Microplastique



Les microplastiques sont les petites particules (< 5 mm) de matière plastique dispersées dans l'environnement. Ce sont des fragments d'objets en plastique, contenant du plastique (par exemple les pneus) ou de microbilles de plastique (de plus en plus utilisées par l'industrie et dans les cosmétiques depuis quelques années)[2], ou des fibres synthétiques[3] (abondamment retrouvées dans les boues d'épuration qui sont épandues sur les sols[4]) microscopique ou nanométrique, notamment issus de la dégradation de macroplastiques par photooxydation, action mécanique ou biodégradation[5].
Ils s'accumulent de manière préoccupante dans les sols[6], les cours d'eau, les lacs et l'environnement marin et sont retrouvés dans les boissons en bouteille plastique et dans divers aliments (bivalves filtreurs et produits de la pêche notamment)[7] ; ils ont en quelques décennies contaminé tous les océans et les espèces marines à tous les échelons de la chaîne alimentaire, d'un pôle à l'autre, jusque dans les grands fonds[3] et la production de plastique continue à augmenter, ils ont doublé depuis 2000 et devraient doubler à nouveau avant 2050[8]. En 2018, ils sont retrouvés (associés à des produits chimiques persistants) dans presque tous les échantillons de neige et d'eau collectés par Greenpeace en Antarctique, même dans les zones les plus reculées[9]. En 2019, dans une zone isolée et protégée des Pyrénées françaises (Natura 2000) à 1 400 mètres d'altitude, étaient trouvés en moyenne 365 minuscules morceaux de plastique par mètre carré[10].
La plupart des microplastiques contenus dans l'eau potable (en bouteilles ou du réseau) sont inférieurs à 20 µm et échappent ainsi aux procédures de détection définies par la directive européenne 2020/2184[11],[12].
Leurs impacts (locaux et globaux, immédiats et/ou différés) ne sont étudiés que depuis le début des années 2000 et sont encore mal cernés, pour la santé humaine et environnementale. Micro- et nanoplastiques ont des effets indirects complexes (en se dégradant, et notamment via la contamination des océans), et des effets directs (ex. : on en trouve dans tous les organes humains vitaux, par exemple dans les plaques d'athéromes chez plus de la moitié des patients qui en ont, et ces derniers risquent plus que ceux qui n'en ont pas de faire un AVC ou un infarctus ; et jusque dans le cerveau humain[13]). Un rapport[14] (2017) de l'UICN juge urgent de gérer et réduire les macrodéchets plastiques, même si une gestion totalement efficace ne réglerait que la partie émergée du problème[14]. Les appels à interdire les microbilles dans les cosmétiques sont bienvenus, note l'UICN, mais celles-ci ne sont que 2 % de la source des microplastiques primaires visibles. L'UICN, et en France l'IGEDD appellent urgemment la R&D des entreprises, l'écoconception et la législation à évoluer pour prendre en compte la production primaire de microplastiques et ceux, secondairement, issus du lavage des textiles synthétiques multipliés par la fast fashion[15], l'usure des pneus et des peintures routières, invitant les consommateurs à agir en choisissant des produits naturels plutôt que synthétiques[14]. Ils se dégradent en nanoplastiques, invisibles et méconnus[16], mais une étude a déjà en 2014 montré qu'ils inhibent la croissance d'une espèce d'algue verte, Tetradesmus obliquus (en), ainsi que la reproduction d'un petit crustacé, le Daphnia magna[17].
Avant le quatrième sommet mondial des océans (Bali, ), une campagne mondiale (CleanSeas) a invité les gouvernements et les entreprises à interdire les microplastiques dans les produits cosmétiques, à taxer les sacs en plastique et à limiter l'utilisation d'autres articles jetables. Seuls dix pays se sont alors engagés à agir[18]. Cinq ans plus tard, les accords issus de One Ocean Summit () redemandent de limiter la pollution des océans par le plastique[19] et un traité international de l'ONU sur la pollution plastique se négocie à Genève du 5 au ), après des discussions freinées par des pays producteurs de pétrole et de plastique (Arabie saoudite, Iran, Russie et Chine, qui veulent limiter le traité au recyclage et à la consommation, en s'opposant aux restrictions sur la production et certains produits chimiques)[8].
Définitions
[modifier | modifier le code]Le terme « microplastique » apparaît en 2004 pour décrire les petites particules de plastiques[20]. Il désigne habituellement les particules de plastique dont la taille est inférieure à 5 mm[21],[22],[23]. Plus précisément, il peut désigner les « particules solides synthétiques ou matrices polymères, de forme régulière ou irrégulière et de taille comprise entre 1 µm et 5 mm, d'origine primaire ou secondaire, qui sont insolubles dans l'eau »[20].
Concernant la taille, la limite supérieur de 5 mm est effectivement la plus répandue[2],[24], bien que la limite de 1 mm ait parfois été utilisée[25]. La limite inférieure de 1 µm tend à s'imposer avec le développement des techniques permettant l'identification de particules de cette taille[20],[26],[note 1].
Les « nanoplastiques » désignent des particules de plus petite taille que les microplastiques. Ceux-ci pourraient poser des problèmes sanitaires et environnementaux différents, en raison des propriétés particulières des nanoparticules.
On distingue les microplastiques primaires et secondaires. Ces derniers sont issus de la dégradation de plus grands morceaux de plastiques sous l'effet conjugué de l'oxygène, des UV, de la chaleur, d'actions mécaniques ou de l'activité biologique[28].
Microplastiques primaires
[modifier | modifier le code]Le lavage des vêtements et tissus synthétiques[29], et la conduite sur route, sont deux sources de pollution de l'océan mondial qui avaient été sous-estimées. Les textiles synthétiques sont la principale source primaire de microplastique en Asie, alors qu'il s'agit de la pollution routière par les pneus en Amériques, Europe et Asie centrale[14].

Le trafic routier (cf. usure des pneumatiques, des freins et des peintures routières, par des véhicules de plus en plus lourds), crée des micro- et nanoplastiques dispersés par l'air et le ruissellement[31]. L'usure des pneus comptent pour 42 % des microplastiques trouvés dans l'eau provenant du continent Européen[30]. Une étude publiée en 2025 sur la pollution de l'air de la ville de Leipzig a démontré que les micro- et nanoparticules de plastique (polymères) venant des pneus dominaient les échantillons collectés à hauteur de 65 %[32].

Une partie importante des fibres synthétiques de moins de 1 mm en suspension dans l'eau et trouvées dans l'estomac de nombreux animaux provient de l'usure ou de la fragmentation des fils synthétiques, de textiles synthétiques et aussi de la dégradation de textiles non tissés. Ils sont notamment introduits dans l'eau via les lessives domestiques ou industrielles[33]. En Europe, les résidus issus du lavage des textiles comptent pour 29 % de la pollution au microplastiques[30].
Ces particules invisibles à l'œil nu constituent en 2017 jusqu'à un tiers (15 à 31 %) des 9,5 millions de tonnes déchets marins en plastique et autres polymères rejetées par an, selon un rapport ayant porté sur sept régions géographiques marines (publié le par l'UICN[14]). Ils sont devenus la première source de microplastiques dans les régions du monde développé bénéficiant d'une gestion efficace des macrodéchets (comme en Amérique du Nord et en Europe)[14].

Plus en amont, des produits de soins quotidiens (dentifrices, maquillages…) contiennent et libèrent aussi des microplastiques qui sont envoyés via les eaux grises vers les réseaux d'assainissement, pour en partie contaminer les eaux résiduaires et/ou les boues d'épuration, souvent épandues sur les sols agricoles. Ces produits cosmétiques et de soin comptent en Europe pour 10 % de la pollution des eaux[30].
Les microplastiques, quand ils ne résultent pas de la fragmentation de plastiques, sont nativement conçus et fabriqués pour répondre à certaines fonctions, par exemple :
- des abrasifs industriels ;
- des produits cosmétiques : exfoliants, paillettes[34] ;
- des précurseurs pour la plasturgie (pellets dits de résine ou larmes de sirène) ;
- des charges (ex. : billes de polystyrène expansé ajoutées à la terre par les horticulteurs, microbilles ajoutées à d'autres matériaux plastiques ou aux cosmétiques pour les alléger ou les texturer) ;
- des microbilles creuses isolantes, ou élastiques et amortissant les chocs, etc.
La poussière domestique compterait pour 19 % de la pollution aux microplastiques dans les eaux européennes[30].
Microplastiques secondaires
[modifier | modifier le code]Sources
[modifier | modifier le code]Les pluies d'orages, les inondations et grands tsunamis dispersent de grandes quantités de plastiques en mer. Localement l'érosion d'anciens sites d'enfouissement en libère également. Les rotofils et certaines machines à nettoyer les sols urbains (balayeuses…) perdent aussi des fibres ou fragments de plastique.
Les déchets surtout retrouvés dans certains sols (débris de billes de polystyrène expansé ou de bâche de culture), cours d'eau, sédiments[35] et en mer proviennent pour la plupart d'apport terrigènes (80 % environ des plastiques marins sont estimés apportés en mer par les fleuves ou le vent) et pour certains directement apparus dans les eaux marines à partir de la dégradation de filets, fils de pêche en nylon et autres engins de pêche, de toiles et bâches synthétiques, de pelliculages plastiques ou de morceaux d'emballages et objets divers jetés ou perdus en mer, épaves, etc.
Processus de fragmentation
[modifier | modifier le code]On distingue des « microplastiques primaires » et « secondaires ». Les matières et matériaux secondaires se forment dans l'environnement à la suite des ruptures et dégradations des premiers, notamment en mer où une dégradation photochimique activée par les UV solaires (UV-B en particulier). Le mouvement des vagues et les oxydants font que les plastiques flottants ou en suspension dans l'eau près de la surface libèrent rapidement diverses molécules organiques dans l'eau ; ceci est démontré au moins pour le polyéthylène, le polypropylène, le polystyrène et le polytéréphtalate d'éthylène qui dès après quelques jours à la lumière UV dans l'eau libèrent des molécules de bas poids moléculaire avec des groupes terminaux oxydés, supposées être des produits de scission de chaîne provenant de la dégradation des polymères de matières plastiques. En 2018, on a identifié en laboratoire 22 de ces produits de dégradation libérés par ces quatre types de plastiques ; ce sont surtout des acides dicarboxyliques[36]. Dans le même temps, plus ou moins vite selon les contextes, ils se brisent en fragments de plus en plus petits[2] (la cuisson des coquillages y augmente le nombre de particules de MP en les fragmentant)[37] qu'elle peut bioaccumuler[38]. En 2024, une étude indique que le grand dauphin (ici étudié en Floride et en Louisiane), non seulement avale des microplastiques, mais en inhale aussi, quand il remonte à la surface pour respirer[39].
Composition chimique
[modifier | modifier le code]Plastiques
[modifier | modifier le code]Les microplastiques sont constitués de monomères polymérisés.
Les fragments de polyester, de polyéthylène, d'acrylique, d'élasthanne dominent[40],[41]).
Les monomères : ils sont généralement dérivés du pétrole, mais peuvent aussi l'être du gaz naturel ou potentiellement du charbon (via la carbochimie)[42],[43],[44].
Les microplastiques primaires : ils sont en 2014 abondamment présents dans de nombreux produits. Dans les produits cosmétiques, il s'agit presque toujours de polyéthylène pur, de polyisotéréphtalate d'éthylène ou de polytéréphtalate d'éthylène (autorisés par la FDA pour le contact alimentaire, et ne contenant pas de phtalates contrairement à ce que leur nom invite à penser). Plus rarement, il s'agit d'acrylonitrile ou de chlorure de vinylidène, et contenant parfois des traces de métaux lourds ou des dérivés de chlorure de vinylidène et d'acrylonitrile ou de monomères d'acrylique (ex. : acrylate de méthyle ou acrylate d'éthyle ou méthacrylate) ou de monomères de styrène (ex. : α-méthylstyrène ou styrène simple[45]).
Les microbilles de plastique creuses, expansées ou expansives contiennent un gaz (hydrocarbure ou air en général).
Certaines (paillettes colorées, composites, ou métallisées notamment) contiennent des métaux, des métalloïdes et/ou divers additifs.
Certaines ont subi un traitement de surface (leur donnant un aspect nacré par exemple), ou contiennent des additifs techniques dans leur masse.
Les plastiques souples (et donc leurs fragments) contiennent souvent des phtalates.
Additifs
[modifier | modifier le code]Dans les années 2020, plus de 13 000 additifs minéraux et chimiques sont utilisés dans les plastiques sont ajoutés aux polymères lors de leurs formulations, que ces derniers soient pétro- ou biosourcés[46]. Il s'agit d'additifs métalliques, minéraux ou issus de la chimie organique (aussi dits APOs, acronyme de « additifs plastiques organiques »). Plus de 3 000 de ces additifs sont classés toxiques et/ou écotoxiques et/ou perturbateurs endocriniens. On en trouve aussi dans des plastiques dits « aptes au contact alimentaires » (de barquettes alimentaires par exemple, où l'on trouve divers types de colorants et des plastifiants de type phtalates, adipates, ainsi que des retardateurs de flamme phosphorés, des antioxydants et des stabilisateurs UVs (benzotriazoles et benzophénones)[47]. Ils peuvent représenter une part majeure de certains plastiques ; par exemple plus de 50 % du poids de certains plastiques souples et flexibles peuvent être Thèse : des phtalates. En étant libérés dans l'environnement, par diffusion dans la matrice puis lixiviation dans le milieu, ou le plus souvent lors de la dégradation ou biodégradation des plastiques, ils participent aux dangers de la pollution plastique et peuvent poser des problèmes de santé environnementale.
Même des plastiques denses, très durs et chimiquement traités contre les UV par ajout d'additifs à base de plomb ou cadmium (jusqu'à 50 % du poids, autrefois, de certaines menuiseries PVC) ne résistent pas longtemps à l'abrasion lorsqu'ils sont roulés par les vagues dans les galets ou sur les plages de sable ou de gravier. Des travaux de recherche, s'appuyant sur des méthodes modernes d'analyses[note 2] et des bases de données écotoxicologiques, visent à mieux évaluer les impacts de ces additifs, notamment sur les organismes marins puisqu'une grande partie des plastiques finissent en mer[47].
On a par exemple montré que les microplastiques sont une source majeure d'esters de phtalate dans les milieux aquatiques[48].
Substances ajoutées non intentionnellement
[modifier | modifier le code]Les substances ajoutées non intentionnellement (NIAS) sont des molécules introduites lors de différents processus survenant lors de la fabrication ou du vieillissement ou du recyclage du plastique. Nombre d'entre eux sont toxiques ; on parle aussi de « contaminants obligatoires ».
Polluants organiques persistants (POP)
[modifier | modifier le code]Plus un plastique est poreux, fendu, pelliculé ou fragmenté, plus sa surface développée grandit, et plus il peut interagir avec son environnement, et en particulier absorber ou relarguer des composants présents dans son environnement.
Les nappes d'hydrocarbures (issues de marées noires, de dégazage, ou de fuites d'installations pétrolières ou gazières offshore) sont nombreuses en mer. Les plastiques flottants peuvent ainsi adsorber des hydrocarbures et encore plus facilement adsorber d'autres polluants organiques persistants[49] tels que les polychlorobiphényles (PCB), dioxines et composés de type DDT.
Les effets de l'ingestion chronique de microplastiques ainsi « pollués » sont encore inconnus[50], mais plusieurs études suggèrent qu'il existe là une porte d'entrée potentielle vers le réseau trophique. Parmi les sujets de préoccupation figurent les métaux et additifs chimiques ajoutés à certains plastiques lors de leur fabrication, dont on peut penser qu'ils seront d'autant plus facilement relargués que le plastique sera fragmenté, et en présence de sucs digestifs acides, pouvant alors avoir des effets délétères sur les organismes et éventuellement indirectement sur le réseau trophique, les réseaux écologiques et les écosystèmes, via des effets toxiques connus (pour le plomb par exemple) ou encore mal compris à de très faibles doses (perturbation endocrinienne pouvant notamment induire des changements de sexe (imposex) et/ou affecter les capacités de reproductive de nombreuses espèces, y compris humaine[51]).
Aux niveaux actuels de concentration dans l'océan ouvert, les microplastiques semblent peu susceptibles de constituer un réservoir géochimique de POP majeur à échelle mondiale, mais leur présence augmente rapidement, et leur rôle à des échelles régionales (dans les soupes de plastique accumulées dans les grands gyres océaniques, ou en aval de zones polluées) est jugé préoccupant.
Ils peuvent notamment jouer un rôle de support mobile et de réservoir de polluants, en particulier à proximité ou en aval de certains fleuves et canaux, dans certaines lagunes et partout en aval des rejets des grandes zones industrielles et des mégapoles ou en aval de territoires agricoles utilisant beaucoup de bâches plastiques ou toiles de non tissés. De premières cartographies du risque ont été récemment publiées sur la base de modèles courantologiques mathématiques.
Alternatives
[modifier | modifier le code]Si la plupart des polymères à base de pétrole sont non biodégradables ou très peu biodégradables, de nombreux plastiques d'origine naturelle le sont. Certains industriels cherchent à les étudier et parfois à les copier (biomimétique) pour les intégrer dans la production de matériaux biodégradables similaires aux plastiques actuels.
Leurs propriétés, durant la phase de dégradation dans l'environnement, exigent cependant encore un examen détaillé avant le développement d'une large utilisation.
Présence dans les écosystèmes
[modifier | modifier le code]Dans le monde, 26 000 Mt de déchets plastiques devraient être générés de 2015 à 2050, dont au moins 45 % ne seront ni recyclés ni incinérés[52]. Étant peu visibles, leur quantité et concentration ont été sous-estimées, « on sait à présent (2023) que la pollution en microplastiques peut être aussi volumineuse que celle des macroplastiques »[19].
En 2015, les pays qui rejetant le plus de microplastiques en mer, selon Jenna R. Jambeck dans la revue Nature, étaient la Chine, puis l'Indonésie, les Philippines et le Viêt Nam[53].
En 2025, on évalue à 27 millions de tonnes la pollution invisible des nanoplastiques en suspension dans les océans[54].
Cinétique, tendances et puits de microplastiques
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Les puits « environnementaux » de plastique sont principalement :
- les sols,
- les sédiments ;
- les mers fermées et les lacs ;
- les delta et estuaires[55] ;
- les golfes et océans.
Dans tous les milieux (eau, air, sol) et à leurs interfaces (zones humides, estuaires notamment)[55], la distribution et l'abondance des microplastiques a augmenté rapidement, globalement et constamment depuis deux décennies (dont chez les filtreurs), corrélativement à l'augmentation de la consommation de plastique dans le monde[2]. On ignore dans quelle mesure ces puits sont définitifs (inclusion dans les futurs substrats géologiques) et dans quelle mesure les embruns, les oiseaux marins, les poissons migrateurs et les animaux pêchés ou chassés par l'humain peuvent les réintroduire dans la chaîne alimentaire humaine, éventuellement sous forme de « nanoplastiques » d'autant plus difficiles à détecter qu'ils sont petits.
On trouve des microplastiques dans l'air des mégalopoles (Paris et Dongguan[56] par exemple). En 2018, Rochman et Hoellein ont montré que le vent et les pluies en apporte jusqu'au cœur des parcs nationaux et des zones réputées les plus sauvages des États-Unis[57] (plus de 1 000 tonnes par an rien que dans les zones protégées du sud et du centre-ouest des États-Unis selon une première estimation, surtout constituées de microfibres synthétiques issues des vêtements[58]. Les centres urbains et la remise en suspension à partir des sols ou de l'eau (embruns, assèchements) sont les principales sources de plastiques déposés par voie humide. Mais les dépôts secs contiennent des plastiques de plus petite taille, avec des taux de dépôt suggérant un transport à longue distance ou mondial : 132 plastiques en moyenne se déposent par mètre carré et par jour sur les seules terres protégées de l'ouest des États-Unis[59].
Le sol contient des microplastiques, arrivés après dépôts aériens, jets de déchets, apports de boues d'épuration (souvent utilisées comme amendement organique et minéral en agriculture)[60] ou d'amendements de type compost de déchets verts ou urbains.
Selon l'AEPC, à la conférence Micro 2018 sur le devenir et l'impact des microplastiques (Lanzarote, Espagne), à terme le risque est plus élevé pour les milieux terrestres et d'eau douce, que pour les mers. Certains microplastiques ont une demi-vie de plusieurs milliers d'années. L'AEPC s'inquiète aussi des risques posés par les plastiques oxofragmentables ; certaines pratiques agricoles courantes, comme l'épandage de boues d'épuration[61],[62],[63] ou les paillis en plastique[64], contribuent elles-mêmes au phénomène[65]. On manque encore de méthodes analytiques robustes pour isoler et compter les MP de petite taille dans la matrice du sol, surtout quand elle est riche en matière organiques, mais les sols agricoles et urbains sont déjà d'importants puits ou réservoirs environnementaux de micro- et nanoplastiques, « peut-être largement plus grands que le réservoir marin »[66]. Ceci est confirmé en 2023 en France par l'Ademe[19], les sols y contiennent jusqu'à 4 à 23 fois plus de MC que les eaux douces ou marines[67]. Dans 33 types de sols français étudiés[68] avec le réseau de mesure de la qualité des sols (RMQS)[69], pour la granulométrie [315 μm à 5 mm], on trouve vers 2020 en moyenne = 15 fragments de plastiques par kg de sols agricoles, prairiaux ou forestier. Un projet CINAPE[70] étudie en 2023 un sol agricole amendé plus de 30 ans plus tôt avec un compost d'ordures ménagères (OM) très chargé en plastique. On y retrouve 291 MP par kg de sol dans les 5 premiers cm, et l'abondance, la biomasse et la diversité des catégories écologiques de vers de terre est moindre dans ce sol, que dans un échantillon témoin non amendé[19].
En outre, « les sols présentent plusieurs voies d'exposition potentielles pour les micro(nano)plastiques pour la santé des organismes et des humains, y compris la contamination des aquifères souterrains »[66].
In fine les microplastiques tendent à rejoindre l'océan.
En 2025, une étude de modélisation et cartographie informatique sur 3 ans a précisé le flux et l'origine de ces particules dans le nord du golfe du Mexique (pour différentes tailles et types de particules plastiques sur des périodes mensuelles) ; montrant que les rivières et fleuves sont les principales sources de pollution plastique des mers, devant les stations d'épuration[71]. Les plastiques lourds sédimentent et résistent mieux aux courants, avec une accumulation critique observée à l'ouest du delta du Mississippi (zone vitale pour la biodiversité marine)[71]. L'étude associe cette cartographie à une analyse des habitats d'espèces marines, soulignant les risques pour la sécurité alimentaire et la santé humaine, dont dans les zones de pêche intensive, notamment pour les consommateurs de fruits de mer. Ce protocole, développé par la division Global Coastal Ocean du CMCC, pourrait être étendu à d'autres régions similaires.
Une autre étude, dans l'Est du Pacifique tropical, au large de l'Équateur, s'est basée sur une série temporelle de mesures d'abondance de microplastiques de 2008 à 2018. Elle a conclu une augmentation significative et constante de leur présence sur l'ensemble des sites échantillonnés[72]. Les fibres plastiques (polyéthylène et de polypropylène dominent les prélèvements), et la progression et régulière, suggérant une source diffuse et continue de pollution. A ce rythme, le taux de microplastiques sera multipliée par 3,2 d'ici 2030, par 5,1 en 2050 et par 9,7 à l'horizon 210 (par rapport aux niveaux de 2008) laissant craindre des impacts écologiques et sanitaires croissants jusque 2050 au moins[72].
Aliments
[modifier | modifier le code]Selon un rapport commandé par le WWF à l'université de Newcastle (Australie), et publié en 2019, un individu moyen pourrait ingérer jusqu'à cinq grammes de plastique chaque semaine, dont 90 % dans l'eau de consommation (du robinet ou en bouteille) et 9 % dans les fruits de mer[73].
Le poisson et les fruits de mer constituent en moyenne 6,1 % des protéines alimentaires dans le monde en 2007[74] (et bien plus dans les îles et en bordure de mer). Les microplastiques ingérés par les poissons, moules et crustacés finissent ingérés et accumulés par l'humain en fin de réseau trophique.
En 2015, une étude faite à l'université d'État de New York a échantillonné 18 espèces de poissons : toutes contenaient des microplastique dans leur appareil digestif, sous forme de fibres[75]. Il est prouvé que des particules et fibres plastique s'associent chimiquement des métaux, métalloïdes, polychlorobiphényles et à d'autres toxiques lors de leur séjour dans les égouts, stations d'épuration, boues d'épuration, sédiments, cours d'eau, estuaires et mer. Ce complexe de micropolluants peut contaminer le poisson, et indirectement l'humain[75].
Un régime alimentaire normal nous expose aux microplastiques (retrouvés dans le sel alimentaire par exemple ; des chercheurs chinois en ont trouvé dans trois types de sels vendus en supermarchés) : le sel de mer en contient le plus mais il y en avait aussi dans le sel issus de lac et même de mines de sel[76]. De même le sel de mer et le sel gemme vendus en Espagne comme sel de table en contiennent aussi (principalement du polytéréphtalate d'éthylène (PET) dans les deux études)[77].
La bioaccumulation tout au long de la chaîne alimentaire par les moules (organismes filtreurs) est étudiée via des échantillons représentatifs pour l'Angleterre. Conclusion : un Anglais moyen ingérerait 123 morceaux de plastique par an, rien qu'en mangeant des moules[78].
Un consommateur moyen mangerait ainsi 4 620 particules de plastique par an dans les pays où la consommation de mollusques et de crustacés est plus élevée[78]. Selon cette étude, l'humain est — en moyenne — cependant bien plus exposé aux microplastiques dans la poussière domestique qui contamine nos aliments (ou que nous inhalons et ingérons) qu'en mangeant des moules[78].
Le régime alimentaire américain a été étudié à partir de 26 études (soit plus de 3 600 échantillons traités, pour un régime alimentaire constitué des aliments couramment consommés et à l'apport quotidien recommandé. L'étude évalue aussi le potentiel d'inhalation de microplastiques et l'influence potentielle de l'eau de boisson[79]. Résultats : pour 15 % environ de l'apport calorique des Américains évalué, l'étude estime que 39 000 à 52 000 particules sont avalées par an par un tel Américain (selon l'âge et le sexe). L'estimation passe de 74 000 à 121 000 fragments par an si l'inhalation est aussi prise en compte[79]. En buvant la quantité d'eau recommandée sous forme d'eau embouteillée, ce sont 90 000 microplastiques supplémentaires avalés chaque année (contre 4 000 pour ceux qui ne consomment que de l'eau du robinet). Les auteurs précisent que « ces estimations sont sujettes à de grandes variations, mais que compte tenu des limites méthodologiques et des données disponibles, ces valeurs sont probablement sous-estimées »[79].
On retrouve des micro/nanoplastiques dans de nombreux aliments. L'un des records semble être les infusions issues de sachets synthétiques. Ainsi le thé infusé à 95 °C dans les sachets « soyeux » synthétique « libère environ 11,6 milliards de microplastiques et 3,1 milliards de nanoplastiques dans une seule tasse de la boisson […] (