Bernard Halpern
| Directeur de recherche au CNRS |
|---|
| Naissance | Tarnoruda (en actuelle Ukraine) |
|---|---|
| DécÚs |
(Ă 73Â ans) Paris 14e |
| Nom de naissance |
Naftali Halpern |
| Nationalité |
Austro-Hongrois naturalisé Français en 1932. |
| Activités | |
| Enfant |
Marie-Christine Halpern (d) |
| ParentĂšle |
Jean-Claude Zylberstein (gendre) |
| A travaillé pour | |
|---|---|
| Membre de | |
| Distinction |
Médaille d'or du CNRS (1971) Commandeur de la Légion d'honneur |
Bernard Naftali Halpern est un immunologiste et allergologue français né à Tarnoruda (en actuelle Ukraine, alors dans l'Empire russe) le et mort le à Paris[1]. Ses recherches sont récompensées de la médaille d'or du CNRS.
Biographie
[modifier | modifier le code]Issu d'une famille juive de huit enfants, dĂ©portĂ© par le tsar, avec sa famille en SibĂ©rie, en 1914, comme beaucoup de familles juives, il revient aprĂšs la rĂ©volution en Ukraine, pour quitter celle-ci dĂ©finitivement en 1920 quand son village est attaquĂ© par les cosaques[2]. Dans un train de prisonniers allemands, il rejoint seul Ă 16 ans la Pologne, oĂč il va achever ses Ă©tudes secondaires, vivant des leçons donnĂ©es Ă ses petits camarades. Il vient enfin en France en 1926, Ă 22 ans, pour entamer des Ă©tudes de mĂ©decine, d'abord Ă Nancy puis Ă Paris en 1928. Il travaille en parallĂšle dans le laboratoire de biologie expĂ©rimentale du professeur Gautrelet Ă la facultĂ© de mĂ©decine de Paris. EntrĂ© garçon de laboratoire, il devient rapidement un des principaux collaborateurs du maĂźtre.
Docteur en mĂ©decine en 1936, il est destinĂ© Ă une carriĂšre acadĂ©mique au sein de lâuniversitĂ©. Mais une rĂ©glementation draconienne, qui requiert cinq ans de rĂ©sidence aprĂšs naturalisation, lui ferme les portes de la facultĂ© de mĂ©decine. Il se tourne donc vers lâindustrie et commence sa carriĂšre dans les laboratoires de recherche de la sociĂ©tĂ© RhĂŽne-Poulenc, qui travaillent en Ă©troite collaboration avec le laboratoire de chimie thĂ©rapeutique dirigĂ© par Ernest Fourneau Ă l'Institut Pasteur oĂč, en 1935, Daniel Bovet et ses collaborateurs viennent de dĂ©couvrir les propriĂ©tĂ©s antibactĂ©riennes du sulfamide, l'agent actif du Prontosil de Gerhard Domagk, ouvrant ainsi la voie de la sulfamidothĂ©rapie[3]. Or c'est Ă©galement Ă l'Institut Pasteur que, en collaboration avec Anne-Marie Staub, Bovet dĂ©couvre en 1937 les premiers antihistaminiques[4]. Aussi les travaux d'Halpern le conduisent-ils tout naturellement Ă Ă©tudier le rĂŽle de ces mĂ©dicaments dans le traitement de diverses formes de l'allergie.
Durant cette pĂ©riode, Bernard Halpern contribue largement aux succĂšs de la sociĂ©tĂ© RhĂŽne-Poulenc, jouant ainsi son rĂŽle dans la compĂ©tition que se livrent, depuis la fin de la Grande Guerre, les laboratoires pharmaceutiques des diffĂ©rentes nations industrielles[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Cependant, il doit quitter Paris en 1940 et se rĂ©fugier en zone Sud, oĂč il exerce la mĂ©decine gĂ©nĂ©rale dans un village de lâArdĂšche jusquâĂ ce que la lĂ©gislation de Vichy le lui interdise.
Il trouve Ă nouveau refuge dans les laboratoires de RhĂŽne-Poulenc, nouvellement installĂ©s Ă Lyon en zone libre[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Dans ces circonstances, il dĂ©montre en 1942 lâutilitĂ© anti-allergique de lâAntergan puis du PhĂ©nergan, les premiers antihistaminiques utilisĂ©s en clinique humaine[5]. Cette dĂ©couverte attire lâattention des autoritĂ©s allemandes car ces mĂ©dicaments permettent Ă©galement de prolonger la durĂ©e de vie des poches de transfusion sanguine. Il parvient Ă temps Ă se rĂ©fugier en Suisse avec sa femme et ses enfants[6].
Sa carriĂšre aprĂšs-guerre est marquĂ©e de plusieurs Ă©tapes. Directeur de recherche au CNRS en 1948, puis directeur dâĂ©tudes Ă lâĂcole pratique des hautes Ă©tudes, il est Ă©lu en 1961 Ă la chaire de mĂ©decine expĂ©rimentale, occupĂ©e prĂ©cĂ©demment par François Magendie, Claude Bernard, Charles Nicolle et RenĂ© Leriche. Son activitĂ© clinique et ses travaux de recherche se dĂ©roulent alors Ă lâhĂŽpital Broussais, oĂč il accueille dans son service de clinique des maladies allergiques des Ă©lĂšves du monde entier et diversifie ses travaux de recherche. Parmi ses proches collaborateurs, on peut mentionner Alain Zweibaum, Guido Biozzi et Baruj Benacerraf, futur prix Nobel, qui retournera aux Ătats-Unis aprĂšs avoir passĂ© huit ans chez Bernard Halpern. Il est Ă©lu membre de lâAcadĂ©mie de mĂ©decine et de lâAcadĂ©mie des sciences.
Tout au long de sa vie, Bernard Halpern admira le travail de Claude Bernard[7], parce quâil savait que la mĂ©decine et la physiologie sont indissociables et que leur pratique peut suivre une mĂ©thode expĂ©rimentale.
Il était également un proche de Raymond Aron.
Ćuvres et publications
[modifier | modifier le code]- Le venin de vipera aspis. Ătude expĂ©rimentale (thĂšse de doctorat en mĂ©decine), 1936.
- « Comparaison de l'action spasmolytique de l'atropine, de la papavérine, et d'un ester D-amino-alcool synthétique : α-phényl-valérate du diéthyl-amino-éthanol, par B.-N. Halpern. II. Action spasmolytique sur les organes à muscles lisses », in Paris médical 1938, no 109, p. 485-92, PremiÚre partie, texte intégral, et Paris médical, 1939, no 113, p. 96-100, DeuxiÚme partie, texte intégral.
- « Ătude expĂ©rimentale des antihistaminiques de synthĂšse. Essais de chimiothĂ©rapie des Ă©tats allergiques, » in Journal de MĂ©decine de Lyon, 1942.
- Les antihistaminiques de synthÚse. Essais de chimiothérapie des états allergiques, Office intern. de librairie (Paris), 1942.
- (en) A Study of Germination of the Spores of Various Yeast-like Fungi and Molds, University of Illinois, 1942, 114Â p.
- Le rÎle du systÚme réticulo-endothélial dans la défense de l'organisme. Acquisitions médicales récentes, 1956.
- (en) Microbial growth patterns of mycobacterium tuberculosis grown in liquid synthetic medium under various oxygen tension levels, oxidation reduction potentials, and with antimicrobial agents, Northwestern University (Evanston, Ill.). Dept. of Bacteriology, Northwestern University, 1957.
- Titres et travaux scientifiques du Dr Bernard N. Halpern, Paris, 1960.
- Leçon inaugurale (faite le au CollÚge de France, Chaire de médecine expérimentale), impr. Daupeley-Gouverneur, 1962, 39 p.
- Greffe et auto-immunité : acquisitions récentes en immunologie (facteurs humoraux et cellulaires impliqués dans la tolérance immunitaire, séminaire de la Chaire de médecine expérimentale du CollÚge de France, Paris, 1963. Mécanismes immunologiques impliqués dans les maladies auto-immunes. Séminaire de la Chaire de médecine expérimentale du CollÚge de France, Paris, 1964), 1965, 396 p.
- L'allergie, PUF (Paris), coll. « Que sais-je ? », 1965.
- « Discours prononcĂ© par M. Bernard Halpern », in Ăcole pratique des hautes Ă©tudes, Section des sciences religieuses, Annuaire 1969-1970. Tome 77. 1968. pp. 77-82. Texte intĂ©gral en ligne.
- Les immuno-dépresseurs, applications cliniques (symposium réuni à Nancy, 9-), L'Expansion scientifique française (Paris), 1970, 205 p.
- « Radioprotection conférée par le Corynebacterium parvum contre la létalité déterminée par l'irradiation X à des doses sublétales et létales chez la souris », in Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1977.
- En collaboration
- Avec R. Ducrot : « Recherches expérimentales sur une nouvelle série chimique de corps doués de propriétés antihistaminiques puissantes : les dérivés de la théodiphénylamine », in Comptes rendus de la Société de biologie, 1946.
- Avec J.-P. Laubscher : « Recherches sur l'action des antihistaminiques de synthÚse sur la résistance capillaire chez l'homme », in Semaine des HÎpitaux de Paris, 1948.
- Avec Jean Hamburger et Georges Mathé : « Ătude des perturbations de l'Ă©quilibre hydrique provoquĂ©es chez le chien au moyen de la perfusion intestinale », in Archives de la SociĂ©tĂ© de physiologie, 1950.
- Avec Baruj Benacerraf : « Pathogénie et traitement des néphropathies allergiques expérimentales », in Journées thérapeutiques de Paris, 1951.
- Avec P. Liacopoulos et M. Briot : « Aspects qualitatifs et quantitatifs de l'antagonisme des antihistaminiques de synthÚse à l'égard de l'histamine, des substances histamino-libératrices et de la réaction anaphylactique », in Comptes rendus de la Société de biologie, 1956.
- Avec G. Biozzi, C. Stiffel et D. Mouton : « Effet de l'inoculation du bacille de Calmette-Guérin sur le développement de la tumeur ascitique d'Ehrlich chez la souris », in Comptes rendus de la Société de biologie, 1959.
- Avec E. Dominé et A. Fray : « Le rÎle des médiateurs chimiques dans la régulation de l'éosinophilie sanguine », in Bulletin de la Société de pathologie exotique et de ses filiales, 1962, tome 55, pp. 489-99. Texte intégral.
- Avec Roger Heim et al. : Les Concepts de Claude Bernard sur le milieu intérieur, [Colloque international organisé pour la célébration du centenaire de la publication de l'Introduction à l'étude de la médecine expérimentale de Claude Bernard, 1965], Fondation Singer-Polignac (Paris), 1967, 431 p.
- Avec Baruj Benacerraf et G. Biozzi : « Quantitative Study of the Granulopectic Activity of the Reticulo-Endothelial System: I: The Effect of the Ingredients present in India Ink and of Substances Affecting Blood Clotting in vivo on the Fate of Carbon Particles Administered Intravenously in Rats, Mice and Rabbits », in British journal of experimental pathology 34.4 (1953) : 426.
- SynthÚse cellulaire et structure moléculaire des immunoglobulines (publié sous la direction de Bernard Halpern), Dunod (Paris), 1969, 367 p.
Prix et distinctions
[modifier | modifier le code]- Ălu Membre de l'AcadĂ©mie des sciences le (division des acadĂ©miciens libres ; en 1976, section de biologie humaine et sciences mĂ©dicales)
- Membre titulaire élu le à l'Académie de médecine[8]
- Titulaire de la Chaire Claude Bernard au CollĂšge de France[9]
- Médaille d'or du CNRS (1971)[10]
Hommages
[modifier | modifier le code]- L'ancienne place des Patriarches dans le 5e arrondissement de Paris est renommée place Bernard-Halpern en 1985 en hommage au médecin.
- En, 1987, un timbre français surtaxé (1,90 + 0,50 francs) lui est consacré dans la série Personnages célÚbres, aux cÎtés de Charles Richet, EugÚne Jamot, Jean Rostand, Alexandre Yersin et Jacques Monod.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Louis Pasteur Vallery-Radot, Christian Fouchet, Robert Courrier : « Remise de l'épée d'académicien à Bernard Halpern », [Salons du Rectorat de l'Académie de Paris, le , La Tradition Graphique, 1965, 80 p.
- Ătienne Wolff : « Notice nĂ©crologique sur Bernard Halpern » (), in C R Acad Sc Paris, t. 288, pp. 130-36, Texte intĂ©gral.
- Anne Rassmussen : « Halpern Bernard », in Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, [publié sous la dir. de Pascal Ory], Robert Laffont (Paris), 2013, 1 357 p. Texte intégral
- « Symposium d'immunologie Bernard Halphern », in La lettre du CollÚge de France, no 12, pp. 24-25, Texte intégral.
- (en) Robert A. Kyle, Marc A. Shampo : « Bernard Halpern: French Immunologist and Allergist », in Mayo Clinic Proceedings, Volume 64, Issue 11, 1455, Texte intégral.
- Hommage Ă Bernard Halpern, Association des Amis de Bernard Halpern, 1987, 34Â p.
- Panayotis Liacopoulos : « Halpern Bernard(1904-1978) », in EncyclopÊdia Universalis Extrait en ligne.
- Raymond Paul : « La Chlorpromazine : déroulement des recherches qui ont conduit à sa synthÚse », in Histoire des sciences médicales, Texte intégral.
- (en) K.-C. Bergmann, J. Ring: History of Allergy, Karger (Basel), 2014, 446Â p.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- â Archives en ligne de Paris 14e, annĂ©e 1978, acte de dĂ©cĂšs no 2850, cote 14D 625, vue 27/31
- â Bernard Halpern (1904 - 1978) dans le site histcnrs.fr
- â Daniel Bovet, Une chimie qui guĂ©rit. Histoire de la dĂ©couverte des sulfamides, Payot, « MĂ©decine et sociĂ©tĂ©s », Paris, 1988.
- â A.-M. Staub et D. Bovet, « Action protectrice des Ă©thers phĂ©noliques au cours de l'intoxication histaminique », C. r. sĂ©ances Soc. biol., vol. 124, 1937, pp. 547-549 ; « Action de la thymoxyĂ©thyldiĂ©thylamine (929 F) et des Ă©thers phĂ©noliques sur le choc anaphylactique du cobaye », C. r. sĂ©ances Soc. biol., 1937, vol. 125, pp. 818-823.
- â B. Halpern, « Les antihistaminiques de synthĂšse : Essais de chimiothĂ©rapie des Ă©tats allergiques », Arch. int. pharmacodynam. et thĂ©r., vol. 68, 1942.
- â Nicolas Chevassus-au-Louis, « Quand Vichy rĂ©organisait la science françaiseâŠÂ », in: La Recherche, n°372, fĂ©vrier 2004, p. 38, Texte intĂ©gral.
- â Julien Pierre, « Claude Bernard et le milieu intĂ©rieur : Fondation Singer-Polignac », [Les concepts de Claude Bernard sur le milieu intĂ©rieur.Colloque international organisĂ© pour la cĂ©lĂ©bration du centenaire de la publication de l'Introduction Ă l'Ă©tude de la mĂ©decine expĂ©rimentale de Claude Bernard (1965)], in: Revue d'histoire de la pharmacie, 1967, vol. 55, n° 195, p. 632, Texte intĂ©gral.
- â Benard Halpern dans le site de la BibliothĂšque de lâAcadĂ©mie de mĂ©decine
- â Dossier Bernard Halpern dans le site Salamandre.
- â CNRS, « Liste des mĂ©daillĂ©s d'or du CNRS », sur cnrs.fr (consultĂ© le ).
Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Bernard Halpern dans le site histoire.inserm.fr.
- Bernard Halpern dans le site de l'Académie royale de Médecine de Belgique.
- Ressources relatives à la recherche :
- Ressource relative à la santé :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :