Riverina
La Riverina est une région agricole située au centre de la partie méridionale de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie.
Constituée de plaines au climat tempéré chaud et disposant de grandes quantités d'eau pour l'irrigation, la Riverina est l’une des principales régions agricoles australiennes, tant par la quantité que par la diversité de ses productions.
La région n'a pas de limite officielle : elle correspond aux zones de culture et d'élevage limitées à l'est par la Cordillère australienne, au nord par la rivière Lachlan, au sud par l'État de Victoria (ou le fleuve Murray qui sert de frontière entre les deux États) et à l'ouest par les zones incultes du Far West australien[1].
Peuplée depuis plus de 40 000 ans par les Aborigènes et depuis le milieu du XIXe siècle par les Européens, la Riverina a d'abord été une région d'élevage fournissant viande et laine au marché australien ou étranger. Au début du XXe siècle, le développement de l'irrigation a permis la culture du riz et de la vigne. Les transports se sont faits d'abord par barques et chars à bœufs, puis le développement des techniques et l’essor économique de la région ont permis de créer des liaisons routières et ferroviaires vers les grandes villes comme Sydney, Melbourne et Adélaïde.
Les villes (Cities) de Wagga Wagga, Albury et Griffith sont les principaux centres économiques et culturels. Les deux premières accueillent l'université Charles Sturt, le seul établissement d'enseignement supérieur de la région. Wagga Wagga dispose de deux bases militaires.

Origine du nom
[modifier | modifier le code]Le nom de Riverina est dû à John Dunmore Lang ( – ), un pasteur presbytérien partisan de grandes réformes politiques dans l'Australie de son époque, notamment l'autonomie des régions et l'arrêt de l'envoi de bagnards. Il avait traduit et fait paraître, le , dans un journal local, le Albury Border Post, une nouvelle espagnole : Riverine Colony. Cette nouvelle raconte la vie des habitants d'une région d'Amérique du Sud qui avaient décidé de prendre leur autonomie[2]. L'histoire eut beaucoup de succès, et les noms officiels de la région (districts du Lachlan et du Murrumbidgee) tombèrent en désuétude et furent remplacés par le nom officieux de Riverina.
Géographie
[modifier | modifier le code]Dans sa majeure partie, la Riverina est une plaine alluviale quaternaire formée des dépôts charriés depuis 15 000 à 30 000 ans à partir de la Cordillère australienne par les trois grands cours d'eau qui la traversent d'est en ouest : le Lachlan au nord, le Murrumbidgee au centre et le Murray au sud[3]. La région présente quelques collines moutonnantes à l'est mais elle devient très vite complètement plate avec une altitude moyenne n'atteignant pas les 200 mètres. La partie ouest consiste essentiellement en une plaine monotone couverte d'arroches.
Le sous-sol de la région comprend plusieurs cuvettes et bassins sédimentaires. Il semble que l'ouest de la Riverina – où la couche d'alluvions atteint parfois 500 mètres d'épaisseur – soit la prolongation des sous-sols trouvés autour de Ballarat et Bendigo dans l'État de Victoria, tandis que l'est est occupé par la partie ouest de la Lachlan fold belt. Il se pourrait que le sous-sol de la région abrite des réserves de houille, de pétrole, de gaz, de gypse, d'or, de métaux (zinc, nickel, cuivre, etc), de métaux lourds, de diamants[3],[4].
Les sols sont généralement sablonneux avec des dépôts d'argile — brune ou grise — dans les zones inondables.
La région, située dans le bassin de la Murray–Darling, est traversée par des rivières qui coulent d'est en ouest : le fleuve Murray (avec un de ses bras : la rivière Edward), les rivières Murrumbidgee, Lachlan et Billabong. La majeure partie de l'eau de ces cours d'eau est prélevée pour différentes utilisations : en 2001–2002, 52 % de l'eau du Murray et de la Murrumbidgee était ainsi prélevée ; 77 % de l'eau prélevée était utilisée pour l'irrigation[5].
Climat
[modifier | modifier le code]La Riverina est classée par le bureau de météorologie australien (Bureau of Meteorology) comme une région chaude et sèche avec des hivers froids[6]. Il peut faire très chaud en été dans la journée (44,8 °C le à Wagga Wagga) et très froid la nuit en hiver (−6,3 °C le dans la même ville)[6]. Les températures maximales moyennes vont, à Wagga Wagga, de 31 °C en janvier à 12,4 °C en juillet et à Hillston de 32,2 °C en janvier à 14,8 °C en juillet[7].
Les précipitations sont généralement assez faibles avec une moyenne annuelle sur la plus grande partie de la région allant de 250 à 500 mm, atteignant 500 à 800 mm sur la bordure est. Les pluies tombent généralement en hiver dans le nord de la Riverina et autour de Hay[8] tandis que dans le sud, elles sont à peu près équitablement réparties sur toute l'année. Corowa, située au sud-est, a une moyenne de précipitation de 539,4 mm par an[9] tandis que Hay n'a que 367,2 mm[10].
2006 a été l'année la plus sèche jamais connue pour des villes comme Lockhart, Tarcutta et Narrandera[11].
Flore et faune
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Le Service des parcs et de la vie sauvage[N 1] du ministère de l'Environnement et du Changement climatique[N 2] a divisé l'État en 17 biorégions (régions qui ont le même type de faune et de flore). La biorégion de la Riverina est une zone qui comprend la plus grande partie de la région géographique, mais qui s'étend aussi jusque dans l'État voisin de Victoria et va d'Ivanhoe au nord jusqu'à Bendigo au sud et de Narrandera à l'est à Balranald à l'ouest. 74,03 % de la biorégion sont situés en Nouvelle-Galles du Sud (et représentent un peu moins de 9 % de la surface totale de l'État), le reste est dans l'État de Victoria[12].
Les rivières sont bordées, en plaine, de gommiers rouges (Eucalyptus camaldulensis) et d'Acacia stenophylla. Les régions un peu plus hautes possèdent des gommiers noirs (Eucalyptus largiflorens), des plantes vertes, des buissons halophytes ainsi que des pâquerettes dans les zones ombragées. Les eucalyptus à miel (Eucalyptus melliodora), Eucalyptus microcarpa et Callitris glaucophylla poussent dans les régions rarement inondées. Les zones éloignées des rivières sont dépourvues d'arbres et couvertes d'herbes halophytes comme les arroches, de buissons comme ceux d'une espèce endémique en Australie, Maireana aphylla de la famille des Chenopodiaceae, et différentes espèces de graminées des genres Danthonia et Stipa[13].
La faune de la région comprend des animaux arboricoles, notamment des écureuils volants comme le planeur de sucre (Petaurus breviceps), le phalanger de Norfolk (Petaurus norfolcensis), l'acrobate pygmée (Acrobates pygmaeus) et des koalas (Phascolarctos cinereus). Une grande variété d'oiseaux niche dans la région, y compris des oiseaux migrateurs.
L'introduction de nouvelles espèces, le débroussaillage, la mise en culture et le pâturage ont malheureusement fait diminuer la diversité de la flore et de la faune de cette région[13].
Histoire
[modifier | modifier le code]Histoire des colons
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Il semble que les Aborigènes aient occupé la région pendant 40 000 ans[14]. Les principales populations de la région sont les Wiradjuri, les Nari, les Mudi, les Gurendji et les Yida-Yida. Le long du Murray vivaient les Bangerang, les Yorta, les Baraba, les Wamba, les Wadi et les Dadi. Les cours d'eau jouaient un rôle primordial dans la vie des Aborigènes comme réserve de nourriture avec les animaux et les plantes vivant là et comme voies de communication et de commerce.
Le premier explorateur européen de la région fut John Oxley, qui, en 1817, suivit le cours de la rivière Lachlan jusqu'à l'emplacement actuel de la ville de Booligal[14]. Oxley fut suivi par Charles Sturt qui descendit la rivière Murrumbidgee jusqu'au lac Alexandrina en Australie-Méridionale dans les années 1828 à 1831[15] puis par le Major Thomas Mitchell, qui, en 1836, alla jusque dans la région de Wimmera dans l'État de Victoria[16].
Les premiers troupeaux firent leur apparition dans la région peu après en progressant depuis l'Australie méridionale, le long du Murray et de la Murrumbidgee pour arriver à Hay en 1839. Moulamein, dans l'ouest de la Riverina, peut légitimement revendiquer le titre de ville la plus ancienne de la région[17] et par conséquent prétendre être plus vieille que Melbourne[18].
Les colons entrèrent souvent en conflit avec les Aborigènes. La ville de Moulamein conserve jalousement son vieux palais de justice où étaient parfois jugés des meurtres entre Européens et Aborigènes – mais le plus souvent le meurtrier traversait le Murray pour passer dans l'État voisin et échapper à la loi[18]. Dans la région de Narrandera, une bataille opposa colons et Aborigènes au lieu connu actuellement sous le nom de Massacre Island et on raconte qu'il n'y eut qu'un survivant[19].

L'élevage des bovins fut la principale ressource agricole de la région dans les années 1840 puis, dans les années 1860, ce fut le tour de celui des ovins[14]. À cette époque, beaucoup d'habitants de l'État de Victoria venaient s'installer dans la Riverina pour élever des bovins et des ovins qui servaient à nourrir les chercheurs d'or de la région sud de l'État de Victoria. Dans les années 1860 et 1870, des colons allemands vinrent de la vallée Barossa, en Australie-Méridionale, pour s'installer dans l'est de la Riverina. En 1869, 56 familles de colons allemands vinrent créer la ville de Walla Walla[20]. La ville de Holbrook fut appelée « Germanton » à l'origine et abandonna ce nom pendant la Première Guerre mondiale pour prendre celui d'un officier australien[21].
Dunmore Lang — le traducteur de Riverine colony — joua un rôle dans le court mouvement de sécession que connut la région dans les années 1860. Le mouvement fut inspiré par le succès des mouvements de sécession des actuels États du Queensland et du Victoria. Le but était d'obtenir plus de subventions pour la région et de conserver les conditions avantageuses dont bénéficiaient les fermiers pour les baux de leurs terres. Le mouvement prit de l'ampleur à Deniliquin et Albury. Il fut mené par Dunmore Lang associé au parlementaire Gideon Lang — ils n'étaient pas parents —, à d'importants fermiers et aux rédacteurs du journal local George Mott et David Jones[22]. Le point culminant de leur action fut les pétitions adressées au gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, Sir John Young, et au secrétaire d'état britannique aux Colonies, Edward Cardwell[22],[23]. Mais peu après, le mouvement s'essouffla par suite de désaccords apparus entre les fermiers eux-mêmes d'une part et entre les petits fermiers et les citadins d'autre part, de sorte que les revendications devinrent confuses avec des problèmes de tarifs intercoloniaux, de liaisons ferroviaires et s'arrêta[22].
Néanmoins, un nouveau mouvement séparatiste apparaît dans la région pendant la Grande Dépression. Mené par Charles Hardy, il se caractérise par un conservatisme rural opposé à la répudiation de la dette extérieure de la Nouvelle-Galles du Sud décidée à Sydney par Jack Lang[24].
Histoire des transports
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À partir de 1853, la Riverina fut reliée aux principaux marchés agricoles par une flotte de bateaux qui descendaient le Murray et la Murrumbidgee jusqu'aux ports de Mannum et Goolwa en Australie-Méridionale[25],[26] et à partir de 1864 jusqu'à Echuca qui était reliée à Melbourne[27] par le rail. Les bateaux remontaient jusqu'à Gundagai sur la Murrumbidgee et Albury sur le Murray et des villes comme Darlington Point, Narrandera et Moulamein[12],[19],[28],[29] devinrent d'importants ports fluviaux. L'ère des bateaux atteignit son apogée dans les années 1870–1890, déclinant avec l'arrivée du chemin de fer avant de s'achever avec la Première Guerre mondiale[29].
Depuis Melbourne, le rail (à voie large) arriva à Deniliquin en 1876 et vers l'ouest à Moulamein et Balranald en 1926[27] (le tronçon de voie entre Moulamein et Balranald fut fermé dans les années 1980 après de graves dégâts causés à la voie par des inondations). La section est atteignit Wodonga en 1873 puis Albury en 1883. La ligne Melbourne-Shepparton fut prolongée jusqu'à Tocumwal en 1908 et la ligne Melbourne-Yarrawonga fut prolongée jusqu'à Oaklands en 1938. Les chemins de fer victoriens commencèrent la construction d'une voie de chemin de fer entre Robinvale et Koorakee puis Lette en Nouvelle-Galles du Sud en 1924, mais cette ligne ne fut jamais achevée. Le pont construit sur le Murray entre Robinvale et Euston fut transformé de ce fait en pont routier. Une autre ligne fut construite entre Kerang et Murrabit en 1924 puis prolongée jusqu'à Stony Crossing en 1928[30]. La ligne a été fermée en 1943.
À partir de Sydney, le chemin de fer (voie standard de 1 435 mm) arriva à Cootamundra et Junee en 1878 et la construction d'un pont sur la Murrubidgee en 1881 permit de prolonger la ligne de Wagga Wagga à Henty et Albury l'année suivante. Une antenne fut prolongée jusqu'à Temora en 1893, Barellan en 1908, Griffith en 1916 et Hillston en 1923. Plus vers le sud, une voie fut construite depuis Junee jusqu'à Narrandera en 1881, puis Hay en 1882. Une autre ligne fut construite de Narrandera jusqu'à la frontière avec l'État de Victoria, atteignant Jerilderie en 1884 et Tocumwal en 1898.
Bandits de grands chemins
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En même temps que les transports se développaient, la région fut parcourue par des bandits de grands chemins.
Entre 1862 et 1865, la région entre Wagga Wagga et Albury fut sous la menace de Dan « Mad Dog » Morgan. Après avoir été reconnu coupable de vol à main armée, il fut condamné à douze ans de prison puis relâché au bout de six ans. Il s'attaqua à un officier de police Henry Baylis près d'Urana en 1863. En 1864, Morgan s'attaqua à une grande propriété agricole près de Morven et tua un employé de la ferme, John McLean. Un mois plus tard, le , il tua de sang-froid un policier, le sergent David Maginnity, près de Tumbarumba. Une prime de 1 000 £ fut offerte pour sa capture et il fut abattu par la police le près de Wangaratta, dans l'État de Victoria, alors qu'il avait attaqué une nouvelle ferme[31].
Un autre bandit, Ned Kelly, réalisa son coup le plus audacieux dans la Riverina, à Jerilderie, en 1879. Venus de l'État du Victoria, Kelly et sa bande firent prisonniers dans une opération insensée les deux policiers locaux et s'emparèrent de leurs uniformes. Ils s'en servirent pour aller cambrioler l'agence locale de la banque de Nouvelle-Galles du Sud, enfermèrent tous les habitants qu'ils trouvèrent dans l'hôtel et tinrent ainsi toute la ville sous leur coupe pendant plusieurs jours. Pendant qu'il était à Jerilderie, Ned Kelly rédigea et chercha à faire imprimer pour la publier sa célèbre lettre dite « lettre de Jerilderie », un manifeste de 8 000 mots qui condamne le comportement de l'administration coloniale de l'État de Victoria vis-à-vis des colons et surtout des Irlandais. Incapable de trouver l'imprimeur du journal local, il laissa son manifeste à un membre de la direction de la banque et repartit au Victoria plus riche de 2 000 £[32].
Riverina et fédération australienne
[modifier | modifier le code]La proximité géographique et les liens culturels entre la Riverina et le nord de l’État de Victoria associés à un sentiment permanent d’injustice dû aux droits de