Aller au contenu

Transpac

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Transpac a été un réseau public français de transmission de données à commutation de paquets qui a été ouvert par la société Transpac en 1978[1],[2]. Il était fondé sur la génération de standard dit X.25, un standard pour lequel les informaticiens du CNET puis du CCETT avaient joué le rÎle moteur[3]. Ce réseau a été partie prenante du réseau mondial X.25 qui, avant Internet, a permis des transmissions de données dans le monde entier [3],[4]. Créé au départ pour une clientÚle professionnelle, il a permis ultérieurement, avec les terminaux grand public Minitel, le développement en France de services télématiques précurseurs de ceux d'Internet[5],[6].

Confronté à la concurrence d'Internet, alors que l'évolution de la filiÚre technologique X.25 en fonction de l'évolution des besoins et des moyens n'avait pas eu lieu, et alors que l'utilisation du réseau par le Minitel s'amenuisait fortement, Transpac a été fermé en [7].

Les standards utilisés

[modifier | modifier le code]

Les services offerts par Transpac Ă©taient ceux des standards internationaux Ă©tablis par le CCITT Ă  partir de 1976, et fondĂ©s sur le principe des circuits virtuels. Souvent dĂ©signĂ©s globalement sous le titre global de «X.25», ils comprenaient : (1) l'Avis X.25 proprement dit, pour l'utilisation du rĂ©seau par les ordinateurs aptes Ă  formater eux-mĂȘmes des paquets de donnĂ©es[8] ; (2) les Avis X.3, X.28 et X.29[9],[10],[11], pour l'utilisation du rĂ©seau par les terminaux «lĂ©gers» fonctionnant en mode caractĂšre, et pour les entrĂ©es d'ordinateurs faites pour accueillir directement ce type de terminaux ; (3) l'Avis X.75 pour l'interconnexion des rĂ©seaux[12].

Le choix par le CCITT des circuits virtuels pour ses standards, de prĂ©fĂ©rence Ă  l'autre technique de commutation de paquets identifiĂ©e Ă  l'Ă©poque, les datagrammes, rĂ©sultait d'une initiative française pilotĂ©e par l'informaticien RĂ©mi DesprĂ©s. Elle avait rapidement rencontrĂ© l'adhĂ©sion de futurs opĂ©rateurs de rĂ©seau Ă  commutation de paquets[13] : au Canada, oĂč les concepteurs du rĂ©seau Datapac avaient un temps envisagĂ© d'offrir un service Ă  base de datagrammes ; aux États-Unis, oĂč le concepteur et directeur d'Arpanet[14], Larry Roberts, s'Ă©tait indĂ©pendamment convaincu que les circuits virtuels Ă©taient le service qui rĂ©pondait aux besoins du marchĂ©[15] ; au Royaume Uni, trĂšs impliquĂ© dans le lancement du rĂ©seau europĂ©en Euronet ; au Japon avec le projet de la NTT [5],[4].

Principaux contributeurs Ă  X.25 en mars 1996
Principaux contributeurs Ă  X.25 en mars 1976 Ă  GenĂšve.

Le lancement

[modifier | modifier le code]

En , un appel d'offres international a Ă©tĂ© lancĂ© par la DGT. Il faisait suite Ă  l'annonce faite en 1973 par le Directeur gĂ©nĂ©ral des TĂ©lĂ©communications Louis-Joseph Libois de faire Ă©tudier par le CCETT les « conditions dans lesquelles un rĂ©seau public utilisant la technique de commutation par paquets pourrait ĂȘtre lancĂ© en France, et ce dĂšs 1976 »[16]. Elles Ă©taient techniquement trĂšs prĂ©cises concernant la rĂ©alisation des circuits virtuels. Sur exigence du MinistĂšre de l'Industrie, elles demandaient aussi aux soumissionnaires de proposer, Ă  leur façon, un service de datagrammes. Au vu des progrĂšs de la standardisation des circuits virtuels au CCITT, cette demande sera abandonnĂ©e avant mĂȘme la rĂ©ception des offres[16]. En , le consortium Sesa-TRT-TIT, qui Ă©tait Ă  la fois le mieux disant et dĂ©jĂ  dotĂ© d'une expĂ©rience dans le domaine, a Ă©tĂ© choisi pour la rĂ©alisation des commutateurs du rĂ©seau[17],[16].

Afin que les constructeurs d'ordinateurs soient prĂȘts pour l'ouverture de Transpac, plusieurs actions prĂ©paratoires avaient Ă©tĂ© engagĂ©es. (1) Des raccordements d'ordinateurs variĂ©s avaient Ă©tĂ© effectuĂ©s, en mode paquet, sur le rĂ©seau expĂ©rimental RCP[18] : un XDS 940, un Honeywell 6080, un IRIS 80 de la CII, des IBM 370/145 et 3271, un T 1600 de la TĂ©lĂ©mĂ©canique, et un Modular One du britannique Computer Technology Limited. Ainsi avait-il Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ©, d'une part la faisabilitĂ© Ă  un coĂ»t raisonnable et avec une bonne fiabilitĂ© d'un service Ă  base de circuits virtuels, d'autre part que, pour les constructeurs d'ordinateurs, utiliser un tel service Ă©tait faisable dans de bonnes conditions. (2) Des spĂ©cifications du protocole dĂ©taillĂ© Ă  respecter pour utiliser au mieux Transpac, avec les prĂ©cisions Ă  connaĂźtre au-delĂ  des seuls standards X.25 et X.3-28-29, ont Ă©tĂ© mises Ă  la disposition des constructeurs longtemps avant l'ouverture du rĂ©seau (les SpĂ©cifications Techniques d'Utilisation du RĂ©seau, dites STUR). (3) Un simulateur du comportement de Transpac, REX25, a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© au CCETT sur un mini-ordinateur Mitra 125 (le successeur du Mitra 15, d'abord dĂ©veloppĂ© par la CII, puis commercialisĂ© par la SEMS). Cet outil a Ă©tĂ© mis Ă  la disposition des constructeurs pour des sessions de dĂ©boggage de leurs logiciels[5].

La croissance

[modifier | modifier le code]

Transpac a rapidement connu une forte croissance : ouvert en 1978 avec 1 500 accĂšs directs possibles, il atteint 5 300 accĂšs effectifs en 1981, puis 10 000 en 1983, 21 500 en 1984 (une annĂ©e oĂč Internet en est encore Ă  1 000 ordinateurs raccordĂ©s[19]), et 31 000 en 1985[20].

Les applications professionnelles ont concernĂ© tous les secteurs d'activitĂ© avec, en 1985, 22 % dans l'industrie, 17 % dans les assurances, 13 % dans les administrations, et 13 % dans les banques et la finance[20]. Dans le secteur bancaire, Transpac a Ă©tĂ© utilisĂ© entre les distributeurs automatiques de billets et leurs serveurs par des liaisons permanentes. Il a aussi Ă©tĂ© le rĂ©seau via lequel les lecteurs de cartes bancaires des commerçants, qui y accĂ©daient au rĂ©seau par des communications tĂ©lĂ©phoniques locales, consultaient les serveurs des banques sollicitĂ©es. Au niveau mondial, la sociĂ©tĂ© Swift, qui gĂ©rait les Ă©changes interbancaires, a utilisĂ© le rĂ©seau X.25 international, de 1991 jusqu'en 2004 oĂč il a basculĂ© sur Internet.

Les applications rĂ©sidentielles ont connu une croissance trĂšs rapide aprĂšs que la direction gĂ©nĂ©rale des TĂ©lĂ©communications ait distribuĂ© gratuitement Ă  tous les abonnĂ©s au tĂ©lĂ©phone des Minitels. C'Ă©tait au dĂ©part pour son Annuaire Électronique, grĂące auquel les usagers pouvaient trouver les numĂ©ros des nouveaux abonnĂ©s au tĂ©lĂ©phone dĂšs leur mise en service, mais aussi, dans un deuxiĂšme temps, pour promouvoir la crĂ©ation de nouveaux services dits TĂ©lĂ©tel. Ceux-ci Ă©taient offerts sur des serveurs privĂ©es raccordĂ©s Ă  Transpac, les Minitels accĂ©dant au rĂ©seau par l'intermĂ©diaire de Points d'AccĂšs VidĂ©otex, les PAVI[21]. À la fin des annĂ©es 1980, le trafic Teletel contribuait pour prĂšs Ă  50 % au trafic total du rĂ©seau[4]. Selon une estimation citĂ©e par Altavista France et attribuĂ©e Ă  France TĂ©lĂ©com il y avait en 2000 « 9 millions de terminaux Minitel en service, dont un bon tiers sont en rĂ©alitĂ© des ordinateurs avec une Ă©mulation » et « 15 millions d'utilisateurs », au point que des sociĂ©tĂ©s amĂ©ricaines Yahoo! et Altavista ont ouvert leurs moteurs de recherche Ă  des accĂšs en mode Minitel[22].

Orange cesse la commercialisation du Transpac en 2012 et dĂ©sactive le dernier commutateur X.25 toujours en service en , signant par lĂ  mĂȘme la fin dĂ©finitive du rĂ©seau Transpac[23].

La qualité de service

[modifier | modifier le code]

La qualitĂ© de service a dĂšs l'origine fait l'objet d'un suivi dont les chiffres Ă©taient transmis au GERPAC (Groupement d’études pour l’Établissement du RĂ©seau Transpac), l'association des utilisateurs de Transpac[1]. Sauf pendant deux pĂ©riodes oĂč des bogues de jeunesse ont portĂ© atteinte Ă  cette qualitĂ©, elle a atteint le niveau Ă©levĂ© que sa conception permettait d'attendre.

Le premier incident a eu lieu en 1982 sous la forme de coupures aléatoires de communications. En raison d'une mauvaise réaction des commutateurs à certains cas de charge exceptionnellement élevée, leur cause a été promptement diagnostiquée et éliminée.

Le deuxiĂšme incident, plus grave, et de ce fait abondamment commentĂ© dans les mĂ©dias, a lieu en  : le , de trĂšs nombreux utilisateurs du Minitel subissent un arrĂȘt complet de service pendant une quinzaine de jours. Une fois corrigĂ©e la faute logicielle en cause dans la commande des commutateurs, le service redevient dĂ©finitivement normal, et avec un bon niveau de sĂ©curitĂ©[16],[24]. La saturation des commutateurs est liĂ©e au lancement du nouveau service Kiosque qui permet aux 3615 d'exister. Les banques et les grandes entreprises sont touchĂ©es. Le TĂ©lĂ©tel est relancĂ© en ligne le [25].

Le fonctionnement interne

[modifier | modifier le code]

En interne, Transpac a utilisĂ© la « commutation d'Ă©tiquettes», une technique oĂč tous les paquets d'une mĂȘme communication suivent le mĂȘme chemin, choisi au moment oĂč celle-ci est Ă©tablie[4]. Cela lui assurait, par rapport Ă  un fonctionnement interne en mode datagramme, une meilleure efficacitĂ© en transmission et en commutation : en transmission, grĂące Ă  la suppression du besoin de rĂ©pĂ©ter dans chaque paquet une adresse de source et une adresse de destination ; en commutation, grĂące Ă  la suppression du besoin d'analyser dans chaque commutateur traversĂ©, et pour chaque paquet, la route Ă  emprunter en fonction de son adresse de destination. C'est un principe qui a notamment Ă©tĂ© repris dans Internet pour son Multiprotocol Label Switching[26].

Par rapport Ă  d'autres rĂ©seaux qui, comme Datapac et Telenet[27], ont utilisĂ© en interne un routage de datagrammes pour offrir le mĂȘme service de circuits virtuels X.25, cela avait de plus les avantages de la simplicitĂ©, notamment pour rendre effective la diffĂ©rentiation des classes de service que proposait X.25. Le service offert par un rĂ©seau public se devait en effet d'ĂȘtre adaptĂ© Ă  tous les types d'Ă©quipements utilisateurs, et donc Ă  ceux qui, tout en Ă©tant privĂ©s, sont eux-mĂȘmes des rĂ©seaux. Le protocole X.25 Ă©tait donc, Ă  quelque dĂ©tails prĂšs, applicable Ă  l'interconnexion de rĂ©seaux d'opĂ©rateurs (c'est l'Avis X.75). Mais il Ă©tait donc aussi utilisable entre les nƓuds voisins d'un mĂȘme rĂ©seau. Avant de figurer dans les spĂ©cifications de Transpac, ce principe simplificateur avait Ă©tĂ© testĂ© avec succĂšs sur le rĂ©seau expĂ©rimental RCP[28].

Transpac était relié dÚs le début à Euronet, réseau de banques de données scientifiques[29].

En 1987, la société Cogecom rend public un accÚs non sécurisé dans le réseau Transpac à l'ensemble des numéros de téléphone « secrets » utilisés par les plus hauts membres du Gouvernement français et étrangers et les grands chefs d'entreprise. La faille avait initialement été découverte par Xavier Niel, qui avait créé un programme de recherche exhaustive pour récupérer tous les numéros dans la base[30].

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. 1 2 Philippe Picard, « Transpac »,
  2. ↑ « 1978-79 - Transpac, le coup d'envoi est donné », 01 Business Forum
  3. 1 2 RĂ©mi DesprĂ©s, « Le standard mondial X.25 d’avant Internet et le rĂ©seau français Transpac », sur Telecom Paris Alumni, (consultĂ© le )
  4. 1 2 3 4 (en) Rémi Després, « X.25 Virtual Circuits - Transpac in France - Pre-Internet Data Networking »,
  5. 1 2 3 Rémi Després, « Il était une fois, avant Internet, un réseau mondial X2.5, Transpac en France, et des constructeurs français qui exportaient »,
  6. ↑ « Du Minitel Ă  l'Internet », INA
  7. ↑ « Minitel, dernier rappel : arrĂȘt dĂ©finitif le 30 juin 2012 »
  8. ↑ « X.25 : Interface entre Ă©quipement terminal de traitement de donnĂ©es et Ă©quipement de terminaison de circuit de donnĂ©es pour terminaux fonctionnant en mode paquet et raccordĂ©s par circuit spĂ©cialisĂ© Ă  des rĂ©seaux publics pour donnĂ©es (version d'octobre 1976) »
  9. ↑ « X.3 : Service ComplĂ©mentaire D'Assemblage et de DĂ©sassemblage de Paquets (ADP) dans un RĂ©seau Public pour DonnĂ©es (version de novembre 1988) »
  10. ↑ « X.28 : Interface ETTD/ETCD pour l'AccĂšs d'un ETTD Arythmique au Service ComplĂ©mentaire d'Assemblage et de DĂ©sassemblage de Paquets (ADP) dans un RĂ©seau Public pour DonnĂ©es SituĂ© dans le MĂȘme Pays (version de novembre 1988) »
  11. ↑ « X.29 : ProcĂ©dures d'Échange d'Informations de Commande et de DonnĂ©es d'Usager Entre un Service ComplĂ©mentaire d'Assemblage et de DĂ©sassemblage de Paquets (ADP) et un ETTD Fonctionnant en Mode-Paquet (ETTD-P) ou un Autre ADP (version de novembre 1988) (ETTD-P) OU UN AUTRE ADP »
  12. ↑ « X.75 : SystĂšme de Signalisation Ă  Commutatrion par Paquets Entre RĂ©seaux Publics Assurant des Services de Transmission de DonnĂ©es (version de novembre 1988) »
  13. ↑ (en) A. Rybczynski, B. Wessler, R. DesprĂ©s, J. Wedlake, « A New Communications Protocol for Accessing Data Networks », NCC conference,‎
  14. ↑ (en) « Internet Hall of Fame - Remembering Lawrence Roberts (1937-2018) »)
  15. ↑ (en) Larry Roberts, « The evolution of packet switching »,
  16. 1 2 3 4 Guy Pichon, « Les débuts du réseau Transpac »,
  17. ↑ ValĂ©rie Schafer, La France en RĂ©seaux (1960-1980), Cigref - Nuvis,
  18. ↑ (en) Alain Bache, Louis Guillou, HervĂ© Layec, Bernard Lorig, Yves Matras, « RCP, the Experimental Packet-Switched Data Transmission Service of the French PTT: History, Connections, Control »,
  19. ↑ William Slater, « Internet History and Growth », ISOC
  20. 1 2 ValĂ©rie Schafer, « Évolution du nombre d'accĂšs directs commerciaux Ă  Transpac (1979 - 1985) »
  21. ↑ « Minitel - TĂ©lĂ©tel - VidĂ©otex - Audiotel - PAVI - CTA »
  22. ↑ « 3615 Altavista ou le Web en mode texte sur Minitel »
  23. ↑ Pierre Col, « X25, c’est fini ! », sur ZDNET, (consultĂ© le )
  24. ↑ Christian GĂąteau, « Le rĂ©seau Transpac et la norme X 25 : la sĂ©curitĂ© du transport de l’information »,
  25. ↑ Éric Le Boucher, « Une panne vite oubliĂ©e », Le Monde,‎ (lire en ligne, consultĂ© le )
  26. ↑ (en) « RFC3031 - Multiprotocol Label Switching Architecture »,
  27. ↑ (en) « X.75 Internetworking of Datapac and Telenet »
  28. ↑ (en) RĂ©mi DesprĂ©s, « RCP The Experimental Packet-Switched Data Transmission Service of the French PTT », ICCC,
  29. ↑ Anny Maximin, « Bases et banques de donnĂ©es juridiques et Ă©conomiques françaises », sur bbf.enssib.fr, (consultĂ© le )
  30. ↑ [vidĂ©o] « SystĂšme Transpac : dĂ©couverte de numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone confidentiels | INA » (consultĂ© le )