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Mortification

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Mortification par flagellation.

La mortification est une pratique d'ascÚse religieuse qui consiste à s'imposer une souffrance, en général physique, dans un but expiatoire et pour progresser dans le domaine spirituel.

L'expression « mortification corporelle » s'emploie habituellement dans le contexte de la religion catholique oĂč cette pratique a Ă©tĂ© abondamment thĂ©matisĂ©e. Au sein de la plupart des religions, on retrouve Ă©galement des pratiques de mortification et plus gĂ©nĂ©ralement d'ascĂ©tisme.

Étymologie et signification

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Le terme de « mortification », et le verbe « mortifier » qui lui est associĂ©, viennent du latin mortificare, littĂ©ralement « faire mourir ». Dans la langue courante, le mot signifie une humiliation ou une contrariĂ©tĂ© imposĂ©e Ă  quelqu’un. Il possĂšde cependant dans le christianisme une histoire et une signification spĂ©cifiques.

Celles-ci trouvent leur origine dans les Ă©crits de Saint Paul, lorsqu’il oppose la vie « selon l’Esprit » (du Christ) Ă  la vie « selon la chair » (le pĂ©chĂ©) : « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Mais si par l’Esprit vous faites mourir les Ɠuvres du corps, vous vivrez » (Rm 8,13) ; « Mortifiez donc vos membres terrestres : fornication, impuretĂ©, passion coupable, mauvais dĂ©sirs, et cette cupiditĂ© qui est une idolĂątrie  » (Col 3,5). En latin, « faire mourir » et « mortifier » se traduisent par le verbe mortificare, et c’est par ce biais que le terme de mortification s’est introduit dans le vocabulaire chrĂ©tien. Il s’est gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă  l’époque moderne pour dĂ©signer, de façon technique, les diverses pratiques par lesquelles on cherche mĂ©thodiquement Ă  soumettre l’ensemble des facultĂ©s humaines Ă  la volontĂ© et, plus fondamentalement, Ă  Dieu.

Dans le catholicisme

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Saint JérÎme pénitent de Georges de La Tour (1625), musée de Grenoble.

La mortification consiste Ă  contrarier volontairement une inclination, soit en se privant d’une satisfaction, soit en s’imposant une action pĂ©nible voire une souffrance. Elle favorise ainsi le « renoncement Ă  soi-mĂȘme » qui permet de se tourner vers le prochain par amour de Dieu et de la Croix. À ce titre, la mortification est une nĂ©cessitĂ© reconnue, non sans nuances et accents divers, par tous les maĂźtres catholiques de vie spirituelle[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Elle a revĂȘtu, au long des siĂšcles, des formes variĂ©es, inspirĂ©es fondamentalement de la pratique du jeĂ»ne qui est explicitement recommandĂ©e dans l’Évangile : le jeĂ»ne, l’acceptation joyeuse des souffrances envoyĂ©es par Dieu dans le but de s'unir davantage aux souffrances que JĂ©sus-Christ subit pendant Sa Passion, l’obĂ©issance stricte des Dix commandements et de l’Évangile, la privation volontaire, sont les formes les plus communes de mortification dans la Tradition catholique.

Des tendances excessives n’ont jamais manquĂ©, qui pouvaient aboutir Ă  une recherche excessive de la souffrance et au mĂ©pris du corps dans le but de chĂątier son corps du pĂ©chĂ© et "mourir" par amour du Christ. À l’opposĂ©, des contestations de l’utilitĂ© de la mortification sont Ă©galement une constante de l’histoire de la spiritualitĂ© catholique. Face Ă  ces deux excĂšs, l’enseignement catholique sur la mortification peut se rĂ©sumer ainsi :

  • aucune vie authentiquement religieuse ne peut se dĂ©velopper sans la pratique de l'AscĂšse et de la mortification ;
  • la pratique catholique de la mortification doit toujours tendre Ă  la juste mesure, en Ă©vitant soigneusement une exagĂ©ration qui nuirait autant Ă  la santĂ© qu’à la qualitĂ© mĂȘme de la vie spirituelle.

L'abstinence volontaire de nourriture, communĂ©ment dĂ©signĂ©e sous le terme de jeĂ»ne, constitue une forme de mortification corporelle. Cette pratique a pour finalitĂ© de dĂ©tourner l'Ăąme des plaisirs Ă©phĂ©mĂšres, tels que la gourmandise, afin de l'Ă©lever vers des rĂ©alitĂ©s spirituelles plus hautes. En tant que moyen de sanctification, le jeĂ»ne participe Ă  la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s, sous rĂ©serve que le pĂ©nitent y engage son cƓur avec une intention sincĂšre d'expiation et un dĂ©sir authentique d'union Ă  la Passion du Christ. Ainsi, l'Ăąme se rapproche de son CrĂ©ateur. Un corps allĂ©gĂ© des excĂšs alimentaires devient plus apte Ă  se livrer aux exercices spirituels, facilitant l'Ă©lĂ©vation de l'Ăąme. Toutefois, il est impĂ©ratif d'adapter cette pratique aux besoins particuliers de chacun afin d'Ă©viter tout effet nĂ©faste sur la santĂ©. Dans cette optique, il est conseillĂ© de consulter un directeur spirituel, apte Ă  guider le choix des mortifications appropriĂ©es.

Les veilles, autre forme de mortification, se manifestent par une privation volontaire de sommeil. Elles visent à libérer le pénitent de la paresse, un obstacle à l'élévation spirituelle. Cependant, il est essentiel d'ajuster cette pratique au rythme biologique individuel, afin de préserver l'accomplissement des devoirs religieux. Seul un guide spirituel expérimenté est en mesure d'évaluer l'aptitude du pénitent à ces pratiques austÚres, tout en tenant compte de ses besoins et de ses limites.

En somme, la mortification s'inscrit dans la démarche de l'ùme qui, par amour de Dieu, endure la souffrance. Elle favorise le détachement des biens matériels et la transcendance des contraintes physiques, ouvrant ainsi la voie à une élévation spirituelle. L'ùme, ainsi purifiée, peut aspirer à une union plus profonde avec le divin, nourrissant une vie intérieure riche et profonde.[non neutre]

Mortification et pénitence dans la Bible

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Le terme de « mortification », en son sens actuel, n’appartient pas au vocabulaire biblique, bien qu’il soit fondĂ© sur les textes de saint Paul citĂ©s plus haut. En revanche, la rĂ©alitĂ© de pratiques volontairement pĂ©nibles, dans un but spirituel, est largement prĂ©sente dĂšs l’Ancien Testament.

Ancien Testament

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L’expression la plus connue, passĂ©e dans le langage courant, est celle du « sac et la cendre », acte pĂ©nitentiel consistant Ă  revĂȘtir un tissu pauvre et rugueux et Ă  se couvrir la tĂȘte de cendre. Le vĂȘtement rugueux, vĂȘtement de deuil, est Ă  l’origine du cilice. C’est en revĂȘtant le sac, ainsi qu’en jeĂ»nant et en dormant sur la terre nue, que le roi David exprime son repentir aprĂšs son adultĂšre et le meurtre d’Urie (cf. 2 S 12,16), et que le roi Achab s’humilie aprĂšs le meurtre de Naboth (cf. 1 R 21,27).

L’Ancien Testament atteste Ă©galement l’ampleur des motivations qui justifient ces pratiques : exprimer la conscience du pĂ©chĂ© et le repentir, manifester la fermetĂ© de la dĂ©cision de s’amender, mais, par-dessus tout, reconnaĂźtre de façon pratique la seigneurie de Dieu sur l’ensemble de la crĂ©ation. C’est le sens fondamental du sacrifice, dĂ©crit par exemple dans le livre du LĂ©vitique (cf. Lv 16,3-25).

Les prophĂštes mirent souvent en garde contre le risque de ritualisme et d’hypocrisie induit par ces pratiques, dĂšs lors qu’elles restent purement extĂ©rieures : « Les jours de jeĂ»ne, vous traitez des affaires et vous opprimez tous vos ouvriers. Or vous jeĂ»nez dans la dispute et la querelle et en frappant Ă  coups de poing le pauvre  » (Is 58,3-4). Aussi les prophĂštes insistent-ils sur les dispositions intĂ©rieures, manifestĂ©es dans des Ɠuvres de justice et de misĂ©ricorde : « Ne savez-vous pas le jeĂ»ne qui me plaĂźt ? oracle du Seigneur Yahvé : Rompre les chaĂźnes injustes, dĂ©lier les liens du joug, renvoyer libres les opprimĂ©s, briser tous les jougs ; partager ton pain avec l’affamĂ©, hĂ©berger les pauvres sans abri, vĂȘtir celui que tu vois nu  » (Is 58,6-7).

Les pratiques pĂ©nitentielles ne sont pas disqualifiĂ©es pour autant, elles restent nĂ©cessaires dĂšs lors qu’elles expriment les sentiments du cƓur : « Oracle de YahvĂ©, revenez Ă  moi de tout votre cƓur, dans le jeĂ»ne, les pleurs et les cris de deuil. DĂ©chirez vos cƓurs, et non vos vĂȘtements, revenez Ă  YahvĂ© votre Dieu, car il est tendresse et pitié » (Jl 2,12-13).

Nouveau Testament

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Le Nouveau Testament confirme cet enseignement, tout en introduisant une dimension nouvelle qui découle de la relation au Christ.

À la charniĂšre de l’Ancien et du Nouveau Testament, Jean-Baptiste offre le modĂšle d’une vie ascĂ©tique, orientĂ©e vers la venue du Royaume de Dieu. Il vit au dĂ©sert, vĂȘtu d’une peau de chameau et se nourrissant de sauterelles (cf. Mt 3,4).

Le Christ lui-mĂȘme n’a pas eu besoin de s’imposer des pĂ©nitences extraordinaires, en quoi il se distingue de Jean-Baptiste (cf. Mt 11,18). Il fera pourtant l’éloge du prĂ©curseur (Mt 11,7-8), et se retirera quarante jours au dĂ©sert pour y jeĂ»ner et prier, avant de commencer sa prĂ©dication (Mt 4,1-2). Il mĂšnera une vie austĂšre, de travail puis de prĂ©dication itinĂ©rante. À ses disciples, il demande d’abord d’observer les jeĂ»nes prescrits par la Loi, qu’il observait lui-mĂȘme (Mt 9,15). Il leur annonce qu’ils jeĂ»neront aprĂšs son dĂ©part (Mt 9,15), et que le jeĂ»ne, uni Ă  la priĂšre, les aidera Ă  lutter contre les pires dĂ©mons (Mc 9,29).

Au-delĂ  de ces prescriptions, le Christ enseigne surtout l’esprit dans lequel pratiquer le jeĂ»ne : sans ostentation et de façon joyeuse : « Pour toi, si tu jeĂ»nes, parfume-toi la tĂȘte et lave-toi le visage, afin de ne pas laisser voir aux hommes que tu jeĂ»nes, mais seulement Ă  ton PĂšre qui est prĂ©sent dans le secret » (Mt 6,17-18). Cet accent sur l’intĂ©rioritĂ© et la joie constitue un point de repĂšre majeur pour la comprĂ©hension chrĂ©tienne de la mortification.

Lorsque s’approche sa Passion, le message du Christ se fait plus exigeant : Ă  qui veut le suivre, le Christ demande d’ĂȘtre prĂȘt Ă  renoncer Ă  soi-mĂȘme et Ă  « porter sa croix » (Lc 9,23). Cette parole mystĂ©rieuse ne prendra son sens qu’aprĂšs que les disciples eurent Ă©tĂ© tĂ©moins de l’immensitĂ© des souffrances endurĂ©es par le Christ lors de sa Passion. Cette parole et cet exemple donnent ainsi la loi suprĂȘme de la vie chrĂ©tienne, qui est d’ĂȘtre une imitation de JĂ©sus-Christ. C’est cette loi essentielle qui est transmise aux premiers chrĂ©tiens par l’apĂŽtre saint Pierre : « Le Christ a souffert pour vous, vous laissant un modĂšle afin que vous suiviez ses traces » (I P 2,21).

Le jeĂ»ne, gĂ©nĂ©ralement associĂ© Ă  la priĂšre et Ă  l’aumĂŽne, est prĂ©sent dans la vie des premiers disciples du Christ (cf. Ac 13,2-3). L’existence tourmentĂ©e de saint Paul manifeste la conscience que le service de Dieu est insĂ©parable de la privation et de la souffrance, parfois subies, parfois volontairement recherchĂ©es : « Nous nous affirmons en tout comme des ministres de Dieu : par une grande constance dans les tribulations, dans les dĂ©tresses, dans les angoisses, sous les coups, dans les prisons, dans les Ă©meutes, dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeĂ»nes  » (2 Co 6,4-5).

Ces Ă©preuves ne sont pas vues par saint Paul comme une simple consĂ©quence d’un ministĂšre exigeant. Elles trouvent leur sens le plus profond dans la reproduction de la vie du Christ qu’elles opĂšrent dans le disciple : « Je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complĂšte en ma chair ce qui manque aux Ă©preuves du Christ pour son Corps, qui est l’Église » (Col 1,24).

En mĂȘme temps, Paul met en garde les chrĂ©tiens contre la fausse ascĂšse, celle qui serait coupĂ©e de sa relation au mystĂšre du Christ (cf. Col 2,20-23).

Cet enseignement dĂ©jĂ  trĂšs complet sera recueilli par les PĂšres de l'Église, et mis au service de leur activitĂ© pastorale.

Notes et références

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    Bibliographie

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    • John Owen, La mortification du pĂ©chĂ©, Éd. Impact HĂ©ritage, Trois-RiviĂšres, 2017, 148 p. (ISBN 2-92-4773032)
    • Bienheureux Jean de JĂ©sus-Marie, Le paradis de l'oraison, contemplation et mortification, Éd. HonorĂ© Champion, Paris, 2017, 364 p. (ISBN 2-74-5331396)
    • Antoine Roullet, Corps et pĂ©nitence : Les carmĂ©lites dĂ©chaussĂ©es espagnoles, Éd. Casa de Velazquez, Madrid, 2015, 360 p. (ISBN 8-41-5636741)
    • AbbĂ© Athanase Chabot, La mortification chrĂ©tienne et la vie, Hachette Bnf, Paris, 2013, 72 p. (ISBN 2-01-2852017)
    • Piero Camporesi, The Incorruptible Flesh : Bodily Mutation and Mortification in Religion and Folklore, Éd. Cambridge University Press, 2009, 300 p. (ISBN 0-52-1108829) (en)

    Articles connexes

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    Liens externes

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