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Mairie-école

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Une mairie-école est un bâtiment abritant à la fois la mairie et une école primaire. De très nombreuses petites communes françaises s'en dotent à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle. Ces mairies-écoles existent dans toutes les régions et sont souvent remarquables par leur architecture.

Mairie-école d'Illois (Seine-Maritime).

Même si, à la suite des regroupements d'écoles réalisés par l'Éducation nationale, elles ont pour la plupart d'entre elles perdu toute activité liée à l'enseignement, elles sont un témoignage encore très visible de l'implication des communes, même les plus modestes, dans l'effort d'alphabétisation et d'instruction qui a marqué la France entre les années 1820 et la Première Guerre mondiale.

Contexte historique

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L'apparition des mairies-écoles est une conséquence de plusieurs lois votées au XIXe siècle, notamment[1]:

  • loi du , dite Loi Guizot qui impose à toutes les communes d'avoir une école primaire, si nécessaire partagée avec des communes voisines, et de fournir logement et salle de classe à l'instituteur communal.
  • loi du , dite Loi Falloux, qui leur enjoint d'entretenir une ou plusieurs écoles primaires (art. 36), de pourvoir aux dépenses de l'enseignement primaire (art. 40), de fournir un local professionnel et un logement aux instituteurs (art 37), et encourage la séparation des filles et des garçons à l'école primaire (art. 15, 51, 52). Les communes de plus de 800 habitants (seuil abaissé à 500 habitants par la loi Duruy de 1867) ont l'obligation d'avoir au moins une école primaire pour les filles (art. 51).
  • loi de construction scolaire du 1er juin 1878[2], qui instaure l'obligation de construction d'écoles faite aux communes "sur décision de l'autorité compétente" et prévoit, sous conditions, des aides financières aux communes.
  • loi du , dite Loi Ferry qui établit (art. 1) la gratuité de l'enseignement primaire.
  • loi municipale du qui impose aux communes d'entretenir un hôtel de ville (art. 136-1), que celui-ci soit propriété de la commune ou loué par celle-ci, et rappelle l'obligation faite aux communes de pourvoir aux dépenses relatives à l'instruction publique (art. 136-9)[3].

Le déploiement des mairies-écoles participe à la forte croissance des écoles primaires en France : de 42 000 en 1832, leur nombre bondit à 68 000 en 1863 [4]. Cette multiplication des écoles accompagne et rend possible la forte progression de la scolarisation des enfants français en primaire : entre 1829 et 1901 le nombre des enfants scolarisés est multiplié par quatre pour atteindre près de 5,5 millions[5].

Tous les départements français ont alors un taux de scolarisation très élevé, y compris les plus ruraux qui sont les plus grands bénéficiaires de cette multiplication du nombre d'écoles[5].

Architecture : plans types et recommandations

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L'application de ces lois va conduire à l'apparition de bâtiments communaux qui, s'ils présentent de multiples différences, visent tous à remplir les responsabilités communales prévues par la loi : avoir un hôtel de ville, une école pour les garçons et une pour les filles pouvant accueillir tous les enfants en âge d'être scolarisés, et enfin loger l'instituteur.

Les projets de tels bâtiments sont soumis à l'approbation préalable et au contrôle après réalisation des pouvoirs publics (ministre, préfet, commissions nationales puis, plus tard, départementales) qui édictent de très nombreuses règles, dont le respect peut, à certaines périodes, donner droit à des aides financières de l'État.

Ainsi, par exemple, une circulaire ministérielle du précise que l'école doit être « simple et modeste », située « dans un lieu central, aéré et facile d'accès », disposer « d'une cour fermée ou d'un préau », et avoir « 1 mètre carré par élève »[6].

Plans types et modèles

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Plusieurs architectes ainsi que le Conseil des Bâtiments publics éditent à partir des années 1830 des plans types et des descriptions de bâtiments déjà construits visant à inspirer les projets d'édifices publics (notamment des mairies et des écoles)[1]. Ces ouvrages contiennent également des recommandations concernant les techniques de conception et de construction, ou encore le choix des matériaux à utiliser pour un résultat de qualité et en harmonie avec l'environnement du projet, ainsi que des évaluations des coûts à prévoir[7]. Parmi ces publications se trouvent notamment :

  • "De la construction des maisons d'école primaire" d'Auguste Bouillon, proposant comme "variante" d'adjoindre la mairie au bâtiment de l'école (1834)[8].
  • "Plans modèles pour la construction de maisons d'écoles et de mairies" de l'architecte César Auguste Pompée et présentant des mairies écoles comme les "types 4 et 5" (1871)[9].
  • "Architecture communale/Architecture scolaire" de Félix Narjoux, ouvrage de 25 pages de texte complété par 72 plans détaillés (1880)[10].

Réalisations concrètes

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Une disposition illustre littéralement les intentions du législateur : le bâtiment mairie-école est constitué d'un corps central, réservé à la fonction d'hôtel de ville et au logement de l'instituteur, flanqué de deux ailes abritant l'une l'école des garçons et l'autre celle des filles. D'autres choix architecturaux sont cependant possibles : selon la taille et les moyens financiers de la commune, cet ensemble est plus ou moins grand, disposé sur un ou plusieurs étages et décoré de façon plus ou moins raffinée. Le même ensemble peut en outre abriter d'autres activités communales : tribunal, prison, bureau de poste[11], bibliothèque, local pour l'équipement des pompiers, etc[12].

La mairie-école : avantages concrets et symboliques

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Les avantages présentés par le concept de mairie-école en assurent le succès dans de très nombreux territoires, notamment dans les communes rurales de moyenne ou petite taille. C'est le cas notamment dans le Mâconnais, où certaines études montrent que plus de 90% des communes rurales en sont dotées en 1914[12], la Normandie[13], la région toulousaine[14], etc.

Avantages concrets

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En regroupant mairie, école et logement de l'instituteur, la commune optimise les coûts de construction et d'entretien, limite l'emprise au sol de ces activités et peut bénéficier d'aides financières. Elle y trouve souvent un avantage supplémentaire.

L'instituteur est en effet très souvent secrétaire de mairie[15]. En 1911, c'est le cas dans plus de 60 % des communes : il y a alors environ 24 000 secrétaires de mairie-instituteurs ou SMI en France[16]. Les SMI exerceront au 19e et au 20e siècle une très forte influence dans les petites communes et les départements ruraux, notamment au travers de leur syndicat[17].

Cette possibilité est explicitement prévue, et même encouragée, par la loi Goblet de 1886 (art. 25). Elle offre à l'instituteur un revenu complémentaire, qui, même s'il est modeste, est très utile pour compléter ses émoluments de base[18]. Et l'instituteur, qui habite et enseigne sur place, assure donc aussi, de fait, une permanence à la mairie.

Avantages symboliques

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La mairie-école a aujourd'hui, dans beaucoup de villages, perdu son rôle d'école : en un siècle, malgré l'augmentation du nombre d'élèves, le nombre d'écoles primaires a fortement diminué : de 68 580 en 1906-1907[19], il passe à 32 237 en 2012, sans compter le privé[20].

Dans de nombreuses petites communes rurales, la mairie-école est le témoin de l'implication forte de ces communes dans l'essor de l'éducation pour tous en France au XIXe et au début du XXe siècle.

Articles connexes

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Bibliographie

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    Références

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    1. 1 2 Granier et Marquis 1982, p. 32-33.
    2. ↑ « Actes officiels », Revue pédagogique, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 1, no 1,‎ , p. 61–69 (lire en ligne, consulté le )
    3. ↑ « Légifrance - Droit national en vigueur - Textes consolidés », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le ).
    4. ↑ Dominique Lejeune, « L’enseignement en France, de 1848 au début des années 1990 », HAL Archives ouvertes,‎ (lire en ligne).
    5. 1 2 Grew Raymond, Harrigan Patrick J., Whitney James B., Albaret M.-B et Valensi J., « La scolarisation en France, 1829-1906 », Annales. Economies, sociétés, civilisations. 39ᵉ année, no 1,‎ , p. 116-157 (lire en ligne).
    6. ↑ Victor Duruy et Gustave Rouland, « Rappel aux Préfets des prescriptions relatives à la construction et à l'appropriation des maisons d'école », Bulletin administratif de l'instruction publique, vol. 1, no 21,‎ , p. 406–412 (lire en ligne, consulté le ).
    7. ↑ Emmanuel Château-Dutier, Le Conseil des Bâtiments Civils et l'administration de l'architecture publique en France dans la première moitié du 19ème siècle (1795-1848), (lire en ligne), p. 631 et suivantes.
    8. ↑ Auguste Bouillon, De la construction des maisons d'école primaire, Paris, Hachette, (lire en ligne)
    9. ↑ César Auguste Pompée, « Plans-modèles pour la construction de maisons d'écoles et de mairies », sur bibnum.bibliotheque-diderot.fr, (consulté le )
    10. ↑ Félix Narjoux, Architecture communale. Série 3, Paris, Morel, (lire en ligne)
    11. ↑ Granier et Marquis 1982, p. 36-44.
    12. 1 2 Garrier 1992, p. 449-450.
    13. ↑ M. Leclerc, « Le Roumois. Habitat et structure agraire », Bulletin de l'Association de Géographes Français, Association de Géographes Français, vol. 27, no 206,‎ , p. 29–36 (DOI 10.3406/bagf.1950.7299, lire en ligne, consulté le )
    14. ↑ Odile Foucaud, « L'architecte toulousain Jacques-Jean Esquié (1817-1884) et le rationalisme architectural du XIXe siècle », Annales du Midi, Privat, vol. 98, no 174,‎ , p. 237–255 (DOI 10.3406/anami.1986.5712, lire en ligne, consulté le )
    15. ↑ Albertini 1992, p. 38, 119.
    16. ↑ André Bianconi, « Le Syndicat des secrétaires de mairie instituteurs », Revue française de science politique, 23ᵉ année, no 3,‎ , p. 577 (lire en ligne).
    17. ↑ « Secrétaire de Mairie Instituteur ~ Qui sommes-nous ? », sur www.syndicat-smi.fr (consulté le ).
    18. ↑ Ronald Hubscher, « La condition des instituteurs au début du Second Empire : l'exemple de l'arrondissement d'Arras », Revue du Nord,‎ , p. 625-648 (lire en ligne).
    19. ↑ E. Levasseur, « Statistique quinquennale de l’instruction primaire : 1906-1907 », Journal de la société statistique de Paris, t. 51,‎ , p. 175 (lire en ligne [PDF]).
    20. ↑ « Tableaux de l'Économie Française : Établissements - Enseignants », sur insee.fr, ).