Toto (groupe)
| Pays d'origine |
|
|---|---|
| Genre musical |
Pop rock Soft rock Jazz fusion Rock progressif |
| Années actives | 1976–2008, 2010–2019, depuis 2022 |
| Labels |
Columbia Records Frontiers Records Legacy Recordings |
| Site officiel | https://totoofficial.com/ |
| Membres |
Steve Lukather Joseph Williams |
|---|---|
| Membres additionnels |
Shannon Forrest Warren Ham John Pierce Dennis Atlas Rai Thistlethwayte |
| Anciens membres |
Jeff Porcaro (†) Mike Porcaro (†) Fergie Frederiksen (†) Bobby Kimball Jean-Michel Byron Simon Phillips David Hungate Keith Carlock David Paich Steve Porcaro Lenny Castro Greg Phillinganes |
Toto est un groupe américain de rock, originaire de Los Angeles, en Californie. Il est formé en 1976 par Jeff Porcaro (batterie) et David Paich (claviers), auxquels se joignent Steve Lukather (guitare), Steve Porcaro (claviers), David Hungate (basse) et Bobby Kimball (chant). Après des débuts prometteurs, le groupe atteint la consécration dans les années 1980 avec son album Toto IV. En 1982, Mike Porcaro remplace David Hungate à la basse. En moins de dix ans, Toto change plusieurs fois de chanteur principal, engageant Fergie Frederiksen, Joseph Williams puis Jean-Michel Byron. En , Toto doit faire face à la mort de son membre cofondateur, Jeff Porcaro, remplacé par Simon Phillips.
Dans les années 2000, le groupe connaît un nouveau changement dans ses rangs avec le retour de Bobby Kimball au chant, le retrait de David Paich, remplacé par Greg Phillinganes, et le départ forcé de Mike Porcaro, atteint d'une sclérose latérale amyotrophique. La formation se sépare brièvement en 2008, avant de se reformer en 2010 afin de soutenir son bassiste, dont les soins sont de plus en plus coûteux. Ce dernier meurt des suites de la maladie en 2015. La même année, le groupe sort l'album Toto XIV, marquant le retour de Joseph Williams au chant et de David Hungate à la basse. Par ailleurs, Simon Phillips quitte le groupe pour être remplacé par Keith Carlock puis par Shannon Forrest.
En 2018, le groupe célèbre ses quarante années d'existence depuis son premier album studio. Une ultime tournée internationale est planifiée jusqu'en , date à laquelle le guitariste Steve Lukather annonce la dissolution du groupe sous sa dernière forme à la suite d'une différend juridique avec la famille Porcaro. Après la pandémie de Covid-19, Steve Lukather et Joseph Williams reprennent le répertoire du groupe sous le nom The Dogz Of Oz avec de nouveaux musiciens.
Entre 1978 et 2019, Toto enregistre quatorze disques studio vendus à quarante millions d'exemplaires et six album live. Le groupe remporte par ailleurs sept Grammy Awards et il est introduit au Musicians Hall of Fame and Museum de Nashville. La musique de Toto évolue durant ses quatre décennies de carrière. Le groupe mélange les genres musicaux tels que le rock, la pop et le jazz fusion. Des chansons telles que Hold the Line, Africa, Rosanna sont devenues des classiques du groupe et ont contribué à sa notoriété internationale.
Histoire
[modifier | modifier le code]Formation de Rural Still Life puis de Toto (1970-1977)
[modifier | modifier le code]
Au début des années 1970, à Los Angeles, deux amis de lycée, David Paich et Jeff Porcaro, ont pour ambition de monter leur propre groupe de rock. Ils se rencontrent pendant leurs études au Grant High School et sont tous deux issus de familles de musiciens[GT 1],[H 1]. David Paich est le fils d'un compositeur et chef d'orchestre renommé, Marty Paich, tandis que le père de Jeff Porcaro est percussionniste de jazz[GT 2],[GT 3]. Les deux hommes font partie du même orchestre pour une émission de télévision et amènent régulièrement leurs jeunes fils musiciens, qui font connaissance dans le studio en pratiquant leurs instruments[H 2]. Jeff Porcaro se fait rapidement une renommée auprès des studios, étant réputé pour son groove et sa capacité à jouer tous les styles de musique[H 3]. Les deux jeunes hommes deviennent des musiciens expérimentés et collaborent avec Steely Dan sur deux de ses albums au milieu des années 1970[GT 1].
Afin de former leur propre groupe, David Paich et Jeff Porcaro recrutent le claviériste Steve Porcaro, le cadet de la fratrie et le bassiste David Hungate, qui a notamment joué avec Sonny and Cher et Alice Cooper[M 1]. Le groupe adopte le nom provisoire de Rural Still Life et souhaite dans un premier temps effectuer des reprises de Steely Dan[L 1],[LR 1]. La jeune formation reprend également des titres de Jimi Hendrix et joue lors de bals ou de soirées au lycée[BD 1]. Le guitariste Steve Lukather fréquente le même établissement scolaire et connaît Steve Porcaro par l’intermédiaire de leur professeur de musique[LR 1]. Il rejoint le groupe en 1976 alors qu'il est âgé de dix-neuf ans, après avoir été auditionné au sein du studio personnel de Joe Porcaro[LR 1]. Il admire particulièrement Jeff Porcaro, qui suit ses progrès[LR 2]. « Il était comme un frère. Un mentor. Lui et toute sa famille m'ont aidé à percer », déclare t-il à propos du batteur[GT 4]. Tout comme ses camarades, Lukather accorde beaucoup d'importance sur le travail en studio, ce qui lui permet de jouer et de progresser sur tous les styles de musique[gb 1].
Puis, Bobby Kimball complète la formation en tant que chanteur principal, après avoir rencontré les autres membres en 1977. Il déclare : « Paich et Porcaro m'ont demandé si j'accepterais de venir chanter avec le groupe qu'ils étaient en train de former. Je savais que tous les deux étaient parmi les meilleurs musiciens que j'ai jamais entendus, alors je leur ai dit que j'adorerais faire partie de leur formation »[GT 5]. Lors de son audition, il amène les paroles d'une chanson qu'il a écrite, You Are the Flower, qui figure sur le premier album l'année suivante[LR 3]. Les musiciens se réunissent pour choisir un nom définitif au groupe tout juste formé. Selon Steve Lukather, Jeff Porcaro et David Paich visionnent le dessin animé Le Magicien d'Oz et choisissent le nom de Toto[LR 4]. En effet, l'un des personnages du film est un chien du nom de Toto[GP 1]. Le batteur choisit également ce nom car il souhaite également que la formation expérimente plusieurs genres musicaux, et la signification du nom en latin va dans ce sens. David Paich réfute quant à lui la référence au film Le Magicien d'Oz et parle d'un « nom simple, facile à mémoriser, comme Kodak par exemple ». Il ajoute que le nom a été formé par Jeff Porcaro à l'aide d'un jeu de Scrabble[Li 1].
Des débuts prometteurs : Toto, Hydra et Turn Back (1977-1981)
[modifier | modifier le code]
En 1977, le groupe signe son premier contrat avec le label Columbia Records et enregistre son premier album Toto, qui sort en octobre l'année suivante. David Paich et Jeff Porcaro se montrent particulièrement enthousiastes lors de l'enregistrement, notamment lors du solo de guitare exécuté par Lukather sur le premier single du groupe Hold the Line[LR 5]. La chanson, composée en une nuit par David Paich, atteint la cinquième place au Billboard Hot 100[GT 6],[GT 7]. À la suite de ce succès, Toto est nommé pour la première fois de sa carrière à la cérémonie des Grammy Awards de 1979 pour la catégorie « meilleur nouvel artiste », face à Elvis Costello, The Cars et A Taste of Honey, mais ne remporte pas de récompense[GT 8],[GT 9].
Le groupe enchaine avec l'enregistrement de l'album Hydra la même année, dont chaque morceau est écrit par David Paich[GT 10]. Malgré ses qualités, l'album ne permet pas à Toto de concrétiser le succès engendré par son prédécesseur[1]. En effet, le single 99, qui rend hommage au film THX 1138 n'atteint que la vingt-sixième position des classements musicaux américains[2]. Steve Lukather salue le travail fourni par la formation mais souligne que « tout est allé un peu vite pour le groupe »[2]. Après une tournée internationale en 1980, Toto s'oriente vers un registre plus rock, retourne en studio et enregistre l'album Turn Back, qui s'avère être un échec commercial[GT 11]. Toto subit de nombreuses critiques qui dépassent le cadre artistique de la part de la presse rock américaine. Steve Lukather se souvient de propos outrageux rédigés par certains journalistes : « Lors de la pénurie mondiale de pétrole de 1978, un type a écrit qu'il faudrait interdire le pressage de nos albums et le gaspillage de pétrole. Un autre a même souhaité que nos parents aient été stérilisés pour que nous ne soyons jamais nés et n'ayons jamais eu la chance de faire de la musique »[LR 6].
À la suite de ce deuxième échec consécutif, la maison de disque Columbia Records fait pression sur le groupe en le menaçant de rompre son contrat si les ventes du prochain album ne sont pas meilleures[GT 12]. David Paich reconnaît pour sa part qu'à cette époque, Toto veut prouver qu'il est un groupe pouvant jouer du rock 'n' roll sur scène, ne mesurant pas la baisse de créativité et de sensibilité des paroles des albums Hydra et Turn Back par rapport à Toto. Steve Lukather conclut en précisant qu'au moment de la sortie de Turn Back, Toto est toujours « à la recherche de son propre son »[3]. L'album demeure néanmoins important dans la mémoire du guitariste, puisqu'il signe sa première composition pour le groupe, Live For Today[GT 12]. Bobby Kimball traverse quant à lui une période difficile de sa vie puisqu'il est brièvement arrêté en pour avoir vendu de la cocaïne à un policier sous couverture[4].
Africa et Rosanna : le succès de Toto IV (1982–1983)
[modifier | modifier le code]
Suite à l'échec commercial de Turn Back, le groupe décide de réagir et prévoit l'enregistrement d'un nouvel album. Afin de satisfaire les attentes du label Columbia Records, Steve Lukather déclare : « Nous allons faire ce que nous faisons de mieux »[5]. Le guitariste admet que la pression est intense, mais prévoit un album composé de « chansons mariant le rock'n'roll à des grooves funk et qui sonnent bien à la radio »[LR 7]. De nombreux musiciens sont sollicités pour l'enregistrement de l'album, dont les percussionnistes Lenny Castro et Joe Porcaro, le saxophoniste Tom Scott, ou encore Marty Paich[6]. Toto investit tout d'abord les studios Sunset Sound Recorders et Ocean Way Recording à Los Angeles, où la plupart du travail d'enregistrement et de mixage de Toto IV a lieu entre fin 1981 et début 1982[7]. Le groupe fait appel à l'ingénieur du son Al Schmitt pour réaliser ce travail[LR 7]. Dix chansons sont choisies pour figurer sur l'album. Le travail d'écriture et de composition est principalement effectué par David Paich. Steve Lukather signe pour sa part une nouvelle composition avec le groupe, avec le titre I Won't Hold You Back[8]. Cette ballade sentimentale inspire de nombreux fans du guitariste, et aide son ami Steve Perry à surmonter une rupture amoureuse avec sa petite amie de l'époque[LR 8]. Steve Porcaro écrit et compose pour sa part le morceau It's a Feeling[6].
Alors que l'enregistrement de Toto IV se termine et que la sortie de l'album est prévue pour , David Hungate accueille la naissance de son fils. Ne souhaitant pas participer à la tournée prévue pour la sortie de l'album, il déménage à Nashville afin de se consacrer à sa vie de famille[M 1]. Il déclare : « Je venais de déménager à Nashville et une nouvelle vie s'offrait à moi. Mais la principale raison est la naissance de mon fils. [...] Ce fut la décision la plus difficile que j'ai jamais eu à prendre »[M 1]. Hungate est remplacé par Mike Porcaro, frère de Jeff et Steve, lequel participe aux dernières phases d'enregistrements, en jouant de plus du violoncelle sur le titre Good for You[M 2]. Bassiste au caractère discret, Mike Porcaro est néanmoins, comme ses compagnons, un musicien de studio ayant plusieurs années d'expérience[gb 2]. Il joue notamment avec des artistes comme Lenny Castro, Christopher Cross ou Kiss[GT 13].
Toto IV paraît le dans le monde entier[5]. Cinq singles en sont extraits : Rosanna, Make Believe, Africa, I Won't Hold You Back et Waiting for Your Love[8]. Le succès est inédit pour le groupe puisque la chanson Africa se hisse en première position du classement au Billboard Hot 100 le . Ajoutée au dernier moment sur l'album, la chanson demeure le seul titre du groupe à en occuper la première place[H 4]. David Paich est inspiré par les documentaires de la National Geographic sur l'Afrique pour l'écriture de la chanson, notamment les problèmes liés à la guerre, la famine et la sécheresse[JS 1]. Rosanna occupe la deuxième place de ce même classement durant cinq semaines consécutives à partir du [9]. Paich s'inspire de l'actrice Rosanna Arquette, qui vit une relation amoureuse tumultueuse avec Steve Porcaro, pour le titre de la chanson[LR 9]. Jeff Porcaro signe pour sa part une partie de batterie en shuffle qui devient une référence pour les batteurs du monde entier[GT 14]. Toto IV atteint la quatrième place au Billboard 200 le [10]. Ce succès permet au groupe d'effectuer une tournée internationale jusqu'au Japon, où le public est particulièrement réceptif[LR 9].
Collaborations musicales et Grammy Awards (1983-1984)
[modifier | modifier le code]
Le succès commercial engendré par l'album donne au groupe des perspectives de collaborations musicales prestigieuses. Michael Jackson invite plusieurs membres du groupe à participer à l'enregistrement de son album Thriller, prévu entre avril et . Steve Lukather se lie d'amitié avec le guitariste Eddie Van Halen et les deux hommes signent leur principale collaboration sur le titre Beat It[GT 15]. David Paich et Jeff Porcaro sont également conviés aux séances d'enregistrement[11]. Steve Porcaro apporte également sa pierre à l'édifice en écrivant la ballade Human Nature[LR 10]. En multipliant les collaborations, les quatre hommes deviennent des musiciens de studio recherchés sur la côte ouest des États-Unis. « Entre nous quatre, nous prenions tous les appels et exécutions des sessions enregistrements du matin au soir, tous les jours de notre vie », déclare Steve Lukather[LR 11].
En 1983, Toto participe à la 25e cérémonie des Grammy Awards, qui a lieu le à Los Angeles[12]. Il s'agit de la deuxième participation du groupe à cette institution après sa nomination au Grammy Award du meilleur nouvel artiste en 1979. La production propose par ailleurs à Toto de jouer en direct lors de la soirée, ce que Jeff Porcaro refuse, craignant que les performances vocales de Bobby Kimball ne soient pas à la hauteur[LR 11]. Les efforts fournis par Toto sont toutefois récompensés puisque pour l'album Toto IV, les musiciens et le personnel technique reçoivent un total de vingt-huit nominations et six récompenses : album de l'année (Toto IV), chanson de l'année (Rosanna), producteur de l'année (Toto), meilleur arrangement instrumental (Rosanna), meilleur arrangement vocal (Rosanna), meilleur ingénieur d’enregistrement (Toto IV)[13]. Après cinq années de carrière, le groupe obtient ainsi la reconnaissance critique tant attendue[GT 16].

En 1984, après le succès international de Toto IV, le groupe décide d'enregistrer son unique bande originale de film pour Dune, un film de science-fiction de David Lynch lui-même adapté du roman de Frank Herbert. David Paich est particulièrement enthousiaste à l'idée de participer au projet, décrit comme « le prochain Star Wars »[GT 17]. Le groupe reçoit simultanément une autre proposition pour participer au film Footloose, réalisé par Herbert Ross mais décline l'offre au profit de celle de Lynch[LR 12]. Le film n'atteint pas le succès escompté, bien que, selon Steve Lukather, le groupe s'y soit pleinement investi[LR 12]. D'après le guitariste, Dune sonne davantage comme un disque solo de David Paich qu'un album de Toto[gb 3]. Le travail de la formation est de nouveau salué lors de la 26e cérémonie des Grammy Awards puisque l'album Thriller de Michael Jackson remporte huit récompenses et demeure un succès commercial inégalé[JS 2].
Isolation : passage éphémère de Fergie Frederiksen (1984-1985)
[modifier | modifier le code]Malgré ce succès, Toto connaît de premières tensions entre ses membres. Le comportement de Bobby Kimball pose problème, et notamment sa consommation de drogues qui ternissent ses performances vocales[GT 18]. Bien que ses camarades soient également des consommateurs réguliers, Kimball est le seul membre dont les conséquences de ses prises de drogues se font immédiatement ressentir[gb 3]. En outre, Kimball s'isole des autres membres du groupe et est plus âgé que ses collègues[LR 13]. Malgré plusieurs avertissements émis à son encontre, le chanteur n'arrive pas à calmer sa dépendance, et est finalement renvoyé par Jeff Porcaro[LR 14]. « On m'a demandé de partir. Ce n'était pas mon choix » déclare t-il[GT 18]. Selon lui, de nombreuses tensions liées à l'argent et à la drogue sont apparues après le succès de Toto IV, et il est le seul en avoir injustement fait les frais[GP 2]. Les problèmes subsistent les années suivantes puisque le groupe lui intente un procès pour l'utilisation abusive du nom de Toto à des fins promotionnelles[GP 2].
Privé de chanteur principal, le groupe propose tout d'abord à Richard Page, membre du groupe Mr. Mister de rejoindre ses rangs, mais celui-ci est contraint de refuser, étant déjà engagé avec le label RCA Records[LR 15],[LR 16]. Puis, sur une proposition du bassiste de Styx Ricky Phillips, Fergie Frederiksen, un chanteur danois est auditionné et recruté[GT 18]. Sa tessiture est particulièrement appréciée lors de son audition, et notamment sa capacité à monter dans les aigus[LR 16]. Frederiksen participe dans la foulée à l'enregistrement de l'album Isolation, qui sort en [GT 19]. Sa présence oriente le groupe vers des influences musicales plus rock que sur Toto IV[S 1].
Malgré l'ambition du groupe d'égaler les ventes de son album précédent, le disque n’obtient pas le succès attendu, mais se place à la 42e place au Billboard 200[GT 20]. Il obtient néanmoins un disque d'or aux États-Unis, et rencontre encore plus de succès au Japon avec un triple disque de platine[LR 17]. De nouvelles tensions éclatent rapidement entre David Paich et Fergie Frederiksen, tout juste engagé. En effet, depuis les débuts du groupe en 1977, Paich impose dans ses compositions des performances vocales particulièrement exigeantes de la part de ses chanteurs[LR 18].
Toto investit plusieurs centaines milliers de dollars dans la tournée américaine qui suit la sortie de l'album et choisit de réserver des salles plus grandes, profitant de sa notoriété grandissante[LR 19]. Cependant, les ventes de billets s'avèrent difficiles et certains concerts ne sont remplis qu'à moitié[LR 19] Malgré les répétitions, David Paich est insatisfait du travail de Frederiksen, et celui-ci est remercié en 1985 au terme de la tournée[GT 21]. Steve Lukather se souvient de prestations inégales, tantôt « excellentes » en concert, mais parfois « mauvaises » en studio[LR 18]. Le guitariste reconnaît néanmoins les qualités humaines de Frederiksen et admet qu'aucun membre du groupe n'a osé lui annoncer son éviction. « La chose la plus douloureuse était que Fergie était le gars le plus sympa que l'on pouvait espérer rencontrer et que nous l’appréciions tous », déclare t-il[LR 20].
Fahrenheit et The Seventh One : les années Joseph Williams (1986-1989)
[modifier | modifier le code]
De nouveau à la recherche de sa voix principale, Toto fait passer plusieurs auditions. Le chanteur Eric Martin est convié chez David Paich, recommandé par Steve Lukather, afin d'interpréter la chanson Could This Be Love, écrite pour le prochain album du groupe. Sa prestation ne convainc toutefois pas le membre fondateur de Toto, et il n'est pas engagé[LR 21]. Pendant ce temps, le nom de Joseph Williams circule dans les conversations du groupe. Fils du compositeur John Williams, Joseph a déjà collaboré avec Steve Lukather en 1982. Le guitariste a également joué avec son frère batteur dans les années 1970. Il est par ailleurs claviériste, auteur et producteur[LR 22]. Auditionné dans le studio personnel de Jeff Porcaro, Joseph Williams s'intègre immédiatement et est aussitôt recruté[LR 22].
En 1986, après avoir retrouvé la cohésion entre ses membres, Toto enregistre l'album Fahrenheit. La power ballad I'll Be Over You, chantée par Steve Lukather avec la collaboration de Michaeal McDonald, se distingue et atteint la onzième place au Billboard Hot 100[GT 22]. D'autres artistes participent à l'enregistrement de l'album Fahrenheit, comme Don Henley sur la chanson Lea écrite par Steve Porcaro ou encore Miles Davis sur l'instrumental jazz fusion Don't Stop Me Now[LR 23]. Le groupe est si impressionné et honoré de sa présence qu'il laisse carte blanche au trompettiste pour jouer par dessus le morceau[LR 24]. Toto effectue une nouvelle tournée internationale au cours de laquelle les membres sont en harmonie et où le public est au rendez-vous, particulièrement en Europe[LR 25]. Le retour du groupe sur le sol américain est marquée par une pause, au cours de laquelle chacun des membres se consacre à sa famille. Jeff Porcaro accueille par exemple son deuxième enfant, tandis que son frère Mike Porcaro se marie[GT 23].
Toto investit trois studios à Los Angeles pour l'enregistrement de son album suivant[GT 24]. Alors que la formation renoue durablement avec le succès et semble stable, Steve Porcaro annonce brutalement son départ du groupe, au grand dam de Steve Lukather[LR 26]. Le benjamin de la fratrie Porcaro ne se sent en effet plus en phase artistiquement avec le reste du groupe et souhaite être crédité comme simple musicien additionnel sur le prochain album en préparation[LR 26],[LR 27]. Steve Porcaro choisit par ailleurs de se concentrer sur sa famille et sa carrière en solo de compositeur de musique de films[GT 25].The Seventh One est publié au début de l'année 1988 et compte cinq singles : Pamela, Stop Loving You, Straight for the Heart, Anna et Mushanga. Le groupe, qui n'a pas l'habitude de proposer des textes politiques, écrit par ailleurs une de ses premières chansons engagées, Home of the Brave[GT 26].
Après la sortie de l'album, le groupe effectue une nouvelle tournée, et les titres Stop Loving You et Pamela rencontrent un franc succès auprès du public européen, qui devient le continent de prédilection du groupe lors de ses concerts[LR 28]. Toutefois, malgré une tournée à succès dans des salles pleines, une nouvelle ombre noircit le tableau du groupe. Joseph Williams est contraint de quitter la formation pour consommation excessive de cocaïne, à l'instar de Bobby Kimball quelques années plus tôt[GT 27]. Suite à l'éviction de Williams, les membres de Toto ressentent de nouveau le besoin de faire une pause ; Steve Lukather entame pour sa part une carrière en solo et publie son premier album, intitulé Lukather[GT 28]. Le guitariste souhaite en effet développer un jeu plus rock qu'avec Toto et enregistre son disque avec Eddie Van Halen, Steve Stevens, Richard Marx et Ian Hammer[GW 1].
Past to Present et la mort de Jeffrey Porcaro (1990–1992)
[modifier | modifier le code]
En 1990, Toto rencontre le batteur et producteur Bobby Colomby. Celui-ci suggère divers changements artistiques au sein du groupe et propose d'engager le chanteur Sud-africain Jean-Michel Byron. Les deux hommes apportent une démo d'une chanson écrite par Byron, Love Has the Power[LR 29]. Steve Lukather fait part de son étonnement, et en discute avec Jeff Porcaro, qui le rassure en l'informant que Byron serait engagé sur un disque compilation et serait aussitôt remercié s'il ne fait pas l'affaire[LR 30]. Le label Columbia Records, par l’intermédiaire de nouveau président Don Ienner, insiste en effet pour le groupe produise son premier best-of après dix ans de carrière[GT 29]. Bobby Kimball est contacté pour participer à l'enregistrement d'un titre inédit, composé par David Paich et Joseph Williams, intitulé Goin' Home[LR 29],[LR 30]. Cependant, la chanson est mise de côté au profit de quatre autres inédites écrites et chantées par Byron et figurant sur la compilation Past to Present 1977-1990 : Love Has the Power, Out of Love, Can You Hear What I'm Saying et Animal[GW 2],[GT 30].
Bien que le succès commercial de l'album soit au rendez-vous, notamment en Europe, la tournée prévue par la suite se déroule dans des conditions délétères. Jean-Michel Byron est en effet incapable de s'intégrer à Toto, se montre trop égoïste sur scène et affiche un égo démesuré. Lors d'une représentation, le chanteur enfile même un gant blanc afin d'imiter Michael Jackson, ce qui outre particulièrement Steve Lukather[GT 31]. Byron est relégué au second plan au fur et à mesure de l'avancée de la tournée, puis se sépare de la formation à la fin de celle-ci[GT 32]. Le concert enregistré en VHS à Paris en est une démonstration de l'échec de la tournée : plusieurs chansons initialement prévues dans la setlist ne sont pas jouées[GT 32],[GT 33]. « Vers la fin de la tournée, c'était devenu clair, il n'avait rien en commun avec aucun de nous », admet le guitariste[gw 1].
Toujours à la recherche de son chanteur principal, le groupe se concerte et choisit finalement de confier la tâche à Steve Lukather. « J'ai dû beaucoup travailler pour me sentir prêt à chanter deux heures minimum, tenir la guitare en même temps et être un peu le leader du groupe », confie t-il[gw 2]. La choriste Jenny Douglas-Mc Rae le seconde et assure quant à elle le chant sur le titres les parties les plus hautes[GB 1]. Toto commence en parallèle l'écriture de son nouvel album et fait un passage au Montreux Jazz Festival de 1991 où il y interprète deux titres inédits, Jake to the Bone et Kingdom of Desire[GT 34]. Le groupe prend un virage artistique important, guidé par les influences hard rock de Steve Lukather, avec un son plus électrique et « dépouillé »[T 1]. Jeff Porcaro déclare à propos de cette décision : « On n'a plus vraiment de voix haute et cinq chœurs, la musique a changé d'orientation. C'est franchement plus rock, plus bluesy aussi »[H 5]. Toto enregistre l'album Kingdom of Desire en 1992 en tant que quatuor soudé, désireux d'aller de l'avant[H 6]. Peu avant la sortie de l'album, le groupe fait un passage remarqué lors d'une soirée au National Association of Music Merchants Show en y interprétant de nouveau l'instrumental Jake to the Bone[H 7].
Alors que le groupe prépare la sortie de l'album pour le mois de , Jeff Porcaro est victime d'un accident domestique à son domicile le . Alors qu'il pulvérise un insecticide dans son jardin, il inhale involontairement le produit[gw 1]. Ne se sentant pas bien, il décide d'aller se doucher, mais est pris de vertiges à la sortie de sa salle de bains et s'effrondre[H 8]. Son épouse prévient les secours, et il est héliporté à l'hôpital. Steve Lukather, qui a prévu de passer la soirée en compagnie du batteur, est informé par la femme de Mike Porcaro que le reste de la famille est au chevet de Jeff au Westlake Hospital de Los Angeles[LR 31]. Malgré les tentatives de réanimation, Jeff Porcaro meurt d'un arrêt cardiorespiratoire quatre heures plus tard. L'autopsie révèle que le batteur souffre d'une insuffisance cardiaque non diagnostiquée dans le passé[H 8]. Une rumeur circule sur les circonstances de sa mort, insinuant une surdose de cocaïne, mais celle-ci est démentie[S 2]. Ses obsèques ont lieu quelques jours plus tard au Forest Lawn Memorial Park et plusieurs de ses amis l'accompagnent au son de tambours en bandoulière lors de son inhumation