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James Chaney (militant)

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James Chaney
Biographie
Naissance
DécÚs
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 21 ans)
MississippiVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Okatibee Cemetery (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
MĂšre
Fannie Lee Chaney (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinction

James Earl « J. E. » Chaney, nĂ© le et mort le dans l'État du Mississippi, est l'un des trois militants des droits civiques qui ont Ă©tĂ© assassinĂ©s par des membres du Ku Klux Klan prĂšs de Philadelphia dans le Mississippi, avec Andrew Goodman et Michael Schwerner.

Jeunesse et parcours scolaire

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James Earl Chaney est nĂ© le 30 mai 1943 Ă  Meridian. Il Ă©tait l’aĂźnĂ© de la famille de Fannie Lee et Ben Chaney Sr. Son petit frĂšre, Ben, est nĂ© neuf ans plus tard, en 1952. James avait Ă©galement trois sƓurs : Barbara, Janice et Julia. Durant son enfance, ses parents se sont sĂ©parĂ©s pendant un certain temps, ce qui a marquĂ© ses jeunes annĂ©es.

Il a suivi une scolaritĂ© dans une Ă©cole catholique jusqu’en neuviĂšme annĂ©e et frĂ©quentait l’église catholique St Joseph de Meridian[1].

Adolescent, alors qu’il Ă©tait au lycĂ©e, James commence dĂ©jĂ  Ă  s’engager contre les discriminations raciales. Avec plusieurs camarades, il porte des badges en papier oĂč Ă©tait inscrit « NAACP », pour afficher leur soutien Ă  l’organisation historique de dĂ©fense des droits civiques des Afro-AmĂ©ricains. Ce geste, pourtant pacifique, provoque une rĂ©action immĂ©diate : les Ă©lĂšves sont suspendus pendant une semaine. La direction du lycĂ©e craignait la rĂ©action du conseil scolaire, composĂ© uniquement de Blancs, dans un contexte de sĂ©grĂ©gation encore trĂšs prĂ©sent dans le sud des États-Unis[2].

AprÚs le lycée, James Chaney se forme au métier de plùtrier en entrant comme apprenti dans un syndicat professionnel[3].


Engagement pour les droits civiques

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À partir de 1962, James Chaney s’investit activement dans le mouvement des droits civiques. Il participe notamment Ă  plusieurs « Freedom Rides », des voyages militants organisĂ©s pour dĂ©noncer la sĂ©grĂ©gation raciale dans le sud des États-Unis. L’un de ces trajets reliait le Tennessee Ă  Greenville, dans le Mississippi, puis un autre de Greenville Ă  Meridian[4].

Avec son jeune frĂšre, il prend Ă©galement part Ă  d’autres manifestations non violentes destinĂ©es Ă  lutter contre les injustices raciales.

Fin 1963, James devient bĂ©nĂ©vole au sein du Congress of Racial Equality (CORE), une importante organisation engagĂ©e dans la dĂ©fense des droits civiques. À Meridian, il aide Ă  organiser des cours d’éducation civique pour encourager les Afro-AmĂ©ricains Ă  s’inscrire sur les listes Ă©lectorales et Ă  exercer leur droit de vote, souvent empĂȘchĂ© Ă  l’époque par des lois discriminatoires et des intimidations[4].

Il joue aussi un rÎle essentiel sur le terrain : il met en relation les militants du CORE avec des responsables religieux locaux et les aide à circuler dans les différents comtés de la région.

En 1964, James Chaney rencontre les dirigeants de l’église baptiste Mt. Nebo afin d’obtenir leur soutien pour accueillir Michael Schwerner, responsable local du CORE. L’objectif Ă©tait d’encourager les habitants Ă  utiliser l’église comme lieu de formation et d’inscription Ă©lectorale. Chaney sert Ă©galement d’intermĂ©diaire entre les diffĂ©rents membres du mouvement, devenant une figure importante de l’organisation locale[5].

Le 21 juin 1964, James Chaney est assassiné aux cÎtés de deux autres militants des droits civiques, Michael Schwerner et Andrew Goodman, prÚs de la ville de Philadelphia[6].

Les trois hommes enquĂȘtaient sur l’incendie de l’église mĂ©thodiste Mt. Zion, un lieu utilisĂ© par le CORE pour organiser une « Freedom School », une Ă©cole destinĂ©e Ă  sensibiliser les Afro-AmĂ©ricains Ă  leurs droits civiques et Ă  l’inscription Ă©lectorale.

Quelques jours auparavant, aprĂšs des rassemblements organisĂ©s par Schwerner et Chaney pour encourager les habitants noirs Ă  voter, plusieurs fidĂšles de l’église avaient Ă©tĂ© violemment agressĂ©s par des membres du Ku Klux Klan. Selon leurs tĂ©moignages, l’adjoint du shĂ©rif, Cecil Price, aurait arrĂȘtĂ© leur convoi et forcĂ© les responsables religieux Ă  s’agenouiller devant les phares de leurs propres voitures pendant que des hommes blancs les frappaient avec la crosse de leurs fusils. Les mĂȘmes membres du Ku Klux Klan furent Ă©galement accusĂ©s d’avoir incendiĂ© l’église[7].

Le jour du drame, Cecil Price arrĂȘte Chaney, Goodman et Schwerner sous prĂ©texte d’une infraction routiĂšre et les emmĂšne Ă  la prison du comtĂ© de Neshoba. Ils sont dĂ©tenus plusieurs heures sans avoir le droit de contacter qui que ce soit.

Relùchés dans la soirée, ils reprennent la route vers Meridian. Mais peu aprÚs, sur la Highway 19, ils sont rattrapés par plusieurs voitures de membres du Ku Klux Klan accompagnées de la voiture de Price. Les militants sont alors conduits sur une route isolée en pleine campagne.

LĂ , les agresseurs exĂ©cutent Michael Schwerner puis Andrew Goodman d’une balle en plein cƓur. James Chaney, lui, est d’abord sauvagement battu avant d’ĂȘtre abattu de trois balles. Les corps des trois jeunes hommes sont ensuite enterrĂ©s dans une digue de terre voisine.

Leurs dépouilles resteront introuvables pendant 44 jours.

L’affaire provoque une immense Ă©motion aux États-Unis. Le FBI est chargĂ© de l’enquĂȘte par le ministĂšre de la Justice, alors que tout le Mississippi est en pleine campagne d’inscription Ă©lectorale menĂ©e par les militants des droits civiques pendant le « Freedom Summer ».

La disparition des trois hommes devient rapidement une affaire nationale. Mais Rita Schwerner, la veuve de Michael Schwerner et elle-mĂȘme militante du CORE, dĂ©nonce l’attitude des mĂ©dias. Elle souligne que de nombreux Afro-AmĂ©ricains avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© assassinĂ©s ou avaient disparu dans la rĂ©gion sans attirer l’attention nationale. Selon elle, cette affaire a surtout bouleversĂ© l’opinion parce que deux des victimes Ă©taient des hommes blancs venus de New York. Elle affirme que si James Chaney avait Ă©tĂ© la seule victime, l’affaire n’aurait probablement pas eu un tel retentissement[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Les conséquences pour la famille

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AprĂšs les funĂ©railles de leur fils aĂźnĂ©, la famille Chaney quitte le Mississippi Ă  cause de nombreuses menaces de mort. AidĂ©s par les familles de Andrew Goodman et de Michael Schwerner, ainsi que par d’autres soutiens du mouvement des droits civiques, ils s’installent Ă  New York City. Le jeune frĂšre de James, Ben Chaney, y poursuit sa scolaritĂ© dans un Ă©tablissement privĂ© majoritairement frĂ©quentĂ© par des Ă©lĂšves blancs.

Quelques années plus tard, en 1969, Ben rejoint le Black Panther Party ainsi que la Black Liberation Army, deux mouvements militants afro-américains trÚs engagés dans la lutte contre le racisme et les violences policiÚres.

En 1970, Ben Chaney part en Florida avec deux amis pour acheter des armes. Durant ce voyage, ses compagnons assassinent trois hommes blancs en Caroline du Sud et en Floride. Ben Chaney est acquittĂ© dans l’une des affaires, mais condamnĂ© en Floride pour trois meurtres au premier degrĂ© selon une loi amĂ©ricaine appelĂ©e « felony murder rule », qui permet de condamner une personne impliquĂ©e dans un crime mĂȘme sans avoir commis directement les meurtres[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Il passe treize annĂ©es en prison avant d’obtenir une libĂ©ration conditionnelle. AprĂšs sa sortie, il crĂ©e la James Earl Chaney Foundation en hommage Ă  son frĂšre. À partir de 1985, il travaille Ă©galement comme assistant juridique auprĂšs de Ramsey Clark, ancien ministre amĂ©ricain de la Justice et avocat qui avait contribuĂ© Ă  obtenir sa libĂ©ration.


Le procÚs fédéral

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En 1967, le gouvernement fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain ouvre un procĂšs contre dix hommes accusĂ©s d’avoir complotĂ© pour priver James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner de leurs droits civiques. À l’époque, les autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales ne pouvaient pas poursuivre directement les accusĂ©s pour meurtre dans cette affaire, et s’appuyaient donc sur une ancienne loi datant de 1870 concernant la protection des droits civiques.

Le procĂšs aboutit Ă  la condamnation de sept hommes, dont l’adjoint du shĂ©rif Cecil Price. Trois accusĂ©s sont acquittĂ©s, parmi lesquels Edgar Ray Killen, ancien organisateur du Ku Klux Klan, pourtant considĂ©rĂ© comme l’un des principaux instigateurs des assassinats[8].

RĂ©ouverture de l’enquĂȘte par l’État du Mississippi

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Pendant des dĂ©cennies, des militants et des dĂ©fenseurs des droits civiques ont demandĂ© que l’État du Mississippi poursuive enfin les responsables des assassinats de James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner.

L’un des acteurs clĂ©s de cette relance est le journaliste d’investigation Jerry Mitchell, reporter au journal Jackson Clarion-Ledger. Pendant plus de six ans, il mĂšne un travail approfondi sur l’affaire et dĂ©couvre de nouveaux Ă©lĂ©ments de preuve. Il s’était dĂ©jĂ  fait connaĂźtre pour son rĂŽle dans la rĂ©ouverture d’autres grands crimes racistes de l’époque des droits civiques, notamment l’assassinat de Medgar Evers Ă  Jackson, l’attentat contre l’église baptiste de la 16e Rue Ă  Birmingham, ainsi que le meurtre de Vernon Dahmer dans sa maison du Mississippi.

GrĂące Ă  ses recherches, Ă  de nouveaux tĂ©moins et Ă  une forte pression mĂ©diatique, l’État finit par rouvrir une enquĂȘte au dĂ©but des annĂ©es 2000.

En 2004, un professeur de lycĂ©e de l’Illinois, Barry Bradford, rejoint les recherches avec trois de ses Ă©lĂšves : Allison Nichols, Sarah Siegel et Brittany Saltiel. Ensemble, ils rĂ©alisent un documentaire dans le cadre d’un concours national d’histoire. Leur travail apporte de nouveaux Ă©lĂ©ments et de solides arguments pour relancer officiellement l’affaire.

Ils parviennent notamment Ă  obtenir une interview enregistrĂ©e de Edgar Ray Killen, ancien membre influent du Ku Klux Klan surnommĂ© « le PrĂȘcheur » Ă  cause de son passĂ© religieux et de ses prises de position racistes trĂšs assumĂ©es. Cet entretien joue un rĂŽle majeur dans la rĂ©ouverture du dossier[9].


Le procùs d’Edgar Ray Killen

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En 2005, l’État du Mississippi inculpe Edgar Ray Killen pour les meurtres des trois militants. Parmi les six suspects encore en vie Ă  cette Ă©poque, il est le seul Ă  ĂȘtre officiellement poursuivi.

Lorsque le procĂšs s’ouvre, le 7 janvier 2005, Killen plaide non coupable. Les procureurs prĂ©sentent toutefois des preuves montrant qu’il avait supervisĂ© l’organisation des assassinats.

Le jury estime finalement qu’il n’est pas prouvĂ© qu’il avait planifiĂ© Ă  l’avance l’exĂ©cution des militants, mais le reconnaĂźt coupable de trois chefs d’homicide involontaire le 20 juin 2005.

Il est condamnĂ© Ă  60 ans de prison : vingt ans pour chacune des trois victimes, les peines devant ĂȘtre effectuĂ©es l’une aprĂšs l’autre.

MalgrĂ© cette condamnation, Ben Chaney reste persuadĂ© que d’autres hommes impliquĂ©s dans la mort de son frĂšre auraient Ă©galement dĂ» ĂȘtre poursuivis comme complices. Des annĂ©es aprĂšs les faits, il dĂ©clare :

« Je suis moins triste qu’avant. Mais je suis toujours en colĂšre. »

Héritage et hommages

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L’histoire de James Chaney continue de marquer la mĂ©moire du mouvement des droits civiques aux États-Unis.

En 1998, son frĂšre Ben fonde la James Earl Chaney Foundation afin de perpĂ©tuer son combat pour les droits civiques et la justice sociale. La fondation poursuit un travail de sensibilisation autour de l’égalitĂ©, de la mĂ©moire historique et de l’engagement citoyen.

En 2014, James Chaney reçoit à titre posthume la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction civile américaine, remise par Barack Obama. Cette récompense honore son courage et son engagement dans la lutte pour les droits civiques, aux cÎtés de Andrew Goodman et Michael Schwerner.

À Meridian, une rue baptisĂ©e « James Chaney Drive » porte aujourd’hui son nom, rappelant son importance dans l’histoire locale et nationale.

Un panneau commĂ©moratif a Ă©galement Ă©tĂ© installĂ© dans le Mississippi Ă  l’endroit oĂč les trois militants furent assassinĂ©s en 1964.


Références culturelles

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Les assassinats de James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner ont profondément marqué la culture américaine et la mémoire collective du mouvement des droits civiques.

Ces Ă©vĂ©nements sont notamment Ă©voquĂ©s dans le roman Meridian de Alice Walker, publiĂ© en 1976. Le livre, bien qu’il mette en scĂšne des personnages fictifs, s’appuie sur des Ă©vĂ©nements rĂ©els du mouvement des droits civiques pour montrer la violence du racisme dans le sud des États-Unis.

Dans le roman, les meurtres des trois militants apparaissent comme un tournant majeur pour les personnages et pour les militants engagĂ©s dans le Mississippi. Alice Walker dĂ©crit alors cet État comme « le pire endroit d’AmĂ©rique pour les Noirs » Ă  cette Ă©poque, soulignant Ă  quel point la lutte pour les droits civiques y Ă©tait dangereuse, mais essentielle.

À travers cette Ɠuvre, James Chaney et ses compagnons restent des symboles du courage de celles et ceux qui ont risquĂ© leur vie pour dĂ©fendre l’égalitĂ© et le droit de vote des Afro-AmĂ©ricains[10].

Notes et références

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  1. ↑ (en-US) « Special Collections & Archives | Benjamin S. Rosenthal Library | Queens College, CUNY », sur Library (consultĂ© le )
  2. ↑ (en-US) « James Earl Chaney (1943 – 1964) | JAMES EARL CHANEY FOUNDATION » [archive du ], sur www.jecf.org (consultĂ© le )
  3. ↑ (en) Mark Hamilton Lytle, America's Uncivil Wars: The Sixties Era from Elvis to the Fall of Richard Nixon, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-803901-3, lire en ligne)
  4. 1 2 (en-US) « James Chaney, Activist born », African American Registry,‎ (lire en ligne [archive du ], consultĂ© le )
  5. ↑ (en) Seth Cagin et Philip Dray, We Are Not Afraid: The Story of Goodman, Schwerner, and Chaney, and the Civil Rights Campaign for Mississippi, PublicAffairs, (ISBN 978-1-56025-864-3, lire en ligne)
  6. ↑ (en) Mother Jones, (lire en ligne)
  7. ↑ (en-US) « Mississippi Burning, 50th Anniversary of a Crime That Nearly Went Unpunished. », sur JONATHAN TURLEY, (consultĂ© le )
  8. ↑ (en-US) « Edgar Ray Killen, the KKK leader convicted in the 'Mississippi Burning' killings, dies in prison », sur Los Angeles Times, (consultĂ© le )
  9. ↑ (en) « The Lasting Impact of a Civil Rights Icon's Murder », sur Smithsonian Magazine (consultĂ© le )
  10. ↑ « Meridian (1976) », Alice Walker,‎ , p. 73–88 (DOI 10.5040/9798400609237.ch-004, lire en ligne, consultĂ© le )

Liens externes

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Articles connexes

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