Emma Marcegaglia, patronne et pasionaria
Elle a résisté à Berlusconi et fait de l'emploi des femmes sa priorité. Portrait de la présidente du patronat italien
Passer la publicité Passer la publicitéP-DG du leader européen de la transformation de l'acier, cette quadra flamboyante dirige le patronat italien. Parmi ses hauts faits d'armes, la résistance à Berlusconi. Sa priorité aujourd'hui ? Défendre le travail des femmes. Portrait d'une insoumise.
Pour connaĂźtre Emma Marcegaglia, il faut plonger d'emblĂ©e dans l'univers qui a forgĂ© son enfance : la rĂ©gion industrielle de Mantoue, Ă deux heures de Milan. Plus exactement, Gazoldo degli Ippoliti, ancien village pauvre de 2500 habitants, dont 1000 sont aujourd'hui salariĂ©s du groupe Marcegaglia, leader europĂ©en de la transformation de l'acier (4,2 milliards d'euros de C.A.), fondĂ© en 1959 par son pĂšre, Steno, dont elle est aujourd'hui p-dg. Cet hĂ©ritage lui a valu une liste de surnoms agrĂ©ables â "la Femme d'acier", "Black&Decker"...
Passer la publicitĂ©Et une position inĂ©dite en Italie. PremiĂšre prĂ©sidente de la Confindustria (le patronat italien) dans un pays oĂč seules 47% des femmes travaillent, Emma offre le visage d'une femme moderne, ancrĂ©e dans le milieu traditionnel et puissant des industriels du Nord. C'est ici, au siĂšge social du groupe, dans son bureau de verre et d'acier, qu'elle nous reçoit. CriniĂšre blonde, regard direct, sourire immĂ©diatement sympathique. Emma Marcegaglia aime faire mentir sa rĂ©putation d'intraitable.
Ălue Ă la Confindustria avec 95% des voix
Son parcours ? Elle le doit, en grande partie, Ă son Ă©ducation : "Mes parents m'ont Ă©levĂ©e comme mon frĂšre", explique-t- elle d'emblĂ©e. DiplĂŽmĂ©e de la prestigieuse universitĂ© Bocconi Ă Milan, elle enchaĂźne avec un MBA Ă la New York University. "Chaque fois que mon pĂšre m'appelait, il me disait : "N'oublie pas tu dois revenir travailler ici !"" Ce qu'elle fit, donc, en commençant par diriger la filiale tourisme du groupe familial. Ă la mĂȘme Ă©poque, elle est Ă©lue premiĂšre femme Ă la tĂȘte des jeunes entrepreneurs au sein de la Confindustria. "C'Ă©tait une façon de dĂ©velopper mon propre territoire, sourit-elle. Quand vous avez un pĂšre comme le mien, ou bien vous acceptez la compĂ©tition ou bien vous faites autre chose. J'ai choisi la premiĂšre option." En 2008, juste avant la crise, elle est Ă©lue avec 95% des voix Ă la tĂȘte de la Confindustria.
"Mes parents m'ont élevée comme mon frÚre"
En 2008, juste avant la crise, elle est Ă©lue avec 95% des voix Ă la tĂȘte de la Confindustria. "J'en avais envie depuis trĂšs longtemps, admet-elle avec fiertĂ©. J'avais tous les entrepreneurs derriĂšre moi. Petit Ă petit, mes concurrents se sont inclinĂ©s." Le plus difficile fut peut-ĂȘtre de durer. Emma passe deux jours Ă Rome â siĂšge de la Confindustria â et le reste de la semaine Ă Mantoue. PrĂ©side soixante-deux assemblĂ©es par an. Et affronte Ă la fois une crise Ă©conomique majeure, les critiques en interne et Berlusconi. Elle garde enmĂ©moire cette sĂ©ance oĂč le Cavaliere l'a publiquement comparĂ©e aux " veline" (ces show girls qui envahissent les plateaux tĂ©lĂ© en Italie). " Emmae st la femme qui l'a fait tomber, affirme un proche, car elle lui a fait perdre l'appui de son Ă©lectorat de base. Les derniers mois, elle n'a eu de cesse de demander sa dĂ©mission. Elle lui en veut d'avoir engagĂ© si peu de rĂ©formes alors qu'il avait pour lui la majoritĂ©."
Prochaine étape : l'Europe ?
Le plus dur, ce furent les campagnes dirigĂ©es contre elle. "Surtout les attaques personnelles, poursuit-elle. On m'a traitĂ©e d'idiote, d'hystĂ©rique." Face Ă l'adversitĂ©, Emma peut compter sur le soutien sans faille de sa famille, de ses proches, les mĂȘmes depuis l'Ă©cole. " Certaines de mes amies ont des problĂšmes avec leurs maris qui acceptent mal qu'elles aient du pouvoir. Ce n'est vraiment pas mon cas. Mon mari m'encourage Ă©normĂ©ment. La semaine, nous alternons notre prĂ©sence auprĂšs de notre fille Gaia, 9 ans. Nous nous retrouvons le week-end."
Si elle admet un goĂ»t prononcĂ© pour la mode italienne â Gucci et Dolce&Gabbana en tĂȘte â et les sacs Chanel, Emma cultive aussi un cĂŽtĂ© low-profile. "Mieux vaut une famille pauvre dans une entreprise riche que l'inverse", rĂ©pĂ©tait son pĂšre. Ce jour-lĂ , les plateaux-repas â rĂŽti de porc et Ă©pinards... â, servis dans son bureau, en sont l'illustration : ici, l'ambiance est au travail avant tout. Les dirigeants de PME, meilleurs soutiens d'Emma, se reconnaissent dans cette attitude.
Passer la publicitĂ©ConcrĂšte dans ses propositions â le gouvernement vient de faire passer les rĂ©formes structurelles qu'elle prĂŽnait dĂ©jĂ en 2008 â, elle dĂ©fend aussi le travail des femmes. "Si notre croissance reste faible, c'est en partie dĂ» au taux d'occupation trop bas de la population. Il faut aider financiĂšrement les entreprises qui embauchent des femmes, crĂ©er plus de places dans les crĂšches et les garderies." En mai prochain, Emma laissera sa place Ă la tĂȘte de la Confindustria. Elle qui dit vouloir continuer Ă aider son pays aura-t-elle d'autres ambitions, en Europe notamment ? Elle esquive, mais ne dit pas non... Pour l'heure, l'urgence est au bout du fil et s'appelle Gaia. "Parfois, je rentre Ă©nervĂ©e Ă la maison. Elle veut jouer Ă la poupĂ©e. Ă la maison, c'est elle qui commande, plaisante-t-elle. Alors je lui obĂ©is et j'oublie tout." La relĂšve semble assurĂ©e...











