gudule et dans la plupart des Ă©glises belges, des figures grandeur nature de Verbruggen d'Anvers et des autres vieux sculpteurs des Flandres, sont plus affirmatives encore, s'il est possible. (, L'Art moderne, 1883, pp. 251-252)
42. ... quand la circonstance veut que la méthode des écoles maternelles s'adapte juste, on assiste à une germination merveilleuse. (, La Maternelle, 1904, p. 204)
43. Les chemins de fer eurent à s'adapter aux réseaux préexistants de communications, à des rapports cimentés par le temps, à des organismes politiques qui avaient à se défendre contre leurs voisins, à des individualités nationales taillées sur un autre patron et à une mesure différente qu'en Amérique. (, Principes de géographie humaine, 1921, p. 248)
44. ... mes yeux tombĂšrent sur ces lignes soulignĂ©es deux fois par le prĂȘtre : « Mes frĂšres, renouvelez-vous dans votre Ăąme et revĂȘtez-vous de l'homme nouveau. » Ces mots s'adaptaient si bien Ă ma situation actuelle que je les lus et relus en me les rĂ©pĂ©tant tout haut, comme revivifiĂ© par la suggestion de cet appel. (, Nos actes nous suivent, 1926, p. 22)
45. Si la monnaie et les changes s'adaptent frĂ©quemment, Ă l'Ă©poque contemporaine, aux salaires, c'est pour beaucoup de raisons sociologiques et historiques qui n'intĂ©ressent pas l'Ă©conomiste en tant que tel. Mais la rigiditĂ© d'un revenu auquel d'autres facteurs s'adaptent au lieu qu'il s'y adapte remet en question le mĂ©canisme mĂȘme de l'adaptation Ă©conomique tel qu'il est figurĂ© par l'interdĂ©pendance gĂ©nĂ©rale et rĂ©ciproque de toutes les quantitĂ©s. (, L'Ăconomie du XX e siĂšcle, 1964, pp. 27-28)
46. Ce qui est dit de la firme peut ĂȘtre dit de toute unitĂ© Ă©conomique. Chacune agit dans un environnement plastique. Elle cherche Ă atteindre ses propres buts en s'adaptant Ă l'environnement rigide et en modifiant l'environnement plastique. (, L'Ăconomie du XX e siĂšcle, 1964, p. 308)
Remarque : 1. La prép. usuelle devant le compl. obj. second. du verbe adapter est à , except. dans (ex. 2), pour (ex. 22) ou avec (s'adapter avec : « concorder avec ») :
47. Tiens, pendant que j'y pense, il y a longtemps, du reste, que je voulais vous demander cela â comment sont donc organisĂ©s vos offices? Ils ne s'adaptent pas avec ceux que dĂ©taille mon eucologe. (, En route, t. 2, 1895, p. 131)
Remarque : 2. Le compl. prép. reste trÚs souvent implicite, parce que clairement suggéré par le cont. De là un emploi gén., bien illustré par les ex. 34, 35, 36 (un de ces mots commodes qu'on a toujours sur soi : s'adapter) et représentatif d'une certaine éthique de civilisation, qui, lorsqu'il est l'obj. d'une crit. systématique ou iron., connote une nuance gén. péj. de résignation (cf. infra styl. 2).
Stylistique
1. En dehors de sa valeur techn. concr. (I A), adapter exprime essentiellement l'idĂ©e d'une mise en rapport voulue ou subie, concr. ou abstr., c.-Ă -d. d'une appropriation, d'un ajustement, d'une adĂ©quation, d'une accommodation. Sans y acquĂ©rir le statut de terme strictement techn., il convient particuliĂšrement aux domaines de la biol. (cf. I B 3 b et II B 4) et de l'Ă©con. (ibid.). La technicitĂ© est plus nette dans le domaine des B.-A. et notamment en litt. (cf. I C). 2. Lorsque le terme passe dans la lang. de la philos. et de la psychol., on glisse frĂ©quemment de l'idĂ©e d'un ajustement librement voulu et Ă valeur mĂ©liorative Ă celle d'un ajustement plus ou moins forcĂ© et Ă valeur plus ou moins pĂ©j. (cf. adapter ou s'adapter aux conditions, aux circonstances, aux besoins, aux exigences, au milieu). De lĂ une valeur Ă la fois pĂ©j. et iron. dans certains emplois : 48. On s'inclinait docilement devant les Allemands. IsolĂ©s, les fermiers n'avaient mĂȘme pas pensĂ© Ă la rĂ©sistance, trop Ăąpres au gain, trop attachĂ©s Ă leurs terres et leur bĂ©tail pour accepter de les perdre. On s'Ă©tait soumis, adaptĂ©s avec une rĂ©signation humiliante. M. Van der Meersch, Invasion 14, 1935, p. 27. 49. Et mĂȘme si je rĂ©ussis Ă neutraliser leur passĂ©, quel avenir ai-je Ă leur offrir? J'estompe les peurs, je lime les rĂȘves, je rogne les dĂ©sirs, j'adapte, j'adapte, mais Ă quoi les adapterai-je? Je ne vois plus rien autour de moi qui tienne debout. S. de Beauvoir, Les Mandarins, 1954, p. 30. Cette valeur n'est pas la seule; on constate cependant que pour redonner une valeur mĂ©liorative au verbe, celui-ci est souvent accompagnĂ© d'un adv. Ă valeur superlative-mĂ©liorative (cf. ex. 37, 41, 42, 44); Ă l'idĂ©e de rĂ©signation se substituent alors celles d'aisance et de souplesse (cf. l'ambiguĂŻtĂ© de la valeur attachĂ©e Ă ce dernier mot).
Prononciation
[adapte], j'adapte [Êadapt]. Enq. : /adapt./ Conjug. parler.
Ătymologie et histoire
1. 1270 trans. adapter a « appliquer (qqc.) à » suj. et obj. inanimĂ©s, sens propre (?) (Introd. d'Astron., Bibl. nat. 1353, f° 33a ds Gdf. Compl. : Quand ad Mercure puet meauz estre adaptee cele des epicercles); ca 1300 id. « id. » emploi fig. (MacĂ©, Bible en vers, f° 118 [Cantique], 1re col. ds LittrĂ© : L'odor de ta boche en tel guise Sera come l'odor de pomes; Et nous cete odor adaptomes Tot plainement Ă la doctrine [d'apr. Herzog, Lexicalisches aus MacĂ© de la CharitĂ©, Vienne, 1909 : adapter ceste odor a la doctrine « damit vergleichen »]); 1492 rĂ©fl. soi adapter contre « aller, dans son application, contre (les intĂ©rĂȘts de qqn) », d'un inanimĂ© (N. Gilles, Annales, II, f° 155 ds Gdf. Compl. : Et fut trouvĂ© que la dicte sentence se adaptoit directement contre ledit duc de Bourgoigne et ses adherens et non contre aultre);
2. 1405 rĂ©fl. soi adapter a « se prĂ©parer Ă (qqc.), d'une personne » (Adv. a Is. de Bav., Bibl. nat., f° 7b, ibid. : Le roy doit cognoistre sa condition et sa complexion et doit par le conseil de ses phisiciens soy adapter a besoigner continuelment es besoignes de son royaume). Empr. au lat. adaptare, au sens propre « ajuster à » dep. SuĂ©tone, Otho, 12 ds TLL s.v., 569, 71 (seule attest. av. lat. chrĂ©t.); emploi fig. frĂ©q. en lat. chrĂ©t. (IrĂ©nĂ©e, 1, 3, 6, ibid., 569, 78 : ad figmentum... adaptantes parabolas); cf. avec soi adapter contre (d'un inanimĂ©) : IrĂ©nĂ©e, 2, 5, 3, ibid., 569, 81; haec autem omnia adversus omnes... adaptabuntur, d'oĂč 1; 2 dep. IrĂ©nĂ©e, 1, 13, 3, ibid., 570, 11 : adapta te ut sponsa sustinens sponsum suum (cf. GrĂ©g. de Tours, Hist. Fr., 7, 29, ibid., 570, 12 : se ad percutiendum aptat), ce sens est en lat. class. rendu par aptare.
2. 1405 rĂ©fl. soi adapter a « se prĂ©parer Ă (qqc.), d'une personne » (Adv. a Is. de Bav., Bibl. nat., f° 7b, ibid. : Le roy doit cognoistre sa condition et sa complexion et doit par le conseil de ses phisiciens soy adapter a besoigner continuelment es besoignes de son royaume). Empr. au lat. adaptare, au sens propre « ajuster à » dep. SuĂ©tone, Otho, 12 ds TLL s.v., 569, 71 (seule attest. av. lat. chrĂ©t.); emploi fig. frĂ©q. en lat. chrĂ©t. (IrĂ©nĂ©e, 1, 3, 6, ibid., 569, 78 : ad figmentum... adaptantes parabolas); cf. avec soi adapter contre (d'un inanimĂ©) : IrĂ©nĂ©e, 2, 5, 3, ibid., 569, 81; haec autem omnia adversus omnes... adaptabuntur, d'oĂč 1; 2 dep. IrĂ©nĂ©e, 1, 13, 3, ibid., 570, 11 : adapta te ut sponsa sustinens sponsum suum (cf. GrĂ©g. de Tours, Hist. Fr., 7, 29, ibid., 570, 12 : se ad percutiendum aptat), ce sens est en lat. class. rendu par aptare.
Statistiques
Fréq. abs. litt. : 692. Fréq. rel. litt. : xixe s. : a) 372, b) 435; xxe s. : a) 1 137, b) 1 705.
Bibliographie
Bailly (R.) 1969. â Bar 1960. â Baulig 1956. â BĂ©l. 1957. â Caput 1969. â Chabat t. 1 1875. â Ăd. 1913. â Foulq.-St-Jean 1962. â Giraud 1956. â Jossier 1881. â Laf. Suppl. 1878. â Miq. 1967. â Timm. 1892. â Voyenne 1967.